Avec le changement de réglementation, il est désormais possible de se procurer directement sur place les spiritueux produits par l’ensemble des microdistilleries québécoises. Somme-nous sur le point de voir un nouveau secteur de l’agrotourisme s’ouvrir au public?

«Bien sûr, nous avons accueilli la nouvelle avec beaucoup d’enthousiasme», exprime, sans grande surprise, Sophie Mercille, coordonnatrice marketing/service client de la Cidrerie Michel Jodoin, la première microdistillerie à ouvrir au Québec. Jusqu’à maintenant, bien que la cidrerie pouvait faire déguster son brandy de pomme sur place, les visiteurs ne pouvaient pas partir avec une bouteille. «C’est donc une très bonne nouvelle que nous puissions vendre nos propres produits sur les lieux», poursuit-elle.

On retrouve dorénavant à la boutique le brandy de pomme et la liqueur de pomme dorée, deux spiritueux qui étaient auparavant exclusifs à la SAQ. «Beaucoup d’amateurs sont venus s’en chercher une ou plusieurs bouteilles dans les premières semaines suivant la nouvelle loi et l’engouement continuera certainement cet automne avec la haute-saison touristique à la cidrerie», se réjouit Mme Mercille.

Cette cidrerie est déjà bien implantée et pourvue d’un spacieux et fort joli espace pour accueillir les visiteurs, mais qu’en est-il pour les distilleries qui, souvent par obligation réglementaire, sont situées dans des quartiers industriels? Quelques distilleries étaient prêtes, d’autres moins et les autres, pas du tout. «Je vous avoue qu’on ne croyait pas à la légalisation de la vente sur place de sitôt… J’imagine que des élections, ça stimule la machine à bonnes nouvelles!», explique Jean-François Cloutier, capitaine de la production à la Distillerie du St. Laurent et président de l’Association des Microdistilleries du Québec (AMDQ).

«Dans notre cas, la boutique était presque prête. Donc, nous avons pu nous retourner facilement. Nous sommes situés dans un quartier assez miteux de Rimouski avec très peu d’affichage et aucune promotion. Et pourtant, les gens nous trouvent. Pour le mois d’août, on parle d’une vingtaine de personnes par jour!», s’exclame-t-il. Là-bas, les visiteurs repartent principalement avec des bouteilles de gin vieux, car il ne jouit que d’une disponibilité limitée en SAQ.

Mais d’autres, même parmi les pionnières, ne sont pas tout à fait prêtes.  Prenons l’exemple des Subversifs, qui sont en voie de déménager «Le projet de l’Église tient toujours. Nous avons presque fini, nous allons produire à Sorel en septembre», explique Fernando Balthazard, l’un des copropriétaires, «Nous ne sommes donc pas encore prêts à la vente sur place, nous allons commencer au printemps 2019».

Est-ce le début d’une route des spiritueux?

«Nous avons des gens de partout et, chose surprenante, près de la moitié ne connaissent pas nos produits. On assiste donc à la continuité du tourisme des alcools longtemps promu par l’industrie des bières micro!» affirme sans détour, M. Cloutier. Même engouement à Percé : «On a eu un énorme achalandage cet été, nous produisions que pour la vente directement à la distillerie sans fournir la SAQ et nous avons tout de même été en rupture de stock à deux reprises. Les gens se promènent de Pit à Auval jusqu’à nous. C’est une belle fraternité que nous avons avec Auval et Pit Caribou», raconte Amelie-Kim Bouliane de la Société secrète.

À la cidrerie Michel Jodoin, on accueille beaucoup de touristes français et américains, «certains repartent avec une bouteille, mais la plupart des acheteurs sont Québécois», précise Sophie Mercille. «Le fait de voir comment est fabriqué un produit et d’y goûter est une expérience spéciale : nous n’avons que de bons commentaires. Les ventes et l’achalandage sont en hausse par rapport aux années précédentes», poursuit-elle.

C’est la même chose du côté de Rimouski : «la visite est d’abord et avant tout une occasion de raconter notre histoire. Dans notre cas, les clients sont enchantés par leur visite. Notre ratio de vente est de plus d’une bouteille par visiteur! Nous prenons le temps de faire le tour, d’expliquer ce qui distingue les spiritueux des autres alcools, de répondre aux nombreuses questions. C’est vraiment l’occasion de connecter avec les clients», décrit Jean-François Cloutier.

Pas encore de produits exclusifs

Actuellement, seuls les produits listés à la SAQ pourront être vendus sur place, ce qui peut être assez contraignant et qui limite pour l’instant la créativité de nos microdistillateurs. Le gouvernement a inscrit dans la loi que les distilleries doivent s’approvisionner auprès de la SAQ, ce qui crée deux problèmes majeurs.

«D’abord, il y a le côté ridicule de ne pas avoir accès à notre inventaire et devoir faire transporter les bouteilles d’un bout à l’autre du Québec pour les retourner à la distillerie», explique M. Cloutier. Ceci dit, tous les partis, les distilleries, la SAQ et le gouvernement ont convenus que ça ne faisait aucun sens. Il est, de façon temporaire, possible de prendre des bouteilles de son propre stock afin de les offrir au public.

«Le seul problème réside dans le fait que nous ne pouvons vendre que des produits déjà listés en SAQ. Donc pas de petits lots exclusifs et la SAQ garde sa majoration même sur place pour le moment», explique Mme Bouliane, «Ils ont démontré une ouverture à nous laisser plus de profit éventuellement, mais pour l’instant ce n’est pas encore fait».

Ce qui nous amène au deuxième écueil: l’impossibilité de faire des lots uniques pour la vente sur place, puisqu’il faut impérativement que le processus d’intégration ait été complété pour qu’un spiritueux puisse être offert sur place. «Ça coupe l’herbe sous le pied des startups, qui doivent toujours attendre plusieurs mois avant de pouvoir faire des ventes, et limitant aussi la création de produits uniques!», déplore le président de l’AMDQ avant de préciser que des négociations ont encore cours à ce sujet.

Quelques distilleries à visiter

Distillerie Cirka – Montréal

Située aux abords du site historique du canal Lachine, tout près d’une écluse, cette magnifique distillerie urbaine est parfaite pour le citadin amateur de spiritueux. Cirka a été créé dès le début avec l’accueil de visiteurs en tête : leur salon de dégustation présente une vue impressionnante de l’immense alambic permettant de distiller, du grain à la bouteille, les alcools offerts sur place.

Ouverture Les samedis pour des visites. Trois plages horaires disponibles : 11 h 30, 13 h 30 et 15 h 30. Tarif de 10 $ par personne, comprenant une dégustation de leurs produits. Réservation nécessaire.

cirka.ca

Cidrerie Michel Jodoin – Rougemont

La doyenne des microdistilleries est au cœur de la capitale de la pomme du Québec, sur les flancs du mont Rougemont. Fondée en 1999, c’est la première distillerie artisanale du Canada. On y va pour en apprendre davantage sur le cidre, les spiritueux à base de pomme, visiter les lieux, déguster des produits du terroir hors du commun, pour un 5 à 7 différent ou encore pour après une randonnée sur la montagne.

Ouverture Tous les jours de 9 h à 17 h. Visite guidée toutes les heures, à l’heure. Tarif de 5,00 $ par personne. Sans réservation pour les groupes de moins de 15 personnes. Dégustation de produits (quatre ou cinq) à la fin de la visite, ou à la demande.

micheljodoin.ca

Distillerie du St. Laurent – Rimouski

Si vous êtes du coin, ou de passage, profitez-en pour aller découvrir une distillerie ridiculement petite d’où est né un gin infusé aux algues, ridiculement bon et unique. Aujourd’hui, en plus du Gin St. Laurent, la distillerie produit fièrement, en petits lots, du rhum et du whisky fait de grain récolté au Bas-Saint-Laurent. Dites bonjour aux alambics Lyne et Papa Wong, faites un câlin à leurs barils de whisky et rencontrez l’équipage.

Ouverture Du lundi au vendredi de 13 h à 17 h. Une visite offerte du lundi au vendredi à 13 h 30, 14 h 30 et 15 h 30 dure 45 minutes est vous coûtera 10 $ et inclut une dégustation.

distilleriedustlaurent.com

La Société secrète – Percé

Une jeune et jolie distillerie du grain à la bouteille, la Société secrète a choisi de s’installer dans l’ancienne église St-James de Cap-D’Espoir, bâtie au 19e siècle. C’est déjà un arrêt obligé de la route des produits du terroir gaspésien. Unique en son genre, l’architecture de la distillerie, sa position sur le bord de la mer et l’air salin vous charmeront assurément. Sinon, son gin utilisant que des aromates sauvages locaux le fera.

Ouverture Tous les jours (sauf hasardeux pépins) de 12 h à 17 h. Visite et dégustation: 10$.

societesecrete.ca