En 2007, Alain Thibault quittait son emploi en organisation d’événements pour sauter assez spontanément dans l’arène brassicole. Il fit ses débuts chez feu AMB | Maître Brasseur (AMB) à Laval comme embouteilleur de nuit – à la main. Certains diront qu’il faut être passionné rare!

De l’embouteillage à la main, bouteille après bouteille, à l’embouteillage automatisé, la vente et la distribution; il est passé par différentes tâches en deux ans. «J’ai tout appris sur le brassage pour ne pas devenir brasseur», dit-il en riant. Si son baptême de la bière chez AMB lui fit réaliser à quel point il avait de bonnes papilles, son passage chez Peluso l’aura convaincu qu’il possédait aussi une excellente capacité à décrire les saveurs.

«C’est immanquable, raconte-t-il, chaque fois que je mets les pieds dans un festival de bières, quelqu’un m’arrête pour me dire que je lui ai fait découvrir telle bière», exprime celui qui a toujours envie de partager ses trouvailles. Avant de se faire approcher par un Gilles Dubé insistant et d’être convaincu pour embarquer dans l’aventure de Brasseurs du Monde, Alain Thibault a passé deux ans au célèbre dépanneur Peluso. «Une belle époque et une belle école», admet-il, en ajoutant qu’il avait mis quelques mois à goûter à tout ce qui se trouvait sur le plancher et s’amusait à composer plusieurs lignes pour chacune de ses dégustations qu’il publiait ensuite sur le babillard du site de Bièropholie.

Pour la petite histoire, il fit la rencontre de Tony, le propriétaire du dépanneur, lorsqu’il livrait la bière d’AMB. L’homme d’affaires, qui ne connaissait pas grand-chose à la bière, avait pris l’habitude de lui demander conseil et la relation de confiance s’est installée tranquillement. En 2008, malgré la crise économique qui menaçait, Alain l’avait encouragé à agrandir son dépanneur pour faire plus de place aux micros. En plus d’accueillir ses suggestions, Tony lui demande d’assurer la transition en assumant la responsabilité de la section à titre de gérant. «J’étais le seul conseiller bière pendant deux ans et je peux vous dire que les tablettes se vidaient beaucoup plus vite que je n’avais le temps de les remplir», avoue Alain, fier de préciser que plusieurs procédures qu’il avait alors instituées sont toujours en place. Le classement des bières par styles plutôt que par microbrasserie notamment, pour faciliter la vie des clients lorsqu’il n’y avait pas de conseiller sur le plancher.

Puis, plus les commandes rentraient, plus son amour pour les grands crus grandissait. Il se mit à descendre quelques caisses de brassins spéciaux au sous-sol à chaque livraison pour les faire gagner en maturité. «La Buteuse de Trou du Diable ou le Porter Baltique de Les Trois Mousquetaires par exemple, chaque fois qu’on en recevait, je mettais des caisses de côté et les ressortais quelques mois plus tard en l’annonçant sur le babillard de Bièropholie.» On l’y avait d’ailleurs baptisé « Le Che de la bière », car il s’assurait de toujours limiter la quantité de brassins vieillis par client pour laisser l’occasion à davantage de curieux d’en profiter.

D’aventure en aventure

Alain Thibault est finalement embarqué dans l’aventure de Brasseurs du Monde en 2011. Âgé de 50 ans, il s’est laissé convaincre par Gilles Dubé sans pour autant vouloir se rembarquer dans la manutention et la livraison à moyen ou long terme.

Autodidacte à 100 % dans toutes les sphères de l’environnement brassicole, encore là il a touché à tout : de la création des textes (étiquettes et site Web) au développement des affaires et la commercialisation, en passant par le soutien aux ventes et l’équipe de représentants (description de produits, formations, accords bières et bouffe)… «Chaque fois que des visiteurs se présentaient à la brasserie, Gilles voulait que je vienne faire l’animation», précise Alain qui a mis deux ans pour devenir ambassadeur des bières de Brasseurs du Monde, mais avoue avoir mis un peu plus de temps à être confortable avec le terme «sommelier en bière».

«Je lis bien les gens et j’explique bien les saveurs, c’est peut-être ce qui a fait mon succès dans les ventes», indique celui qui a toujours travaillé avec le public et a toujours été à l’aise là-dedans. D’ailleurs, pour boucler la boucle et ainsi faire un tour de piste complet, entre 2011 et 2014, il a arboré son tablier de sommelier en bière au Balthazar de Laval et comme serveur au Brouhaha.

2006 ou l’année de la révélation

Un moment charnière dans son parcours brassicole est la fois où, avec Éric Lizotte, son mentor pendant quelques années, et Pierre Clermont, renommé pour cultiver sa grande passion pour la bière dans son sous-sol rempli d’artéfacts, il se livrait à une dégustation d’une vingtaine de bières. À commencer par une gueuze de la Brasserie Cantillon, pour se terminer avec une Thomas Hardy’s Ale 1994 de 12 ans… «Ce soir-là, j’ai réalisé que finalement je n’y connaissais pas grand-chose… Disons que l’expérience m’a rendu très curieux sur les bières, leurs styles et toute la gamme de saveurs qui s’y rattachaient, se rappelle-t-il, en précisant que cet hiver-là, il a commencé à cumuler les lectures sur la bière. Ce fut le début d’un apprentissage sans fin et qui me passionne encore autant aujourd’hui!»

Celui qui se considère plus passionné que leader raconte que c’est au fifl du temps et de quelques voyages qu’il a découvert le style de bière qu’il préférait. «Pour le moment – parce que je suis encore jeune [rires] –, c’est une Dunkel, soit une Lager brune à 5 % de la Franconie, en Bavière. Particulièrement la Leupser Bier, brassée par la brasserie Brauerei Gradl de Leups.»

Au décompte des fiertés, Alain est très honoré d’avoir aidé le détaillant spécialisé Peluso à devenir ce qu’il est aujourd’hui. La plus récente succursale rue Beaubien ressemble d’ailleurs à quelque chose qu’il aurait fait, avoue-t-il humblement. Il est aussi très heureux du rôle qu’il a joué dans l’évolution de Brasseurs du Monde, qui compte aujourd’hui une soixantaine d’employés.