Qu’il fait beau l’été, qu’il fait chaud! Ces dernières semaines du mois de juillet, certains n’en pouvaient simplement plus d’endurer cette chaleur écrasante. Question de conserver son sang-froid et de se rafraîchir la mémoire, il semble tout indiquer de se remémorer la Tempête du siècle. Et pas uniquement la tempête elle-même, mais également la bière brassée par Le Prospecteur pour lui rendre hommage.

On en a certes vu tomber de la neige au Québec, mais plus qu’une simple expression, la Tempête du siècle réfère à une bordée bien précise s’étant abattue sur l’est du Canada en mars 1971. Plus précisément, du 3 au 5 mars où pas moins de 54 cm sont tombés au centre-ville de Montréal. À certains endroits plus au nord, on rapportait même plus de 80 cm!

Mais ce n’est pas tant la quantité de neige comme la combinaison de plusieurs facteurs qui a fait de cette tempête la mère de toutes les tempêtes; des vents de plus de 100 km/h, des bancs de neige s’élevant jusqu’au deuxième étage des maisons, des fils électriques ravagés privant de courant des quartiers entiers pendant près de 10 jours, des routes inutilisables et des opérations de déneigement interminables. Pas étonnant que 30 personnes soient décédées durant ce spectaculaire événement.

Si la tendance est au  haze dans le Nord-est américain actuellement, c’était également le cas en mars 1971 avec des conditions similaires à celles d’un blizzard provocant une visibilité quasi nulle pendant près de 20 h sur les routes. Éventuellement, on a fermé les écoles et plusieurs bureaux; les déplacements routiers, ferroviaires et aéronautiques ont quant à eux été interrompus. Plusieurs passagers de transports en commun ont d’ailleurs dû être secourus par des motoneigistes afin de prendre refuge chez de bons samaritains.

À Montréal, le métro n’étant pas affecté par la tempête, on l’a laissé circuler sans interruption pour la toute première fois de son histoire dans la nuit du 4 au 5 mars. Cela n’a d’ailleurs pas eu lieu de nouveau avant le 31 décembre 1999, sans doute pour permettre aux gens de se sauver du fameux bogue de l’an 2000…

Fruit du hasard, c’était également en ce 4 mars 1971 que Pierre Elliott Trudeau et Margaret Sinclair se sont mariés… à Vancouver. On connaît bien aujourd’hui l’aboutissement de cette histoire… Ça, ça refroidit les ardeurs!

Le malheur des uns fait le bonheur des autres

Si l’Abitibi-Témiscamingue avait été épargnée lors de ce tumulte hivernal, la région s’y connaît bien en bordées de neige et c’est pourquoi au printemps 2016, le temps venu de baptiser sa dernière création, l’équipe de la microbrasserie Le Prospecteur opte pour la Tempête du siècle.

« On venait de brasser une espèce de blanche belge forte expérimentale avec une levure d’abbaye et des huiles essentielles de citron, orange et coriandre. On avait utilisé une base de malt Pilsner et de blé avec beaucoup de houblons, notamment en dry hop avec les Amarillo, Centennial, Ekuanot et Nelson Sauvin. La couleur rappelle évidemment l’hiver et comme elle proposait une tempête de saveurs et d’arômes, le nom semblait tout indiqué », raconte Jonathan Deschamps, copropriétaire et brasseur.

Cette « Imperial Witbier IPA » s’avère ainsi blanc trouble avec un nez prononcé d’agrumes, de notes florales, de subtils effluves de coriandre et quelques esters fruités de levure belge. En bouche, elle est onctueuse et ample; on y reconnaît les saveurs du blé ainsi que de légères pointes résineuses provenant des houblons. Son amertume modérée lui procure une finale tout de même rafraichissante malgré ses quelque 7,4 % d’alcool.

Malheureusement, la brasserie ne la brasse toujours qu’une seule fois par année, au printemps, de préférence lors de la dernière tempête de l’année afin qu’elle soit prête pour l’arrivée du beau temps. On dit d’ailleurs que ça marche tempête sur les terrasses en début d’été.

Quoi qu’il en soit, avec les journées chaudes que l’on a connues récemment où le facteur humidex est dans le tapis, je prendrais bien, assis sur ma terrasse, une Tempête du siècle pour me rafraîchir. Je parle bien évidemment de celle du Prospecteur, car l’autre, même en période de canicule on ne se la souhaite pas.

Peut-être bien que si l’on se mettait à harceler la brasserie pour la refaire prochainement on pourrait agrémenter notre été des Indiens d’une Tempête du siècle, version estivale, non?