«Ton métier est ton bracelet d’or» – Proverbe roumain

C’est certes un long parcours inattendu qui a mené Ovi Bercan à ouvrir sa propre brasserie artisanale au nord de Montréal à quelque 7000 km de sa terre natale. C’est tout de même incroyable de constater à quel point notre boisson chérie sait réunir les gens, peu importe leur provenance, leur culture ou leur vécu.

S’il avait l’habitude de faire du vin avec son père en Roumanie, Ovi a toujours eu un penchant pour la bière. Il a d’ailleurs pratiquement fait ses études sur les terrasses de Brasov… C’est surtout des Lager qu’on y retrouve à l’époque, notamment celles de la brasserie Azuga qu’il affectionne particulièrement.

C’est à son arrivée au Québec qu’il découvre Unibroue, Boréale, St-Ambroise et diverses importations dénichées à la SAQ. Tranquillement, il se met à explorer le monde du brassage à travers les livres, notamment le célèbre «How to brew» et, bien sûr, il s’exerce sur son joujou, le brasse-camarade.

En très peu de temps, le projet d’Ovi devient plus sérieux et pour mettre son plan à exécution, il commande un système de brassage chinois de plus grande envergure. Ce n’est qu’une fois son achat en livraison qu’il déniche le local actuel de la brasserie.

La première bière que vous avez brassée?

C’est une Brown Ale que j’ai faite dans mon brasse-camarade pour le tester. Lorsque j’ai tendu le premier verre à Monica, elle m’a répondu : «Ce n’est vraiment pas bon, jette ça au drain!»… Elle est partie en voyage trois semaines puis à son retour je lui ai sorti une bière et elle m’a dit : «Celle-ci est réussie». C’était la même!

La première que j’ai faite professionnellement, c’est une ambrée à l’épice secrète qui est devenue l’Ordre du dragon. Je l’avais déjà brassée auparavant, je l’avais appréciée et j’ai décidé de la refaire en y ajoutant l’épice.

La bière dont vous êtes le plus fier?

Ce sont comme des enfants; je les aime tous. Peut-être la DTPA, car c’est une bière que je ne bois pas souvent en raison de ses 9 % d’alcool, mais chaque fois je constate qu’elle se boit très bien et qu’elle est bien balancée. L’alcool y est très bien dissimulé. Elle a d’ailleurs gagné un Prix du public à Québec lors du concours organisé par Exquis. Il y a une belle réponse des gens envers cette bière, on ne reçoit que de bons commentaires.

Votre style de bière préféré? [À brasser et à boire]

C’est difficile pour moi de répondre, c’est tellement variable. Ça dépend des saisons et de comment je me sens… J’aime les IPA et DIPA; plus il y a du houblon dans la bière, plus ça me calme et j’aime bien ça. J’aime généralement le côté sec des bières. Les miennes sont d’ailleurs pas mal toutes comme ça. Mon père avait un ami vigneron qui travaillait pour un grand vignoble en Roumanie et il lui recommandait de boire des vins secs pour éviter d’avoir mal à la tête le lendemain. J’ai appris cela à cause de ça, j’imagine.

Votre ingrédient préféré?

Mon épice secrète! C’est une épice que j’ai utilisée au début pour nous distinguer et je n’avais aucunement l’intention de la garder secrète, mais c’est Miki Trudel qui nous avait suggéré de ne pas la dévoiler et de laisser les gens essayer de la découvrir. Elle fut d’ailleurs la première à l’avoir identifiée sans aucun indice. Quelques personnes ont réussi à la trouver par eux-mêmes et ils respectent le secret en ne le divulguant pas. Plusieurs cherchent encore…

Une brasserie québécoise que vous appréciez particulièrement?

Je dirais Frampton Brasse, car j’aime beaucoup ce qu’ils ont fait comme projet. J’aime l’aspect plus rural avec la ferme, la brasserie, la famille et tout ce concept. On les a connus à travers différents événements et on s’entend très bien avec eux.

Une bière québécoise que vous auriez aimé brasser?

La DTPA… Ah, non, c’est vrai c’est moi qui l’ai faite! La Rosée d’hibiscus probablement parce que Monica aime beaucoup l’hibiscus [rires]… Si ça compte, la Aromatherapy, après tout c’est Jean-Benoît, un brasseur québécois, qui l’a faite. Celle-là aussi ce serait pour Monica [rires].

Ce que vous aimez de la bière au Québec…

L’innovation, le fait que tout le monde souhaite faire des choses différentes et que les brasseurs d’ici soient très créatifs. Avant, les brasseries faisaient les choses à la lettre, mais maintenant les gens osent plus et c’est vraiment agréable.

Ce que vous aimez moins de la bière au Québec…

Y’en a trop… Ça devient plus difficile sur les tablettes. Parfois, c’est également compliqué d’être payés rapidement, il faut souvent attendre et c’est ardu pour une petite brasserie de concilier tout ça. Le fonctionnement avec les dépanneurs c’est parfois plus difficile pour la gestion de produits, car tout le monde a ses réalités bien différentes et ça devient plus complexe à gérer. On n’aime pas ça courir après de l’argent, ce sont des clients et ce n’est pas plaisant comme situation.

Qu’est-ce que nous réserve votre brasserie?

On va oser un peu plus. On va sortir de nos styles habituels un peu plus. On veut expérimenter davantage et chercher des choses inédites pour se démarquer. Dernièrement, on a sorti la Saison rhubarbe et les Blainvilloises, des bières blanches aromatisées à diverses fleurs, herbes et épices, on a beaucoup aimé cette expérience.