C’est bien connu : c’est Hildegarde de Bingen qui a découvert le pouvoir antiseptique du houblon dans la bière au XIIe siècle.

Ouais mais non… C’est pas tout à fait aussi simple.

Abbesse, médecin, naturaliste, compositrice et… voyante

Personnage fascinant qu’Hildegarde de Bingen (1098-1179)… Religieuse bénédictine, lettrée au savoir encyclopédique, elle a laissé des écrits en sciences naturelles et en médecine, des textes mystiques basés sur les visions qu’elle a depuis l’enfance et, une collection de chants religieux.

Par contre, ce sont bien ses écrits mystiques qui ont amené en 2012 le pape Benoît XVI à la reconnaître d’abord comme sainte, puis à l’élever au rang de docteur de l’Église. Ce qui a amené d’aucuns à considérer de fait tous ses écrits comme d’inspiration divine – donc parfaits – et à refuser toute distance critique à leur égard.

Une courte recherche sur le Web ramène ainsi de nombreux textes tentant de remettre au goût du jour les préceptes d’Hildegarde dans les domaines de la vie quotidienne les plus divers, allant de l’alimentation à la sexualité féminine… Une lecture au pied de la lettre, au 21e Siècle, d’écrits fortement empreints de symbolique mystique, qui contiennent, entre autres, un savoir en médecine et en sciences naturelles à la pointe des connaissances… du XIe siècle.

Mon propos ne se situe pas sur ce terrain-là, mais bien sur celui du témoignage historique de ces écrits par rapport à une pratique de brassage en particulier à un point donné de l’histoire humaine.

Ce qu’elle a écrit concrètement

Bref, dans Physica Sacra – datant aux alentours de 1050 –, Hildegarde écrit, au chapitre De Hoppo (« du houblon ») en substance que « comme résultat de son amertume, il préserve de certaines putréfactions les boissons, auxquelles on peut l’ajouter pour qu’elles se conservent bien plus longtemps. »

Par contre dans le même ouvrage, dans la chapitre consacré au frêne, elle donne une recette de bière d’avoine aux feuilles de frêne et au houblon, et y mentionne que le houblon doit être bouilli, sans quoi il n’est pas d’une grande aide contre les « putréfactions ».

Par contre, on n’y trouvera pas de revendication de la maternité d’une quelconque découverte. Ce qui n’est pas forcément surprenant, les notions de découvreur, d’inventeur, de créateur, ou d’artiste au sens moderne du terme n’apparaissant que bien plus tard, à la Renaissance.

Donc au final :

  • Hildegarde de Bingen a bien mentionné que le houblon prolonge la conservation des boissons en général, pas juste de la bière.
  • Elle savait clairement que la bière pouvait être houblonnée et que le moût devait être bouilli pour en tirer le meilleur parti.
  • Rien n’indique par contre qu’elle ait découvert ces effets conservateurs du houblon.

Elle n’est donc « que » l’auteure du plus ancien texte connu mentionnant l’usage du houblon dans la bière. Excusez du peu. Ça suffit déjà largement à en faire une figure symbolique de l’histoire brassicole allemande, pas besoin d’en rajouter.

Un pendant plus terre-à-terre

D’ailleurs, à propos de figures symbolique de l’histoire brassicole allemande, Catherine de Bore (1499-1552) est probablement plus représentative du quotidien des femmes au Moyen-Âge et à la Renaissance. Nonne défroquée, évadée de son couvent dans un baril à harengs, elle épouse en 1525 le réformateur Martin Luther, avec qui elle aura six enfants. Installée avec Luther dans une abbaye désaffectée, elle y dirige le domaine : entretien des bâtiments, agriculture, apiculture, pisciculture, élevage de volailles… Et, elle est réputée pour la qualité de la bière qu’elle brasse. Par contre, elle n’a pas laissé d’écrits mystiques, et Luther a plus écrit sur l’excellence de sa bière que sur celle de sa pensée. Dommage. Prosit!

À lire pour en savoir plus :

zythophile.co.uk/2009/11/20/a-short-history-of-hops/