Acidulée, fruitée et effervescente, la Gose met en vedette un côté salé peu commun dans l’univers brassicole ainsi que des notes de coriandre et une base céréalière de blé. Délicate et légère en bouche, elle est néanmoins coriace puisqu’elle refuse simplement de disparaitre. Du nord de l’Allemagne à l’Amérique du Nord, elle a fait plus d’un voyage dans les limbes avant de regagner une place de choix sur nos terrasses.

Le style est originaire de la ville de Goslar au nord de l’Allemagne, bien qu’il soit souvent associé à la ville de Leipzig située à quelque 185 km à l’est de là. Comme la majorité des vieux styles allemands, son nom est directement lié à son lieu d’origine, non pas la ville de Goslar, mais plutôt la rivière Gose qui s’écoule tout près.

On raconte que c’est ainsi l’eau de la rivière Gose qui aurait jadis été utilisée pour brasser la bière, ce qui lui aurait naturellement conféré son côté salé. Par la suite, elle a été reproduite avec l’ajout de sel. La bière était fermentée de façon spontanée; aucune levure n’y étant initialement ajoutée.

Son profil

La Gose d’aujourd’hui est probablement différente de ce qu’elle était autrefois, qui sait vraiment… Le malt Pilsner, le blé, le sel, les graines de coriandre et les lactobacilles sont les éléments clés sur lesquels les brasseurs misent. On y retrouve ainsi une apparence jaune paille trouble évoquant la Weisse.

Au nez, on y dénote des arômes légèrement fruités, des pointes acides, parfois piquantes et des notes de coriandre, de citron, de pain, de pâte et de levain. En bouche, elle est assez effervescente et le salé est rapidement détectable, mais demeure modéré. Il en va de même pour l’acidité qui n’est jamais aussi prenante que celle d’une Gueuze. La finale propose une légère amertume, mais rarement des saveurs houblonnées. Le tout demeure relativement équilibré.

Othon, l’amateur de Gose

Si le lieu d’origine de la Gose fait l’unanimité, il n’en est pas de même pour le moment de sa création. D’abord, on raconte souvent que Othon III, roi puis empereur des Romains, appréciait particulièrement la Gose aussitôt qu’en 996, mais des recherches n’ont su trouver l’utilisation du mot «Gose» avant 1470. On suppose par contre que la bière était autrefois connue sous le nom latin cervisia Goslariensis, une mention documentée en 1239 alors qu’Othon 1er, duc de Brunswick et Lunebourg la découvre lors de son passage dans la région.

D’ailleurs, la plus ancienne trace de mention d’une bière en général dans la région de Goslar date de 1181. Pire encore, les archives ne sont même pas en mesure de démontrer que l’empereur Othon III s’est réellement trouvé à Goslar durant son règne…

Quoi qu’il en soit, tous s’entendre pour dire que c’est dans la ville de Leipzig que la Gose grandit en popularité à compter de son arrivée autour de 1740. Comme plusieurs autres, le style perd ses lettres de noblesse et disparait temporairement en 1945 à la fermeture de la Rittergutsbrauerei Döllnitz. Heureusement, l’un des brasseurs, Friedrich Wurzler ouvre, quelques années plus tard, sa propre brasserie à Leipzig où il reproduit la Gose avant de transmettre la recette à son gendre Guido Pfnister qui continue de la brasser jusqu’à sa mort en 1966.

Ce n’est par la suite que dans les années 80, que Lothar Goldhahn cherche à raviver le style pour le servir dans son ancien gosenschenke, un établissement autrefois reconnu pour avoir servi la Gose dans ses années florissantes. C’est la brasserie berlinoise Schultheiss Berliner-Weisse-Brauerei qui accepte finalement de relever le défi, mais la bière disparait à nouveau quelques années plus tard, avant que de nouveaux brasseurs la fassent revive une fois de plus. Cette fois, espérons-le, pour rester.

Le Québec en possède aujourd’hui plusieurs versions et le style permet des noms particulièrement sympathiques parmi lesquels on retrouve la Gose N’ Roses d’HopEra, la Gosebuster du Trèfle Noir, la Gose vie sale de La Souche, Pop Gose the World d’Hopfenstark et ma préférée, Rienque s’une Gose de Lagabière.

Notre dégustation

La version de LTM se distingue par son bouquet aux notes de raisins qui sont tout aussi présentes en bouche. Sure et fruitée, elle s’estompe tout de même rapidement en finale. Vrooden propose une version qui se voudrait plus authentique, mais qui diffère de ce qu’on retrouve sur le marché avec ses notes de pommes et de prunes qui dominent. Acidité, notes salines, fraîcheur et même une pointe de safran sont au rendez-vous.

Dieu du Ciel! mise sur le tamarin pour donner une touche distinctive qui se marie à merveille au blé suri et aux pointes florales et fruitées. Tout en subtilité et en équilibre. La Gose IPA de Pit Caribou est également une interprétation audacieuse et réussie. Son côté agrume et son amertume légèrement accentuée la rendent encore plus pintable et rafraîchissante.

Dur de définir l’apport de l’eau de mer dans la version du Naufrageur, mais elle était certes un peu plus saline que les concurrentes. L’effervescence, l’acidité et les pointes de blé s’y agençaient parfaitement; une très belle réussite. La lutte fut très serrée, mais c’est finalement cette dernière qui remporte le titre.