La distillerie Cirka est située dans un bâtiment remis à neuf de 650 m2 aux abords du canal Lachine, dans le corridor qui a servi de point de départ, à la fois à l’émancipation de l’Ouest, ainsi qu’à la révolution industrielle de la province, du pays, voir même du reste du continent. Elle a été fondée en 2014 dans le quartier Côte-St-Paul, une ancienne municipalité du Sud-Ouest qui fût annexée à Montréal en 1910. C’est donc une entreprise bien montréalaise, décidément ancrée dans son urbanité.

Le coin est d’ailleurs riche en artefacts et en bâtiments historiques célébrant la tradition de transformer la céréale en alcool à Montréal. On peut entrevoir, depuis la distillerie, les silos abandonnés de la Canada Maltings, dont le plus vieux date de 1905. Et la Seagram’s, géant déchu de l’alcool, a choisi la municipalité voisine de LaSalle pour y établir son usine de production, dont les bureaux et le célèbre château d’eau – arborant maintenant le logo d’une bière industrielle – sont encore en place.

Terroir urbain fièrement montréalais

Le trio derrière cette entreprise est composé de JoAnne Gaudreau (vice-présidente marketing), Paul Cirka (fondateur, président et maître distillateur) ainsi que l’entrepreneur général John Frare. Ensemble, ils comptent bien remettre de l’avant l’art de la distillation artisanale, de la terre au verre, mais dans un écrin moderne et citadin. Ils s’inscrivent tout à fait dans la vague du retour aux métiers traditionnels et dans cette sorte de révolution du terroir.

Les ingrédients de base sont simples et aussi locaux que possible, non seulement les céréales, mais aussi les végétaux servant d’aromates. Pour les premiers, ils font affaire avec la Malterie Frontenac car, avec Bruno Vachon, Paul Cirka a trouvé quelqu’un qui partage sa philosophie qui veut qu’un spiritueux soit l’expression de la terre via le grain. Pour les aromates, si quelques-uns proviennent carrément de Montréal, d’autres doivent voyager un peu plus, la majorité provenant de la forêt boréale.

D’ailleurs, le simple fait qu’au Québec nous ayons encore des gens qui pratiquent la cueillette d’épices et de plantes dans nos forêts est une richesse incroyable. Et bien des distillateurs, brasseurs et chefs québécois, à l’instar de M. Cirka, comprennent toute la chance qu’ils ont et savent très bien en profiter.

La production épicurienne

Ces ingrédients sont transformés en spiritueux entièrement sur place. Pas question de prendre le moindre raccourci ici. Bien qu’incroyablement plus coûteux, Paul Cirka tient mordicus à faire les choses comme il faut. Alors, tout y est pour faire lentement et méthodiquement même l’alcool de base qui entre dans la composition de leurs gins et de la vodka.

Pour se faire, Paul Cirka et  Isabelle  Rochette  – distillatrice de production – ont à leur disposition un équipement qui inclut, à la fois, colonne de distillation et alambics à repasse traditionnels. Fait intéressant, Isabelle possède entre autres un diplôme en sommellerie, et Paul, en chimie. Ensemble, ils apportent une approche scientifique ainsi qu’un souci poussé du détail, allant toujours dans le sens de créer un spiritueux fin de qualité, tout en gardant en tête son service et sa consommation.

On dépasse donc ici la création d’un simple produit, pour tendre vers un alcool artisanal convivial, mais véritablement digne d’Épicure.

Au cœur de la mixologie

Qui dit ville, dit vie nocturne. Exploitant encore le fait urbain, la Distillerie Cirka a bien su tirer profit au maximum de la montée en popularité des cocktails sur la scène montréalaise. Elle a, depuis ses débuts, ouvert grandes ses portes aux mixologues, tenanciers et autres gens de l’industrie du bar de la métropole. Ceux-ci peuvent ainsi apprendre comment sont produits les spiritueux qui sont au cœur de leur art, tout en découvrant la passion des artisans de Cirka et le souci qu’ont ceux-ci à élaborer ces alcools fins.

Cirka s’est aussi adjoint, pour un temps, les services de Romain Cavelier comme ambassadeur de marque et mixologues. Celui-ci a créé une gamme de recettes très fortement inspirée de Montréal, de ses quartiers, de ses personnages et de son histoire. Pensons seulement au Lady Outremont qui est, selon lui, une ode à l’histoire et à l’élégance intemporelle, prenant racine en 1833, quand Louis-Trancrède Bouthillier s’est construit une demeure – qui existe toujours – qu’il a surnommée «Outre-Mont». Ou encore Le Rizzuto, utilisant espresso, vermouth et gin dans un cocktail «qui frappe fort».

Notez toutefois que Romain a depuis décidé de quitter Cirka pour aller poursuivre d’autres avenues artistiques : il est désormais artiste-tatoueur! Mais avant de partir, il a tout de même pris le temps de publier un livre mêlant voyage et boisson, Un tour du monde en 75 cocktails. Cet ouvrage fut récipiendaire du prix national dans sa catégorie au Gourmand World Cookbook Awards de 2017, en plus de terminer second au Concours annuel de la Société Alcuin pour l’excellence de la conception graphique du livre au Canada.

Pour terminer, sachez que la distillerie possède un joli salon de dégustation avec vue sur les alambics, parfaite pour accueillir les amateurs et leur faire découvrir les spiritueux de Cirka.