En juin 2016 s’ouvrait à Toronto le premier bar à cidre du Canada : Her Father’s Cider Bar and Kitchen. Cet événement peut sembler banal, mais dans les faits, cela marquait en quelque sorte l’arrivée officielle du cidre dans le zeitgeist canadien.

Sur la côte nord-ouest du Pacifique, le cidre est devenu très important. Particulièrement à Portland, Oregon, où il existe désormais trois de ces établissements, dont Bushwhacker Cider – Brooklyn, le premier pub à cidre américain, inauguré en 2010.

Pourquoi un tel engouement là-bas? «Les consommateurs de notre région recherchent quelque chose de rafraîchissant et craquant qui est fait localement», explique Emily Ritchie, la directrice générale de la Northwest Cider Association, une région couvrant les États de Washington, de l’Oregon, de l’Idaho, du Montana ainsi que la Colombie-Britannique. Selon elle, en choisissant de favoriser les producteurs de nourriture et de boissons artisanales du coin, les gens de la région supportent directement leur économie locale.

Pour l’amour du cidre

Implanté depuis 2016 à Toronto, le Cider House l’a été pour une raison bien simple : l’amour du cidre! «Il y a une tonne de cidreries qui ouvrent tout le temps. Les profils de saveurs qu’elles proposent sont si incroyables qu’il est difficile de ne pas être excitée!», s’exclame la propriétaire, Sasha Steinberg. «Du tonneau à la cerise acidulée, au cidre à la lime et à l’orange sanguine salée, il y en a généralement pour tous les goûts», explique-t-elle.

Quand on lui demande ce qui fait la différence, Mme Steinberg arrive au même constat que Mme Ritchie : «Nos invités adorent goûter les cidres artisanaux ontariens et entendre comment ceux-ci ont été fabriqués». Par exemple, un des cidres qu’ils ont souvent en service a été créé en hommage à la tarte aux petits fruits de la grand-mère du cidriculteur. Quoi de plus authentique que cette fierté que mettent les artisans dans leurs produits?

Le principal obstacle auquel fait face Mme Steinberg, c’est que certaines cidreries sont si petites qu’elles ne sont pas en mesure d’approvisionner le pub, faute de quantité ou de moyens. «De plus, certains cidres sont incroyables, mais ne reviendront jamais, n’étant que des produits ponctuels», ajoute-t-elle.

Loyal

L’été dernier a vu apparaître la première terrasse à cidre au Québec : le Loyal. Inaugurée en juillet par Dominic Deshaies et Claudie Mailloux, la petite terrasse fait déjà parler d’elle. Pour ses fondateurs, il était essentiel d’ouvrir le premier bar à cidre à Rougemont : «Tout part d’ici, on est une région de pomme et l’agrotourisme autour de ce fruit est déjà bien établi», indique Dominic. La Terrasse Loyal est à peine commencée que ses propriétaires démontrent une belle ambition : «On veut devenir un point de rassemblement des amateurs et des gens de l’industrie», explique le jeune entrepreneur.

Selon lui, il y a encore un gros travail à faire au Québec autour du cidre : «Il n’y a pas de communication claire sur le produit, et tellement de catégories que ça devient mêlant pour le consommateur.» Et, selon lui, ce n’est pas au dépanneur ni à la SAQ que doit revenir le fardeau d’informer le public. «Les producteurs font un bon travail, et le Mondial des Cidres aussi. Mais ça demeure plus formel, plus encadré», opine-t-il.

C’est un peu ce qui est arrivé en Colombie-Britannique. «Les lois fiscales rendent cela un peu plus difficile, alors nous voyons plus de salles de dégustation dans les zones rurales», précise Mme Ritchie. C’est justement le lieu champêtre et l’ambiance bonne franquette d’une terrasse comme la sienne qui permettra peut-être de faire une percée.

«Ca prendrait une place dédiée, une ambassade du cidre ouverte à l’année.Pour ça, il faut une densité de population importante», conclut Dominic Deshaies.