Le dossier de l’aluminium et l’acier a retenu beaucoup l’attention ces derniers mois et les microbrasseries toujours plus nombreuses à faire dans la canette ne sont certainement pas épargnées par la controverse.

C’est que depuis le 1er juillet, le gouvernement protectionniste en place chez nos voisins du Sud a instauré des tarifs douaniers de 25 % sur les importations d’acier et de 10 % sur l’aluminium en provenance du Canada, notamment. En revanche, le Canada a imposé des surtaxes à hauteur de 25 % également sur les importations des mêmes deux métaux et de 10 % sur d’autres produits en partance des États-Unis. Maintenant, si cette guerre commerciale affecte les microbrasseries, il ne s’agit pas pour l’heure d’une catastrophe annoncée.
Pour Martin Vaillancourt du Corsaire, la situation est déjà moins alarmante qu’elle ne l’était au début de l’été. Il faut préciser que la microbrasserie qui était parmi les premières à choisir les canettes pour conserver ses produits avait anticipé le choc au printemps. « On a rempli des remorques de 53 pieds de canettes vides pour nous donner une chance entre nos livraisons, dont le délai a pratiquement doublé », explique-t-il, plutôt convaincu que le problème de pénurie finira bien par se résorber.

Il y a quelques semaines, les deux fournisseurs américains qui se partagent le monopole de la canette en aluminium, Ball Corporation et Crown Holdings, adressaient une lettre à leur clientèle respective. « On y apprenait qu’ils étaient présentement en rupture de stock, qu’ils ne prendraient pas de nouveaux clients d’ici début 2019 et que les tarifs augmenteraient de 30 % », fait savoir M. Vaillancourt. Il soulève un autre problème : les grandes brasseries qui auraient appris la nouvelle sur les hausses tarifaires avant tout le monde auraient réussi à mettre le grappin sur une quantité importante de canettes pour se faire des réserves… « Maintenant, si les grosses brasseries ont fait leurs provisions, Ball et Crown pourront se refaire un stock et remédier à cette pénurie. » Il reste que des fournisseurs de canettes étrangers ont vu là une belle occasion de faire connaître leurs offres aux micros, dont certaines semblent intéressantes avoue celui qui admet y voir là une solution à plus long terme. « Autant pour les prix, les délais et les frais d’expédition. »

Pour Archibald qui distribue ses bières dans deux formats de canettes, il aura fallu ajuster la production en fonction des nouveaux délais de livraison, explique le fondateur François Nolin, en reportant la sortie de produits saisonniers par exemple. « On a connu d’autres pénuries dans le passé, avec le houblon notamment », note-t-il, confiant que la situation est passagère. À son avis, l’avenir de la canette n’est pas menacé et la hausse des tarifs est aussi temporaire. À la question à savoir si le fait d’avoir la grosse machine Labatt derrière donne une longueur d’avance à Archibald, M. Nolin répond : « je ne crois pas, on doit tous faire face à la même situation. Nous devrons simplement ajuster la production pour tenir compte des nouveaux délais de livraison qui sont passés de six à 12 et même parfois 15 semaines. »

La réalité des petites jeunes

Ouverte à Alma depuis 2015, la Microbrasserie Riverbend a adopté la canette dès les premiers brassins. « On a su qu’il y avait rupture de stock quand on a essayé de passer une commande », admet son président, Sébastien Morasse. Pour remédier au problème, Riverbend a trouvé un fournisseur alternatif en Ontario, mais doit assumer les coûts plus élevés autant du produit, que des frais d’expédition. « Pour l’instant, notre approvisionnement reste stable, tandis que notre fournisseur principal tente toujours de nous rassurer que la situation reviendra bien vite à la normale. Entre temps, on va poursuivre avec notre solution de rechange en espérant que ça bouge bientôt », souhaite M. Morasse, qui ne voudrait pas en venir à refiler la facture au client. En d’autres mots, ici comme ailleurs, on absorbe les coûts pour l’instant, mais cette situation ne pourrait pas perdurer.

« À long terme, si les frais de douanes sont là pour rester, il faudrait pousser plus loin la réflexion », explique-t-il, en évoquant deux problèmes distincts dans ce dossier : la difficulté d’approvisionnement en canettes partout au Canada et ces fameuses taxes qui ont un impact direct sur le prix de la canette. « La première étape serait de régler le problème en approvisionnement et la deuxième, éliminer les frais de douanes… Ce sur quoi on n’a pas vraiment de pouvoir. » En contrepartie, les microbrasseurs pourraient se tourner vers d’autres pays capables de fournir des canettes comme l’Irlande ou la Chine. Cela dit, il ne manque pas de rappeler qu’encore une fois, on peut témoigner de la solidarité dans le milieu. « On a reçu plusieurs courriels et des micros suggéraient de former des groupes d’achats pour acquérir des canettes, car toutes ne peuvent pas se permettre de commander à coup de 25 palettes comme le veulent les géants Ball et Crown; l’esprit de collaboration est toujours là », termine-t-il.

Nouvelle depuis juin dans l’arène de la canette, Le Trèfle Noir a réussi à placer une première « bonne » commande qu’elle a reçue dans des délais raisonnables. Deux semaines et des poussières plus tard, immédiatement après en avoir placé une seconde, le propriétaire Alexandre Groulx recevait l’avis du fournisseur comme quoi le stock était épuisé… « On s’est donc tournés vers un autre fournisseur le temps d’une commande qu’on a doublée pour sécuriser notre stock [de canettes], raconte celui qui reconnaît avoir été chanceux dans les circonstances. Sauf que le prix des canettes a significativement augmenté, mais ça, on n’y peut pas grand-chose », ajoute-t-il, en avouant avoir eu chaud pendant quelques jours.

Pour la microbrasserie de Rouyn-Noranda qui vient de prendre le virage complet vers les canettes, pas question de retourner à la bouteille, avec les coûts de manutention que cela engendrait et la gestion des consignes et des bouteilles souillées qui lui bouffaient de l’espace d’entrepôt. Alexandre entend néanmoins demeurer vigilant et s’assure de sécuriser son stock de canettes afin de ne pas mettre en péril sa production.

Des canettes fabriquées par et pour nous
Quant à la venue d’une éventuelle usine de fabrication de canettes au Saguenay–Lac-Saint-Jean annoncée dans certains médias, le projet continue d’avancer positivement, a confié la directrice générale de la Société de la Vallée de l’aluminium, Malika Cherry. « Malgré tout, le développement d’un projet d’une telle envergure nécessite du temps et aucun autre pas significatif n’a été franchi durant le dernier mois, soit depuis que le projet a été médiatisé. » Elle a toutefois laissé entendre que des étapes importantes risquaient d’être franchies au cours des trois prochains mois…