En décembre dernier, le gouvernement du Québec permettait aux vignerons québécois de vendre leurs vins dans le réseau des commerçants licenciés, que ce soit en épicerie ou dans les dépanneurs de la belle province. Dix mois plus tard, le succès semble être au rendez-vous.

«Oui, les clients apprécient de pouvoir se procurer des vins du Québec directement chez nous», annonce d’entrée de jeu Jasen Gaouette, P.D.G. chez IGA Extra Marché Gaouette inc. et IGA Alimentation Famille Gaouette. S’il est un peu étonné, c’est que les débuts furent plutôt lents. Selon lui, la période de l’année choisie et le manque initial de stock explique cela.

Cet été, par contre, la demande a véritablement explosé. «À mon retour de vacances j’ai constaté que je m’étais fait littéralement vider de mon stock!», relate M. Gaouette. Même son de cloche au niveau de l’Association des détaillants en alimentation du Québec (ADAQ). «Les produits ne dorment pas sur les tablettes», constate le P.D.G. par intérim de l’ADAQ, Pierre-Alexandre Blouin. «Si on avait plus de stock, c’est certain qu’il y aurait encore plus de vente», croit d’ailleurs M. Gaouette.

Du côté des vignerons, il s’agit d’un changement majeur. «Après 20 ans, on voit tout d’un coup 8 000 portes s’ouvrir», indique Guillaume Leroux, vigneron-copropriétaire  du vignoble Val Caudalies. La plupart des vignobles ont d’ailleurs mis en place des plans importants d’agrandissement, incluant la plantation de plus de vignes.

Des fidèles?

La mise en marché varie par contre grandement d’un producteur à l’autre. «On a décidé de sélectionner 25 différents commerces avec 25 missions différentes», poursuit M. Leroux. Mais d’autres ont été moins sélectifs. Ils ont certes écoulé leurs stocks, mais ne réussissent pas ainsi à répéter les ventes : les consommateurs se retrouvant face à des tablettes vides. «Cette approche n’est pas optimale, car le consommateur va alors simplement se tourner vers d’autres produits», opine M. Blouin.

Car la fidélisation demeure un défi. «Pour nous, on peut dire : mission accomplie. Avec notre approche, on a moins de commerces, mais plus de commandes mois après mois», annonce fièrement M. Leroux ils ont aussi bien ciblé leurs commerces, en s’appuyant entre autres sur les conseils des distributeurs de bières de microbrasseries : « C’est une super opportunité d’être collés sur des gens aussi passionnés », renchérit-il.

« Il existe des préjugés, non seulement pour les vins d’épicerie, mais pour les vins du Québec aussi. On est au balbutiement encore, alors on a vu des meilleurs et des pires » – Jasen Gaouette

Une nouvelle clientèle?

Une question demeure : est-ce qu’on ne fait que déplacer les chiffres de ventes des vins d’épiceries vers ceux du Québec? Difficile à dire pour l’instant, car il n’existe pas encore de chiffres officiels, puisque l’initiative n’a pas encore célébré son premier anniversaire. « On ne voit pas de pertes de marché à date : les deux  montent! », avance tout de même M. Gaouette.

À l’ADAQ, bien que le volume soit tout de même restreint, on croit que tout cela pourrait en effet attirer de nouveaux consommateurs de vin en épicerie. « Le marché est à la fois différent et disparate : les vignerons doivent adapter leur offre selon les magasins. Mais ça constitue selon moi une opportunité, car notre réseau donne la chance d’essayer des choses », affirme son président. Il propose par exemple de vendre du vin en canette, comme certains producteurs californiens le font déjà à la SAQ.

L’avenir passe par l’éducation

Le prochain défi? Tous s’entendent pour dire qu’il s’agit de l’éducation du consommateur. Car les vignerons d’ici n’utilisent pas les mêmes cépages avec lesquels les consommateurs québécois sont déjà familiers. Les qualités organoleptiques des vins élaborés à partir de ceux-ci seront donc bien différentes de celles des vins étrangers. « Et cette éducation doit aussi passer par la dégustation », précise M. Blouin. Car plusieurs consommateurs sont réfractaires d’emblée.

Mais lorsque les gens sont au courant des différences et qu’ils goûtent au produit, la plupart l’achètent. « Les dégustations en magasin, ça fonctionne. Surtout pour les boissons alcoolisées », indique M. Blouin. Mais pour cela, il faut le support complet des vignerons, et certains répondent déjà à l’appel, par exemple le Vignoble 1292 de Saint-Blaise-Sur-Richelieu qui profite de sa relation avec le IGA extra Marché Perrault et Gélinas Inc. de Saint-Jean-Sur-Richelieu pour présenter ses vins directement aux clients du supermarché.