Depuis 10 ans, Le Naufrageur met la Gaspésie au cœur de ses produits, un agencement réussi qui a rapidement déferlé dans la région aujourd’hui bien nantie en brasseries artisanales de qualité. Les ingrédients distinctifs, le savoir-faire audacieux et la qualité des offrandes semblent être chose commune dans cette région pittoresque du Québec. La brasserie de Carleton-sur-Mer n’y fait pas exception.

Les meilleures offrandes houblonnées nous procurent une sérénité quasi similaire aux paysages de bord de mer gaspésiens; la fraîcheur des ingrédients locaux, judicieusement utilisés, nous charme telle une brise marine au crépuscule. Combiner ce tout, c’est simplement divin et c’est justement ce que permet Le Naufrageur en saison estivale. Fruits, herbes, épices boréales sont savamment utilisés et agencés avec les malts et houblons la plupart du temps québécois; une autre grande fierté de la brasserie qui fêtait tout récemment son dixième anniversaire.

Le tout début

Alors que les frères Valade, Sébastien et Louis-Franck, œuvrent à la boulangerie familiale La Mie Véritable, ils continuent de rêvasser à leur projet de brasserie artisanale qui serait le tout premier dans la région. C’est à force d’en discuter avec des proches, notamment Philippe Gauthier, un employé de la boulangerie et son cousin Martin Gauthier qu’ils passeront finalement à l’action. Ironiquement, si Martin s’avère la bougie d’allumage qui a poussé le groupe à aller de l’avant, il choisit finalement de ne pas se greffer au projet. L’équipe compte ainsi les deux frères, Philippe Gauthier, Christelle Latrasse et Sébastien Hébert, qui part après un an seulement.

Par chance, un peu au même moment, un projet qui devait se concrétiser dans le bâtiment où est maintenant située la brasserie tombe à l’eau et le groupe se voit offrir l’opportunité de l’acheter. Situé à seulement quelques pas de la boulangerie, il s’avère un emplacement idéal sur le boulevard Perron. C’est ainsi le 25 juillet 2008 que la deuxième microbrasserie gaspésienne ouvre ses pompes quelques mois seulement après celle de L’Anse-à-Beaufils : Pit Caribou. L’impact de ses deux ouvertures sera d’ailleurs ressenti partout en province puisque les deux brasseries ont su démarrer en force avec des produits réussis et tout de même distinctifs.

Un départ canon

« C’est parti fort, plus que prévu! À l’automne par contre, le tout a diminué plus qu’on pensait », se remémore Louis-Franck. Les gros cruchons bruns à l’effigie du Naufrageur sont les premiers du style à envahir les dépanneurs spécialisés, une tactique qui a d’ailleurs permis à la brasserie de passer à travers ces mois plus difficiles de l’automne et l’hiver où les touristes se font plus rares au pub. Dès le départ, elle mise sur des bières bien goûteuses, mais toujours agréables à boire. Déjà, les ingrédients locaux y sont privilégiés.

Quelques années plus tard, en 2010, apparaissent les premières bouteilles avec un visuel signé François Miville-Deschênes qui permet aux produits de se démarquer sur les tablettes. L’ajout d’un mini marché sur le site de la brasserie est également judicieux, servant à la fois d’attrait touristique, de boutique souvenir et de mur coupe-son pour le voisin d’à côté… Avec l’engouement grandissant pour les bières artisanales, la brasserie n’a d’autres choix que de prendre de l’expansion et augmente considérablement sa superficie et son système de brassage en 2014.

Alors que Le Naufrageur a le vent dans les voiles, un accident de moto vient ralentir ses ardeurs en mettant Louis-Frank hors service pendant un certain temps. Les complications s’enchaînent pour le charismatique visage de l’entreprise qui demeure néanmoins présent dans plusieurs événements impliquant la brasserie durant cette période plus sombre.

Déterminé et courageux, le capitaine Louis-Frank prend les grands moyens pour se remettre sur pied et reprendre là où il avait été stoppé. Cette mésaventure lui a d’ailleurs permis de constater la force de son équipe et le motive à restructurer la brasserie en misant davantage sur des éléments forts, notamment Jani Landry Dugas, une brasseuse rigoureuse, Marianne Boudreau, qui s’affaire aux communications et au marketing avec brio, ainsi que Julie Delisle, graphiste de la brasserie.

Sébastien passe aujourd’hui la majorité de son temps à la boulangerie, mais ne renie pas la bière pour autant, bien au contraire. Sa baguette multigrain à la drêche de même que celle à la bière sont simplement délicieuses et permettent en plus de récupérer les pertes de la brasserie. « C’est vraiment important pour nous de récupérer le plus possible et la boulangerie nous permet d’expérimenter en ce sens, j’adore faire ça », indique-t-il.

Sébastien expérimente toujours avec la bière. Il a d’ailleurs cette espèce d’irréductible levure sauvage maison qu’il entretient précieusement en barriques au Naufrageur pour concocter diverses bières, dont la Ferme à houblon.

Un renouveau

C’est ainsi avec le mot d’ordre de s’amuser, d’oser et de s’éclater que la brasserie attaque son dixième anniversaire. Elle en profite pour se refaire une beauté avec une image revampée et adaptée au goût du jour sans évidemment renier le passé.

Une refonte du portefeuille de produits est aussi prévue : moins de produits réguliers, plus de saisonnières et spécialités en rotation pour faire plaisir tant aux amateurs de bière qu’à l’équipe de brassage. On continue ainsi d’exploiter la gamme des Ales amérindiennes qui mettent la Gaspésie au cœur des produits et on fait de la place pour de nouveaux produits.

En cuisine, on propose une offre élaborée de produits locaux pour la saison estivale, notamment délices de la mer, produits du terroir, légumes et fruits de cueillette, bref, de vraies saveurs gaspésiennes. À compter de la mi-octobre, on passe à des plats de pub plus classiques.

Dix ans plus tard, Le Naufrageur demeure une figure emblématique de la bière artisanale gaspésienne. Tant la mer, le terroir, la musique et la diversité des styles de bières demeureront au cœur de ses inspirations pour les créations à venir. On a bien hâte de voir où nous amèneront la brasserie et son équipage de flibustiers au cours des 10 prochaines années.