C’est bien connu : les alewives, brasseuses anglaises du XVIe siècle sont à l’origine de l’image moderne de la sorcière.

Ouais mais non… Simple coïncidence.

C’est presque devenu un marronnier sur les blogues brassicoles, un de ces sujets qui revient chaque année, à l’approche d’Halloween : le chapeau, le balai, le chat… Ça correspond tellement bien que c’est une évidence, non?

Non. C’est une coïncidence de laquelle quelques personnes ont tiré une conclusion hâtive, puis soigneusement choisi des éléments historiques pour la justifier, en ignorant le reste, le tout selon le principe dit de la « cueillette » ou du « cherrypicking », qui semble logique à première vue, jusqu’à ce qu’on élargisse la perspective.

Mais regardons tout cela de plus près…

D’abord un mot sur les alewives : ce terme s’applique, en Grande-Bretagne au XVIe siècle, aux femmes produisant de la bière et la vendant dans des alehouses, une forme d’auberge. C’était typiquement une manière honorable pour une femme, par exemple une veuve, de gagner sa vie et celle de ses enfants, sans pour autant lui permettre de faire fortune.

Le chapeau pointu noir à large bord

L’attribut par excellence de la sorcière… Le problème est qu’il apparaît pour la première fois dans les illustrations montrant des sorcières au XVIIIe siècle, soit avec 200 ans de retard. Et encore, à la même époque, on a des images de sorcières tête nue ou coiffées d’une version allongées et pointue d’une mitre d’évêque, sans bord.

Aux alentours de 1600, il y a un type de chapeau très répandu, qui est pointu, noir et, avec un large bord. Le capotain. Oui, celui que l’on voit partout lorsqu’arrive Thanksgiving aux Etats-Unis. Problème : ce chapeau-là n’est pas associé aux brasseuses, mais à la noblesse et au costume typique des puritains de Nouvelle-Angleterre. Par contre, il est bien possible qu’il soit apparu dans les images de sorcières au XVIIIe siècle pour « faire vieux », et montrer que ces histoires de sorcières sont anciennes.

Le balai volant

Le balai de la sorcière viendrait de l’alestake, un poteau garni de guirlandes ou d’une toge touffue de buisson que les alewives accrochaient à la devanture de leur auberge quand un nouveau brassin était mis en vente. Mouais…

Au Moyen-Âge et à la Renaissance, les sorcières sont représentées en vol chevauchant des animaux, de simples poteaux, et parfois rien du tout. Enfin, si on les représentait en vol, le consensus étant qu’elles croyaient pouvoir voler, les pauvres folles… Les montrer chevauchant des animaux de ferme ou des objets saugrenus comme un balai – et non un alestake – était donc un simple moyen de les ridiculiser.

Le chat noir

Le chat, chasseur de souris et de rats, et protecteur des réserves de malt, est indissociable des brasseries, pas vrai? Tous à fait… Mais de toutes les réserves de grain, en fait, pas seulement le malt.

En outre, de par son indépendance affichée vis-à-vis des humains, les chats ont été associés aux hérétiques et au démon en général depuis le XII siècle, qu’il s’agisse de dénoncer les Cathares, les Templiers ou tout autre engeance hérétique ou démoniaque. Pas spécifiquement les brasseuses.

Au final

Ni le chapeau, ni le balai, ni le chat n’ont été, au cours des siècles, associés exclusivement aux alewives. De plus, l’alestake n’est pas un balai. Donc prétendre établir un lien direct entre alewives et le cliché de la sorcière tel que popularisé par Hollywood depuis les années 30 et 40 (cf. Le Magicien d’Oz ou le Blanche-Neige de Disney) sur la base de ces trois éléments n’est simplement pas tenable. Désolé.

À lire pour en savoir plus :

À ce sujet, ne manquez pas ce post très complet et sourcé sur le blog Braciatrix : braciatrix.com/2017/ 10/27/nope-medieval-alewives-arent-the-archetype-for-the-modern-pop-culture-witch/