mercredi, juin 19, 2024

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Antoine de La Chouape, une Saison hommage

Le 17 juin dernier, la brasserie La Chouape rendait disponible sa Antoine, une Saison toute simple, brassée afin de souligner les 140 ans de la ferme familiale des Hébert à Saint-Félicien. Plutôt que de miser sur de gros artifices pour la conception de ce produit commémoratif, Louis Hébert s’en remet à une base céréalière issue des récoltes de sa ferme pour cette Saison, un style qui restera toujours enraciné dans la culture agricole.

À l’arrivée d’Antoine Hébert en 1881, Saint-Félicien n’est pas encore un village. Il est parmi les quelques braves agriculteurs venus relever le défi des cultures un peu plus au nord du Québec. Il échange sa ferme de St-Grégoire-de-Nicolet afin d’acquérir celle-ci, l’une des premières du coin, dans l’espoir de la voir prospérer. Six générations plus tard, Louis est fier de perpétuer la tradition.

« Il est débarqué avec du courage uniquement. Il n’y avait pas de fourrage à son arrivée, il a probablement dû semer à la volée au début. Il est arrivé avec son fils aussi prénommé Antoine, ils avaient chacun leur terre. À l’époque c’était des paysans, il n’y avait pas encore d’industrie ici, le village a vraiment été fondé par l’agriculture et la religion. », raconte Louis en s’imaginant les débuts difficiles de ses aïeux.

La localisation de la terre avantageusement située aux abords de la rivière Ashuapmushuan en fait évidemment un emplacement de choix qui donnera finalement raison à Antoine. « C’était un bel emplacement au centre-ville, ils sont arrivés près de la chapelle. Avec les années, ils ont dû se déplacer au bout du champ pour laisser le centre-ville se dévoiler. Ils ont perdu la moitié de la ferme en 100 ans et ont acheté des fermes voisines pour rester ici », poursuit Louis, évoquant une réalité bien courante au fil du temps en agriculture.

Les Hébert sont ainsi l’une des plus vieilles familles de Saint-Félicien. Le clan Hébert comptait 42 personnes lorsqu’il est venu s’installer dans le coin. D’ailleurs, Antoine a un peu servi d’ambassadeur pour le ministère à l’époque qui souhaitait attirer les autres agriculteurs à venir s’installer au nord. Antoine fils a quant à lui été l’un des premiers maires de la ville.

« Les gens venaient pour travailler et il n’y a pas tant d’archives de cette époque, car ça date d’avant les industries, l’électricité et les usines à bois. Ils misaient sur les céréales et les fourrages à l’époque et c’est encore cela aujourd’hui, principalement l’orge et l’avoine », précise Louis qui a ajouté le volet brassicole à la tradition fermière familiale.

Retour vers le futur

L’histoire de La Chouape à proprement dit commence quant à elle en 2007 alors que Louis, motivé par ses périples en Europe, démarre une brasserie artisanale qui entend miser sur les céréales de la ferme familiale pour concevoir ses bières. Le projet est à la fois audacieux et prometteur.

Alors qu’il étudie à Strasbourg au début des années 2000, il rencontre le père d’un ami qui possède une petite ferme diversifiée, ce qui lui donne le goût de se lancer dans une aventure similaire. Lors de son voyage, il visite également de vieilles brasseries européennes, notamment Heineken et Kronenbourg, et en apprend davantage sur l’origine de la bière.

« J’ai eu l’idée d’une petite ferme diversifiée où je pourrais faire de la bière avec les récoltes. Quand je suis revenu à la maison, j’ai aussitôt dit à mon père que j’étais intéressé à prendre le relais de la ferme », se remémore le brasseur. En 2010, il en reprend officiellement les opérations ; le long processus de transition de l’entreprise se finalisera éventuellement en 2020.

Aujourd’hui à la retraite, ses parents viennent encore aider pour les cultures. Évidemment, c’est à la base une histoire de famille ! Mais c’est également l’une des clés du succès de l’entreprise : une bonne équipe et des tâches bien partagées.

Avant d’ouvrir La Chouape — le nom provenant de l’Ashuapmushuan, vous l’aurez deviné —, Louis a d’abord dû trouver les sortes d’orge susceptibles de lui donner un bon rendement. « L’orge de brasserie diffère de celle utilisée pour l’alimentaire, c’est une culture qui demande plus d’attention. On a dû faire des études pour trouver des sortes d’orge qui fonctionnaient avec le climat du Lac-Saint-Jean. En Europe, le sol ne gèle pas donc c’est bien différent », explique-t-il.

Une année de bières festives

Cette année, pour souligner ces 140 ans d’histoire comme il se doit, La Chouape propose quelques Saisons spéciales disponibles en quantités limitées à la boutique de la brasserie ainsi qu’à travers certains commerçants spécialisés dans la province. Argousier et Camerise s’avèrent ainsi deux merveilleuses Saisons mettant en vedette ces petits fruits devenus bien populaires dans les cuves de nos brasseurs. Galope est quant à elle une délicieuse Saison sauvage et barriquée qui n’est pas du tout piquée des vers non plus.

Finalement, Antoine s’avère une Saison dans sa plus simple expression, rendant hommage à Antoine Hébert qui sans trop le savoir démarrait il y a 140 ans un projet qui allait perdurer bien au-delà de son temps.

Intimement liée à la ferme, cette Saison blonde mise sur la céréale et sur la levure pour laisser place à l’orge de la ferme à travers des arômes terreux, des notes légèrement épicées et une subtile pointe acidulée apportant une touche de fraîcheur toujours de mise. Sèche et offrant une texture typique de Saison non-filtrée, légèrement voilée, elle évoque le style dans son interprétation la plus classique. C’est d’ailleurs une base très similaire qui est utilisée dans la confection des Saisons fruitées de la brasserie.

Antoine fut brassée en janvier et a maturée six mois en bouteille avant de se retrouver sur les tablettes. Pas d’ajouts de fruits, pas de passage en barrique, pas de levure sauvage, simplement de la céréale de la ferme, une levure Saison française, juste un peu de houblon et énormément de savoir-faire.

Pour illustrer le tout, une amie du brasseur, l’artiste-peintre Virginie Tanguay, lui a offert une aquarelle représentant un semeur, Antoine Hébert. « Ça représente tellement bien le tout, car semer, c’est la première étape pour faire une bière », témoigne le fermier-brasseur, bien heureux de cette belle offrande qui met en valeur son produit.

« Bière blonde de style Saison, légèrement acidulée, terreuse et citronnée. Brassée avec des céréales de nos champs et embouteillée avec les membres de notre famille pour souligner 6 générations de passion et 140 ans d’histoire à notre ferme », peut-on lire sur l’étiquette.

Profitez donc de l’été pour découvrir Antoine de La Chouape, cette Saison hommage à un agriculteur qui n’a pas eu froid aux yeux et qui a peut-être été, à sa façon, l’un des premiers contributeurs de notre florissante industrie brassicole. Assurément l’un des premiers à avoir semé la graine dans la région. Et certes, 140 ans plus tard, on ne peut nier que celle-ci a fait des p’tits…

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