Qu’on soit en train de naviguer plein soleil sur la Loire ou en train de visiter les photogéniques villes historiques de St-Émilion et de Bordeaux, l’envie de se rafraîchir près des vignes est omniprésent. Évidemment, le vin est en vedette dans ces régions et pour cause. Mais parfois, lorsque le mercure explose, naît le désir de se rafraîchir auprès d’une mousse bien ficelée. Il n’y a pas très longtemps, les options dans ces régions viticoles étaient surtout industrielles et belges. Mais depuis quelques années, à notre grand bonheur, l’offre se diversifie, de Tours à La Teste-de-Buch!

Une aquitaine actualisée

À Bordeaux, par exemple, plus besoin d’aller bien loin dans le centre-ville maintenant pour tomber sur un Bièristerie, un Jaqen, un Zytho; un bar à bière spécialisé, bref, qui présente une sélection équilibrée de produits locaux et d’ailleurs. Très agréable de pouvoir déguster un des nec-plus-ultra du nord du pays, comme une sublime création de la Brasserie familiale Thiriez, aux côtés des envolées houblonnées de l’Angleterre moderne ou des plus locales Brasserie Azimut et Brasserie Burdigala.

De l’autre côté de la Gironde, la brasserie commerciale Lalune s’est construit de véritables oasis de bonheur, comme l’Espace Darwin ou Les Chantiers de la Garonne, où il fait bon prendre une pinte sans trop penser au lendemain. Les bières y sont sans surprise, mais il faut louanger de tels efforts qui se concentrent sur l’amateur de bière dans une région fortement ancrée sur le vin.

Constat semblable chez les pourvoyeurs de bouteilles. Là où, avant, on s’en tirait avec de belles sélections issues de Belgique ou de simples flacons d’une macro-brasserie quelconque, maintenant on se retrouve avec de jeunes entrepreneurs fiers d’étaler leurs trésors durement acquis chez de petits producteurs locaux ou chez des microbrasseries étrangères qui savent piquer la curiosité. On pense à L’Amirale Bière, La Cave des Moines et Malt & Co. qui, bien qu’elles n’impressionneraient pas un voyageur brassicole aguerri, demeurent des caves fort agréables à croiser lors d’un séjour en pays bordelais.

La Loire aussi est de la partie

Une des boutiques les plus garnies de France, étonnamment, se trouve en pleine Loire. À Tours, plus précisément, et loin des touristes en plus. Le Coin Bière, bien que modeste de l’extérieur, étale plusieurs centaines de références, toujours en faisant de la place pour les jeunes brasseries artisanales du coin, comme la très intéressante P’tite Maiz, ainsi qu’aux brasseurs de qualité des Hauts-de-France, qui côtoient sur les tablettes plusieurs classiques danois, estoniens, allemands et belges.

Un peu plus à l’ouest, en Loire Atlantique, l’équipe du bar spécialisé Le Sur Mesure est en train de prendre le contrôle de la région nantaise avec ses trois succursales, toutes garnies d’une ardoise de bières-pression fort louable. Que ce soit l’originale au rez-de-chaussée de la rue Beauregard, l’étage plus intime ou la toute nouvelle échoppe bien aérée dans Graslin, on y trouve toujours une variété alléchante pour toute personne en manque de houblon.

Prochaine étape : réunir les vignerons et les brasseurs

Dans ces régions où le pinard fait partie de la vie, il faut tout de même noter qu’il est encore rare de voir un brasseur et un vigneron s’unir pour concevoir une bière. Alors que dans le Nouveau Monde, il est presque rendu commun d’acheter des barriques de chêne mouillées de vin, ou de brasser avec du moût de raisin, cette valse des deux alcools tarde à s’installer en France. Le lien est pourtant si évident. La France brassicole pourrait se forger une séduisante identité de cette façon.

Bien que l’on puisse entrevoir quelques essais, comme Effet Papillon à Mérignac (à quelques kilomètres de Bordeaux) qui a fait mûrir un Imperial Stout dans des fûts précédemment remplis de vin rouge St. Émilion Grand Cru, ce type d’union reste somme toute rare en France. Surprenant pour un pays qui vient de passer le cap des 1300 brasseries et qui s’inspire tant de la vague microbrassicole américaine.

D’ici-là, la québécoise Brasserie Dunham en profite, ayant tout récemment fait une collaboration avec Quentin Bourse, du vignoble Le Sot de l’Ange, en Loire. Cette bière est en cours d’élevage dans des fûts de chêne mouillés de Chenin Blanc du vignoble français et devrait voir la lumière du jour d’ici quelques mois. Exactement le genre de projet qui, si la scène brassicole française continue d’évoluer dans le bon sens, risque de rendre encore plus irrésistibles ces régions reconnues pour ses vins exceptionnels.