Si le brassage est avant tout une histoire d’équipe au Naufrageur, il n’en demeure pas moins que certains sont plus impliqués que d’autres dans les opérations de brassage et c’est justement le cas pour Philippe Gauthier, copropriétaire de la brasserie. Avant tout passionné, il a développé ses connaissances en s’intéressant aux ingrédients qu’il utilise, que ceux-ci soient inusités ou non, et de préférence issus du terroir local.

Philippe a grandi à Montréal, mais enfant, il passe la majorité de ses vacances à Carleton dans la famille de son père. L’endroit l’a depuis longtemps marqué et c’est pourquoi il a décidé d’y retourner une quinzaine d’années plus tard pour s’y établir. Il rencontre rapidement Sébastien Valade qui cherche justement quelqu’un pour travailler à la boulangerie familiale. Il fait aussi la connaissance de Louis-Franck avec qui il habite et passe plusieurs nuits à la boulangerie à travailler et à refaire le monde. Lorsque les frères Valade se mettent à raviver leur projet de brasserie, Philippe est plus que partant pour l’aventure.

Philippe avait fait connaissance avec la bière à Montréal; son appartement étant notamment situé au-dessus d’un pub irlandais. Sans être particulièrement passionné par le breuvage, disons qu’il avait plusieurs Boréale, Unibroue et Mort Subite à son actif dans la grande ville…

Le groupe a ainsi commencé à brasser dans le sous-sol de la boulangerie les jours où celle-ci était fermée. Philippe développe alors son goût pour les bières de microbrasseries même si celles-ci sont difficilement accessibles dans la région. L’intérêt grandissant, il se met à brasser davantage lorsque Sébastien part pour ses vacances.

La première bière que vous avez brassée?

Les premières brassées dans le sous-sol sont la Malauze et la St-Barbané, les recettes ont d’ailleurs été conservées presque intégralement. Ma première recette a été la Double IPA au myrique baumier. J’avais eu des discussions sur le myrique baumier avec un ami et je trouvais ça intéressant de l’utiliser dans ce qui serait une suite à notre IPA au thé du Labrador. Nous n’avions pas de DIPA à l’époque et il y avait un gros engouement pour ce style-là. C’était aussi une bière terroir pour se démarquer et faire valoir les ingrédients locaux. Ce sont des épices qui ont nécessité beaucoup de tests initialement ; il faut vraiment les utiliser au bon moment dans le processus de brassage.

La bière dont vous êtes le plus fier?

La bière au Sumac probablement. Je suis content d’avoir réussi à faire quelque chose qui fonctionne bien avec le sumac. On a bien réussi à se servir de son acidité pour faire une bière d’été et à agencer le tout avec la groseille et l’églantier. J’ai aussi fait beaucoup de tests pour y arriver.

Votre style de bière préféré? [À brasser et à boire]

À boire, les IPA, car j’aime le houblon, tant le côté aromatique que l’amertume. J’adore la Nordet d’Auval, mais pas tant les NEIPA trop « jus de fruits » que l’on retrouve de plus en plus. C’est bien de constater qu’on s’est beaucoup amélioré au Québec pour l’aromatique.

À brasser : les bières de récoltes ou Harvest Ale. C’est comme un petit défi technique, car il faut gérer une grosse quantité de houblons mouillés chaque fois qu’on la brasse et en même temps, c’est très festif, car le tout est cueilli chez des amis. Il y a un esprit de récolte que j’aime; la salle de brassage déborde de sacs de houblons!

Votre ingrédient préféré?

Les houblons pour tout ce qu’on vient de mentionner. Aussi, les bactéries, c’est intéressant d’essayer de les domestiquer et de jouer avec ça tout en s’assurant d’avoir de bonnes pratiques de production. Elles peuvent être capricieuses et ce n’est pas toujours évident d’aller chercher le goût espéré. J’adore les houblons québécois également, c’est tellement plaisant de discuter avec les producteurs d’ici.

Une brasserie québécoise que vous appréciez particulièrement?

Dieu du Ciel! J’ai grandi près du pub et ils sont devenus de bons amis depuis. J’ai découvert plusieurs styles grâce à eux, je me rappelle notamment la Corne du Diable. Il y a Auval et Ben aussi; j’adore ses bières. Par affinité avec les brasseurs, je découvre et apprécie leurs produits. Il y a Maltstrom aussi que j’ai bien aimé découvrir.

Une bière québécoise que vous auriez aimé brasser?

La Nordet de la brasserie Auval. J’en bois beaucoup de fraîches ici et je la trouve simplement bien faite. Ça correspond exactement à ce que j’aime d’une IPA. Il faut apprécier ces styles de houblons là avec leur goût typé et moi j’adore ça. L’équilibre entre l’aromatique, l’amertume et la sécheresse est merveilleux. C’est bien aromatique, mais pas trop « jus de fruits » justement.

Ce que vous aimez de la bière au Québec…

La créativité, le savoir-faire et la passion. Les gens sont compétents et on retrouve une agréable camaraderie entre les brasseries. J’ai l’impression que c’est particulier ici.

Ce que vous aimez moins de la bière au Québec…

La perception que certains ont du monde de la microbrasserie. Certains pensent que c’est très facile et pas trop forçant. Déjà, le marché est moins facile qu’avant. Ce n’est pas non plus un succès garanti et je trouve ça dommage de voir des investisseurs qui veulent se lancer pour des motivations bien différentes de celles des trois premiers barbus qui le faisaient il y a quelques années.

Qu’est-ce que nous réserve votre brasserie?

On sort sous peu un Gruit gaspésien avec des herbes qu’on utilise déjà dans quelques recettes et qui poussent facilement dans la région. Il y a aussi une bière qu’on brasse pour la fête des Acadiens et qui est inspirée de deux desserts acadiens : les ployes, une espèce de crêpes au sarrasin et les poutines à trou. On vous réserve aussi quelques surprises pour la fin novembre et la période des Fêtes!