C’est une tradition roumaine de servir quelque chose à quelqu’un lorsqu’il passe à la maison. Bien que Kruhnen ne dispose pas d’un pub ou d’un salon de dégustation, c’est avec cette coutume en tête qu’Ovi et Monica nous ont reçus, tout comme ils reçoivent les clients de passage à la boutique de la brasserie. C’est tellement inné chez eux qu’ils ont dû instaurer les Jeudis portes ouvertes entre midi et 19 h pour des visites sans quoi Ovi n’avait simplement plus le temps de brasser!

Comme vous pourrez le constater, la brasserie adore travailler avec différents aromates, épices et herbes pour créer des bières qui se distinguent dans le marché. La majorité des créations proviennent de goûts ou d’images auxquels Ovi a réfléchi longuement. Monica y met également son grain de sel…

Outre les quatre bières dégustées et présentées ci-dessous, d’autres sont évidemment à découvrir, notamment la King Cogne, une Pale Ale au seigle fort alléchante, la désormais classique TPA, une Transylvanian Pale Ale, la Der Drachenorden, une ambrée aromatisée et la Kölsch que la brasserie propose à l’occasion. Les amateurs de fumée ou de whisky apprécieront aussi la Afumatul, une Ale évoquant le scotch tourbé.

Il y a aussi cette étrange bête qu’est la Nycteris, une vieille blanche à l’épice secrète où la levure particulière apporte des effluves de sureau et d’ananas. Finalement, les Blainvilloises, trois bières blanches aromatisées de façons distinctes tout récemment brassées pour le 50e de la ville et le 10e de William J. Walter Blainville. Thé de Ceylan, jasmin, sauge et autres aromates inusités sont en vedette dans ce trio fort rafraichissant.

Quatre bières dégustées

Lupul Dacic – IPA verdoyante – 6,4 %

Description

Blonde trouble et scintillante, c’est sous une mousse bien en forme qu’elle se présente. C’est au nez que ses touches verdoyantes apparaissent à travers des effluves houblonnés d’herbes fraîches, de résine et de pin. En bouche, quelques notes d’agrumes et un tantinet poivrées s’ajoutent, le tout menant à une finale longue et astringente. Si l’amertume est bien présente en bouche et en finale, elle l’est moins en rétro-olfaction.

Inspiration

À l’hiver 2018, le brasseur a bien intentionnellement sélectionné des houblons «verts» – Mosaic, Topaz et Columbus – plutôt que «fruités» question de la démarquer de ce que l’on retrouve en vogue ces temps-ci. Néanmoins fort aromatique, cette IPA vise les amateurs avertis. Pour ce qui est du nom, il fait référence à l’étendard du Lupul Dacic, une créature mi-serpent mi-loup, que brandissaient les ancêtres roumains sur le champ de bataille afin d’intimider l’ennemi.

Draconic Transylvanian Pale Ale – DIPA à l’épice secrète – 9 %

Description

Blonde trouble aux reflets orangés, elle se couvre d’une abondante mousse blanche qui tient tête. Au nez, le bouquet est varié, tant les effluves tropicaux, résineux que les notes d’agrumes s’y amusent. En bouche, les notes tropicales, de conifères, puis florales se font de plus en plus sentir de même qu’un côté épicé et poivré qui colle à son agréable texture onctueuse. La finale est amère et bien résineuse.

Inspiration

Pour l’épique édition 2013 du Winter Warmer, le brasseur se devait de présenter une bière forte distinctive. Il décide ainsi de brasser une nouvelle recette, cette DIPA, à laquelle il incorpore une double quantité des houblons et de l’épice secrète utilisés dans sa toute récente TPA. À 9 % d’alcool, le résultat est une DIPA «comme dans le temps», aromatique, amère et étonnamment facile à boire. Pour l’illustrer, quoi de mieux que le redouté Vlad Tepes dit l’Empaleur.

Ada Kaleh – Stout blanc infusé aux grains de café – 6,9 %

Description

Cuivre aux reflets or, elle est couronnée d’une belle mousse blanche. Un nez intense de café blond, très légèrement torréfié, qui pourrait facilement berner un dégustateur à l’aveugle. En bouche, elle est toute de même étonnamment onctueuse, peu âcre ou amère, laissant les arômes du café dominer avec quelques pointes chocolatées. En finale, une amertume s’installe pour rester sur des notes grillées.

Inspiration

Son nom provient d’une île roumaine mythique jadis occupée par les Turcs où les peintres, poètes et compositeurs s’unissaient pour se prélasser hors du temps et profiter des spécialités locales : le tabac, les loukoums et le café. Ada Kaleh, l’Atlantide du Danube, est désormais un paradis perdu, car elle fut submergée en 1970 avec la création d’un important barrage hydroélectrique. Heureusement, il nous reste toujours cette bière créée à l’automne 2017.

Rha Barbarus – Saison rhubarbe – 4,7 %

Description

Blonde aux reflets dorés, elle se coiffe d’une belle mousse et laisse s’échapper des parfums typiques de Saison aux notes rustiques et fruitées. En bouche, une fine pointe acidulée se marie aux effluves fruités de rhubarbe qui se lient d’amitié avec les arômes épicés de la levure. Rafraichissante à souhait, elle nous laisse sur une finale bien sèche qui nous invite à nous y replonger.

Inspiration

Pendant plus d’un an, Monica a demandé à son mari une bière à la rhubarbe. La plante fait partie de son enfance et elle adore l’utiliser en cuisine. C’est finalement en faisant brasser un prototype par un ami qu’elle a réussi à convaincre Ovi d’en créer une il y a quelques semaines à peine. Avec la levure Belle Saison, le légume est agréablement mis en valeur et Monica est aux anges! C’est le vautour barbu, de retour en Roumanie après une disparition de près d’un siècle, qui illustre cette Saison à la rhubarbe.