À son arrivée aux cuves de Brasseur du Montréal, Mike Harrison avait de grands souliers à chausser, lui qui succédait à une liste de brasseurs aguerris. Mine de rien, il possédait déjà une belle feuille de route, étant notamment diplômé du Siebel World Brewing Academy de Chicago et ayant travaillé près d’une dizaine d’années chez McAuslan. Il a rapidement pris son aise et fait le bonheur de ses patrons en assurant la qualité et la stabilité des bières maison.

Mike a grandi au sud de Montréal, à Franklin Centre, un village de pommes situé près de la frontière américaine. C’est le Cégep qui l’a amené vers Montréal où il s’est tranquillement intéressé à la bière à travers des voyages et quelques dégustations. «Je me suis mis à brasser à la maison afin de diminuer les coûts et un peu aussi par curiosité pour le processus», indique-t-il.

À sa sortie de l’université, il trouve de l’emploi chez McAuslan qui vient de signer une importante entente avec Moosehead. Un timing parfait pour obtenir du temps de brassage et surtout se faire la main sur un système de brassage flambant neuf. Il assiste ainsi Ellen Bounsall et David Brophy dans cette grosse transition.

«McAuslan a toujours été ouvert à engager de jeunes curieux et passionnés. C’est une excellente école pour apprendre à brasser des Ales de même que des Lager à l’époque avec celle de Moosehead puis Carlsberg par la suite. Il y a plusieurs exigences à respecter avec ces grosses ententes et c’est très formateur», poursuit Mike. 

La première bière que vous avez brassée?

Je ne me rappelle plus exactement, mais c’était probablement un kit d’une bière assez simple. Je me suis rapidement mis à expérimenter avec du miel et d’autres ingrédients du genre. Ça s’est d’ailleurs plutôt bien passé et c’est sûrement pourquoi j’ai poursuivi. J’aimais bien le processus de brassage en tant que tel donc j’étais motivé à continuer. Je me rappelle encore l’odeur dans mon garde-robe…

À la brasserie, ce fut la Docker IPA, ça faisait longtemps qu’on n’avait pas fait de nouveauté. C’était une IPA américaine assez classique avec les houblons «C» comme on en retrouvait un peu partout. Elle était facile à boire et balancée.

La bière dont vous êtes le plus fier? 

Je dirais la Docker aussi car ça s’est avéré une belle réussite sur le marché et c’est aussi une bière qu’on peut consommer tous les jours. C’est une recette que j’ai développée ici et je dois partager le crédit avec Chris Graham qui m’avait bien aidé à l’époque avec le côté malté de la bière.

Votre style de bière préféré? [À brasser et à boire] 

À brasser, je dirais les IPA car j’adore les balancer et tenter d’équilibrer le tout afin d’avoir un produit qui n’est pas unidimensionnel. À boire, ce serait davantage les Pilsner car c’est plus subtil et facile à boire. Ce sont des saveurs moins explosives, mais tout aussi plaisantes à savourer et apprécier.

Votre ingrédient préféré?

La levure. C’est la partie magique de la transformation et elle peut parfois nous surprendre ou accomplir des choses différemment. C’est définitivement l’aspect le plus difficile à contrôler lorsqu’on brasse de la bière. Elle me fait penser aux enfants; on essaie de bien les élever, mais on n’est jamais sûr de ce que ça va donner…

Que brassez-vous à la maison actuellement?

Je n’ai pas pris le temps de brasser à la maison depuis un bout… J’attends notre nouveau système pilote pour faire des petites batch ici à la brasserie. Je compte faire une Pilsner avec un bon houblonnage au Saaz qui sera bien présent. Tout devra être là par contre, la céréale et le côté frais et crisp.

Une brasserie québécoise que vous appréciez particulièrement? 

Le Cheval Blanc, un incontournable à Montréal. C’est du monde bien sympathique et j’aime beaucoup leur éventail de produits. J’adore vraiment leur Pilsner entre autres.

Une bière québécoise que vous auriez aimé brasser? 

La Mandrill de MaBrasserie, c’est une Saison à la brett avec arômes tropicaux et agrumes. C’est ce que j’aime actuellement. Pour un grand classique, j’irais avec la Cerná Hora de L’amère à boire, une bière faite avec talent et constance. Je l’ai découverte à l’époque où je travaillais chez McAuslan. J’avais l’habitude d’aller passer mes vendredis après-midi sur la terrasse arrière de la brasserie. C’est vraiment une bonne bière!

Ce que vous aimez de la bière au Québec… 

Notre créativité et la liberté que l’on a concernant le brassage; on peut brasser ce que l’on veut et les gens sont réceptifs. Il y a une belle complicité entre les brasseurs et les consommateurs dans le milieu. Techniquement, on est devenu de bons brasseurs au Québec. On cherche généralement à faire les choses de façons originales et on s’efforce de bien les faire.

Ce que vous aimez moins de la bière au Québec…

Les tendances qui deviennent poussées à l’extrême et les brasseries qui veulent capitaliser là-dessus. C’est un problème mondial, ce n’est pas spécifiquement ici, mais ça me dérange un peu, je trouve ça dommage.