Les fromages de l’Isle-aux-Grues - Du bonheur à l’état pur
28-05-2010 / Michèle Foreman



Il a fallu qu’une poignée d’aventuriers aient le béguin pour le projet. Armés d’énergie et d’une bonne dose de créativité, ils se sont organisés pour bâtir la fromagerie. En plus que sur une île, les choses ne se font pas comme ailleurs…
 
Christian Vinet est l’un d’eux. Bien qu’il ne soit pas né ici, à l’entendre parler, c’est tout comme. Ce n’est pas un étranger non plus puisqu’il venait y passer ses étés lorsqu’il était jeune. En 1996, Christian s’y est installé avec son épouse, qui est native de l’île.
 
Après avoir travaillé dans des fermes laitières lorsqu’il étudiait l’agronomie, il a reçu une formation de fromager. C’est donc avec un beau bagage de connaissances qu’il est arrivé à la Société coopérative agricole de l’Isle-aux-Grues, il y a une quinzaine d’années, et dont il est aujourd’hui le directeur général. Inutile de commenter sa fierté devant le succès des Mi-Carême, Riopelle de l’Isle, vieux cheddars au lait cru et Tomme de Grosse-Île.
 
La Tomme de Grosse-Île a été lancée en 2004. «Ce fromage a une belle histoire, nous dit Christian. Trente vaches de race suisse brune ont été amenées sur l’île. En plus de créer un nouveau fromage, deux autres objectifs ont été atteints, soit de créer des emplois et de remettre en culture des battures à l’abandon».
 
Frédéric, le producteur laitier
 
Ayant eu vent que des fermiers ontariens souhaitaient vendre leur troupeau de Suisses brunes, Christian en informe Frédéric Poulin qui se rend sur place. «J’ai négocié en anglais, malgré la misère que j’ai à le parler, et on a réussi à bien s’entendre», dit Frédéric. L’achat a eu lieu au printemps et le troupeau a posé les pattes sur l’Isle-aux-Grues le 30 juin 2004.
 
Il y a cinq producteurs laitiers sur l’île qui approvisionnent la fromagerie, mais Frédéric est l’unique producteur de Suisses brunes, des bovins dont le lait est particulièrement élevé en protéines fromagères. Leur lait est consacré exclusivement à la fabrication de la Tomme de Grosse-Île. Et puis, ce petit «fond de nature» lui donne cette saveur bien particulière.
 
Les petits extras
 
L’eau du fleuve inonde régulièrement les battures. Lors de grandes marées, l’eau est légèrement salée. Ce sont des plantes sauvages qui poussent sur les battures. Nous ne parlons donc pas vraiment de culture, mais bien de cueillette. Les coupes se font à des périodes spécifiques de l’année et seulement 20% de la superficie est fauchée dans le plus important marais privé au Canada entre l’Isle-aux-Grues et l’Île-aux-Oies.
 
Pour fabriquer un bon fromage, il faut du bon lait. «L’alimentation fait la différence, mais les petites attentions, tout autant, reprend Frédéric. C’est ce qui fait qu’un troupeau est en santé. Les vaches doivent manger de la fibre, pas du grain. Je consacre beaucoup d’heures à mon troupeau et je suis le gars le moins à la mode qui soit. Mais, quand on réalise que ces belles bêtes donneront de leur meilleur lait pour fabriquer un fromage exceptionnel, c’est motivant de se concentrer sur son travail tout en vivant son rêve».
 
«J’avais 6 ou 7 ans et, assis sur une pierre, je cherchais laquelle était la “leader”, a poursuivi Frédéric. C’est une société... Je suis toujours fasciné par leur caractère, par leur comportement.»
 
Un choix, un regard sur la vie
 
«Je suis venu à l’île pour pratiquer un métier que j’adore. J’ai été élevé sur une ferme laitière à Sainte-Claire. Mon père a vendu les animaux, j’avais 20 ans. Dommage, car j’aimais ce travail». Frédéric a épousé Karina Lemieux, dont la mère est native de l’Isle-aux-Grues. Ils ont choisi ce retour, car une occasion en or se présentait.
 
«Pour vivre sur une île, il faut savoir s’organiser et acheter des fournitures pour six mois. Si jamais le bateau commençait en retard au printemps... La première année a demandé une certaine adaptation. J’ai dû m’habituer à vivre seul, la télé fermée. Quand la vie est facile, on ne développe rien. Mais quand il y a besoin, on crée. Dire qu’on a été obligé d’aller en France pour faire du fromage et du vin et qu’eux sont venus au Québec pour découvrir le cidre de glace…»
 
Des visiteurs reviennent chaque année, pendant les vacances, pour passer une journée à la ferme, travailler un peu, approfondir des amitiés… «Les gens de la ville connaissent peu l’agriculture et sont fascinés, mais ils ne peuvent s’imaginer la qualité de vie qu’on a ici. Moi, j’amène le sourire de notre fille Abigail et de Raphaël qui est né le 14 juillet dernier, dans mon cœur tous les matins avant de partir pour l’étable.»
 
Il poursuit : «J’ai confiance dans la forme que prend l’agriculture. On doit prendre le temps d’apprécier le travail des producteurs… Les jeunes qui s’investissent dans l’agriculture doivent aussi savoir qu’ils vont s’endetter par-dessus la tête pendant les 15 prochaines années, mais ça en vaut la chandelle, car ils feront quelque chose de remarquable».
 
Fleurons du Québec
 
Quant à Christian, il est un esprit créatif pour qui la qualité ne tolère pas de demi-mesure. «Toutes les phases du processus me passionnent. La fabrication, la recherche, la culture, l’emballage, la mise en marché...» Et il met certes tous ses talents à contribution pour orchestrer les opérations et permettre aux fromages fabriqués par les membres de la Société coopérative agricole de l’Isle-aux-Grues d’être reconnus comme des fleurons québécois.
 
Michèle Foreman, conférencière et journaliste spécialisée en tourisme gourmand, est également l’auteure de la collection «L’histoire savoureuse d’une région» disponible en ligne à www.stellaireediteur.com.


 
PUBLICITÉ
 
 
Tropik D - Tournée du Québec
 
 
En chargement...
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Synepsis Informatique 2010 - Tous droits réservés - nous contacter - admin site - admin blog