Cela fait parfois mal au cœur de devoir laisser un bon breuvage au bar ou restaurant où on se l’était procuré, alors qu’on aimerait bien pouvoir le ramener chez soi.  Depuis cinq ans, c’est possible de le faire dans certaines circonstances, habituellement pour le vin, mais dans la plupart des cas on devra se résigner à le laisser derrière soi.

Consommation sur place

Afin de bien comprendre ce que nous avons le droit de faire et ce qui est interdit, regardons les lois actuellement en vigueur.  La loi sur les permis d’alcool stipule que « Le permis de restaurant pour vendre et le permis de bar autorisent désormais le titulaire à laisser le client emporter un contenant de vin entamé qu’il lui a vendu dans son établissement. Cette autorisation ne concerne que le vin et celui-ci peut être emporté seulement dans la mesure où son contenant a été rebouché de façon hermétique, c’est-à-dire fermé de manière à ce que le liquide ne puisse s’écouler. »  Donc on constate malheureusement que la bière, le cidre ou tout autre alcool ne sont pas mentionnés comme autorisés dans ce règlement.

On pourrait croire que l’origine de la restriction de devoir reboucher hermétiquement la bouteille a comme but d’aider les forces de l’ordre à faire respecter les articles 443 et 489 du Code de la sécurité routière qui mentionnent que « aucun occupant d’un véhicule routier ne peut y consommer des boissons alcoolisées » et que « nul ne peut consommer des boissons alcoolisées alors qu’il circule à bicyclette », respectivement. Toutefois, il est facile d’ouvrir et refermer de nouveau ladite bouteille de vin une fois en route, et des outils existent pour refermer hermétiquement  une bière si on le désire vraiment. Donc cette justification pour différencier les alcools ne tiendrait pas la route!

Pour emporter?

Dans la même loi, il y a même mention de la possibilité de vendre une bouteille de vin pour accompagner un repas à manger chez soi : « [Le permis de restaurant pour vendre] autorise également, dans le cas d’un établissement effectuant de façon principale et habituelle la vente de repas pour consommation sur place, la vente, pour emporter ou livrer, de boissons alcooliques accompagnées d’un repas, sauf la bière en fût, les alcools et les spiritueux. »  Cette partie du règlement est plus permissive pour d’autres alcools comme le cidre, mais encore une fois, pas d’ouverture en ce qui concerne la bière et cela ne permettra pas davantage de terminer un verre déjà entamé.

Donc, pas pour la bière?

Donc dans tous les cas, malheureusement pour les amateurs de nectars houblonnés qui lisent habituellement cette publication, la bière, par la loi, est soigneusement écartée des possibilités de quitter avec celle-ci. Il y a toutefois cette possibilité, depuis la fin 2016 et seulement pour les brasseries artisanales qui produisent leur bière sur place, de la vendre entre huit et 23 heures dans un contenant d’entre 900 ml et deux litres communément appelé growler, tel que stipulé dans le Règlement sur la vente de bière pour consommation dans un autre endroit.

En conclusion

Si on veut éviter de gaspiller de bonnes bières qui restent au fond de nos verres, la meilleure façon restera encore de ne pas en commander plus que nécessaire, idéalement en commandant des plus petits formats comme les galopins, lorsqu’on sent que l’on s’approche de notre limite. L’engouement pour la bière étant en plein essor, les règlements qui seront identifiés comme désuets changeront peut-être un jour, souhaitons-le! En attendant, maintenant que vous savez ce qu’il est permis de sortir ou de ne pas sortir de votre bar préféré, vous devrez faire preuve de jugement dans vos consommations sans quoi, soit vous regretterez vos abus, soit vous manquerez de respect envers le fruit du labeur acharné d’un brasseur en laissant sa bière terminer son destin dans un drain!