C’est lors d’une année passée à Bogota avec sa petite famille que Félix Daviault-Ford découvre la scène brassicole colombienne. Loin de Pie Braque, sa coopérative brassicole en démarrage à Jonquière, il entend néanmoins profiter de son séjour là-bas pour voir ce qui se brasse ailleurs. Sa rencontre avec la microbrasserie Tierra Santa s’avère particulièrement marquante et les Québécois pourront prochainement en goûter le fruit : El Puente, signifiant «le pont».

Lors d’une de ses visites, Félix rencontre les cousins Julian Slamanca et Daniel Duarte de la brasserie Tierra Santa. Les jeunes entrepreneurs ont ouvert leur brasserie depuis environ quatre ans, mais le milieu brassicole là-bas est bien différent du nôtre. «L’accès au financement pour les entrepreneurs n’y est vraiment pas développé. Comme les équipements coûtent cher et non la main-d’œuvre, les brasseries se procurent de petits systèmes, mais brassent plusieurs fois par jour», explique Félix. Tierra Santa possède un kit de 200 litres et peut brasser jusqu’à cinq fois par jour pour arriver à ses fins.

Lors de sa rencontre avec Julian et Daniel, Félix remarque tout de suite le sérieux de la paire et leur passion pour la bière. Biologiste de formation, il leur offre de l’aide pour leur gestion de levures. On retrouve peu d’ingrédients locaux au pays et impossible de se procurer ou conserver des levures liquides en laboratoires.

Lorsque la brasserie perd un de ses brasseurs, Félix s’offre pour le remplacer et se voit rapidement donner carte blanche dans la salle de brassage. Durant les six mois qui suivent, il en profite donc pour travailler quelques-unes des recettes de Pie Braque, en plus de s’amuser évidemment. Pour souligner son départ, un brassage commémoratif est réalisé donnant naissance à une Brune belge au cacao colombien et au sirop d’érable québécois; une façon bien spéciale de sceller leur amitié et de faire le pont entre les deux cultures. Les brasseurs colombiens promettent à leur tour de venir au Québec afin de remettre l’expérience.

Découverte de la scène brassicole québécoise

C’est finalement en mai, un peu plus tard que prévu, que les cousins colombiens profitent d’un long week-end pour honorer leur promesse et foulent le sol québécois. C’est toute une visite brassicole que leur a préparée Félix avec des passages obligés à divers établissements réputés de Montréal, Québec et, bien sûr, le circuit du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Les brasseurs de Tierra Santa auront ainsi eu la chance de constater toute la camaraderie qui règne dans les établissements brassicoles de la province; une réalité bien différente de ce qu’ils observent en Colombie. Les brasseurs d’ici se sont, en effet, avérés généreux et bien heureux de les accueillir à bras ouverts.

Et cette nouvelle bière collaborative?

«Pour cette version brassée au Québec, les gars ont voulu faire quelque chose de plus houblonné; ils n’ont pas accès à des ingrédients aussi variés en Colombie. Ils ont été impressionnés par la fraîcheur des houblons que l’on retrouve ici, particulièrement ceux des Jarrets Noirs que nous avons utilisés», indique le brasseur.

Comme pour leur première collaboration, les deux brasseries souhaitaient chacune y ajouter une touche qui leur est propre. «Les Colombiens ont apporté du sel noir provenant de la Cathédrale de sel de Zipaquirá, une église souterraine construite dans une mine de sel à Bogota», explique Félix. De son côté, Pie Braque a opté pour le poivre des dunes du Québec, une épice boréale bien de chez nous qui viendra créer le contraste parfait dans cette nouvelle collaboration.

El Puente – qui est également le nom donné aux longues fins de semaine en Colombie – s’avérera ainsi être une India Pale Lager titrant près de 5,5 % d’alcool et mettant en vedette quelques houblons, dont le Loral, une variété américaine qui lui conférera des arômes floraux, fruités et citronnés. D’après les tests effectués, le sel noir utilisé permet de rehausser l’apport aromatique des houblons sans pour autant conférer un côté salé à la bière. Définitivement à découvrir sur une terrasse cet été!

«Ce sera vraiment une expérience nouvelle, car on brasse habituellement des styles belges et les Colombiens n’ont pas non plus l’habitude de faire des Lagers. On voulait un nouveau défi», poursuit le sympathique brasseur.

Pour Félix et toute l’équipe de Pie Braque, cette collaboration s’est avérée fort enrichissante tant sur le plan professionnel que personnel et culturel, car elle incarne à merveille les valeurs profondément ancrées dans la nature coopérative de leur projet brassicole. D’autres collaborations sont certainement à venir pour la jeune brasserie, tenez-vous-le pour dit. D’ici là, ne manquez pas El Puente.