Celle-ci a élu domicile dans l’ancienne église anglicane St-James de Cap-D’Espoir, où d’étranges appareils y siègent : des alambics. Car le nouvel hôte de ces lieux n’est rien de moins qu’une distillerie artisanale : La Société secrète. Celle-ci est le fruit du labeur de deux couples de néo-Gaspésiens, soient Geneviève Blais, Mathieu Fleury, Amelie-Kim Boulianne et Michaël Côté.

Pour eux, l’idée d’ouvrir une distillerie est partie d’un goût poussé pour le terroir québécois et de ses produits. «Trois d’entre nous ont travaillé (ou travaillent encore) chez Pit Caribou. Nous y avons accumulé les connaissances et la curiosité envers le brassage pour ensuite nous intéresser à la distillation et son côté très secret et intrigant», explique Amelie-Kim Boulianne.

La Société secrète fabrique, du grain à la bouteille, un gin gaspésien : Les Herbes folles. «Créer un gin complexe, fait qu’à partir de botaniques sauvages gaspésiennes, c’est un grand défi! Ça nous a pris un bon deux ans d’essais et erreurs avant d’arriver à nous satisfaire. Nous voulions un ensemble de saveurs enivrant avec un goût qui évolue en bouche», explique Mme Boulianne. On y retrouve donc : baies de genévriers, racine d’angélique, fleurs d’épilobes, mélilot, armoise, cerises à grappes et plus encore. De plus, il est affiné en barriques de chêne quelques semaines.

L’équipement est aussi impressionnant, et sied bien à l’endroit, le cuivre reflétant majestueusement la lumière colorée émanant des vitraux de l’ancienne église. L’alambic principal de 600 litres comprend en plus un système à 27 plateaux et un second alambic, de 300 litres comportant un panier à aromates.

Mais le travail des quatre entrepreneurs ne s’arrêtera pas là. Ils sont présentement à élaborer une série d’Esprits de Grain (jeune distillat ou «whisky» en devenir) qui seront brassés avec des grains différents, fermentés avec des levures différentes qui seront affinés dans des barriques différentes. «Nous souhaitons aussi produire plusieurs spiritueux saisonniers, en petit lot, représentant bien notre terroir», ajoute Amelie-Kim.

Pour la vente, la Société secrète compte énormément sur le marché local, leur permettant ainsi de distiller et d’écouler différents spiritueux de spécialité en quantité très limitée. Le reste passant inévitablement par la SAQ.

Le processus de démarrage d’une distillerie est long. «Au départ, nous n’en parlions que très peu autour de nous puisque nous nous sentions imposteurs», se rappelle Amelie-Kim. La blague du secret de polichinelle se rendait même jusqu’aux nombreux formulaires qu’ils devaient produire.

«On inscrivait à “Nom de société” : secrète. Finalement, on s’est vite rendu compte qu’on aimait beaucoup le nom et qu’il nous représentait bien» – Amelie-Kim Boulianne