Habitée par l’esprit entrepreneurial, Jeannine Marois est à son compte depuis toujours. Performante, rassembleuse, passionnée, généreuse, optimiste, sociable… elle possède aussi toutes les qualités d’une bonne vivante! Celle qui a mis le Mondial de la bière de Montréal sur la map 25 ans plus tôt, un événement brassicole qui a déjà fait des petits en Amérique du Sud et en Europe, admet avoir toujours su bien s’entourer pour aller au bout de ses ambitions. Et des ambitions, elle en a à revendre!

Entourée de ses fidèles comparses depuis des années, Jeannine Marois est à la barre du Mondial depuis l’an 2000. Comme toute PME, l’entreprise qu’elle a fondée avec deux amis en 1994 – qui ont quitté leurs fonctions quelques années après pour poursuivre leurs carrières respectives ailleurs – a connu de bonnes et de moins bonnes passes. Mais, son expérience en gestion et en marketing au sein de son agence Marois conception visuelle marketing, combinée à son intuition pour les affaires auront propulsé le concept du Mondial bien au-delà de ses espérances. «Démarrer un événement, c’est mettre au monde un projet qui doit faire rêver, sinon c’est très tentant de l’abandonner lorsque les périodes de doutes et de critiques font surface», a-t-elle humblement partagé.

Douée dans ses contacts avec les gens, Jeannine s’avoue très fière d’avoir développé un événement qui se positionne à l’international «et qui a généré énormément de retombées économiques et humaines positives, grâce à une équipe toujours très dévouée.» Si elle adore travailler au développement des activités du Mondial, programmer le concours professionnel pour chacune des éditions et recruter de nouveaux exposants, la partie qui la passionne le plus dans son travail c’est de visiter d’autres festivals et brasseries et de rapporter et partager ses trouvailles. D’ailleurs, elle ne manque pas d’assister à chaque édition en Belgique du Zythos Bier Festival et de la Nuit de la Grande Soif, une soirée arrosée de Lambics et de Gueuzes organisée tous les deux ans.

Portée avant tout par l’agrément, le plus important pour elle c’est de s’amuser au travail.

«Les personnes qui travaillent avec et autour de moi doivent pouvoir se réaliser et être heureux dans le cadre de leurs fonctions.»

Pour elle, ce n’est pas un plus, mais un must.

Inspirée par des gens inspirants

Petite fleur pour Dieu du Ciel!, c’est la micro qui sort en premier quand on demande à Jeannine de dévoiler une brasserie qu’elle affectionne. «Dieu du Ciel! a fait beaucoup pour la qualité des produits et l’image de la bière au Québec, reconnaît-elle, en précisant qu’ils sont représentés au Mondial depuis la commercialisation de leurs premiers brassins. Je garderai aussi toujours un bon souvenir du Lion d’Or Pub et Microbrasserie de Lennoxville, qui était de la programmation de notre première édition, en 1994.»

Elle soulève également l’apport considérable de Mario D’Eer, autant pour le volet professionnel du Mondial avec la création de la conférence MBière, de l’école de biérologie du même nom et du concours MBière Greg Noonan, que pour l’avancement de toute l’industrie. Elle ne manque pas non plus de mentionner son frère cadet, Marc Marois, qui est à ses côtés à chaque édition et finalement, Philippe Wouters, «qui a fait sa place très rapidement dans le milieu», même si cela lui fait drôle de le nommer dans les pages du journal.

Un parcours parsemé d’anecdotes savoureuses

La première édition du Mondial restera à jamais marquée dans sa mémoire et pas seulement en tant que première. Jeannine raconte qu’à l’époque, l’équipe comptait un seul salarié, son partenaire Pierre Lalumière et un pigiste en logistique embauché pour trois mois. «Tous les autres, y compris moi-même et mon autre partenaire, Vincent Blair, étions des bénévoles (amis, collègues, mères, chum, blondes, etc…). Il se trouve qu’à une heure de l’ouverture, un exposant a branché un frigo de trop et la génératrice a cessé de fonctionner. Résultat : les premières bières servies aux journalistes étaient plutôt tièdes… voilà qui fut tout un départ pour notre image!»

Un autre fait cocasse qu’elle relate à propos de cette même édition qui s’est tenue à la Place des Arts, c’est qu’il faisait tellement chaud que les visiteurs se baignaient à même les bassins d’eau! «D’ailleurs, dans les obligations un peu folles qu’elle réclamait, la Place des Arts exigeait qu’on loue au minimum une salle et qu’on y organise un spectacle pour pouvoir utiliser l’esplanade en échange. Nous avons donc fait appel à une firme externe, mais malgré cela, le spectacle ne fut pas un succès et les coûts ont surpassé les 50000 $… un démarrage pour le moins difficile!»

Quelques années plus tard, en 2001, un journaliste anglophone montréalais mentionnait à un de ses contacts à l’étranger qu’elle ne connaissait rien à la bière et qu’elle avait été nommée au Mondial par sa sœur – Pauline – en raison de sa position politique au Québec. «Évidemment, c’est faux, car le Mondial est une entreprise privée démarrée par moi-même et mes partenaires. Sur le coup, ce fut très frustrant, mais ma réaction a quand même été de mieux informer et de continuer plutôt que d’attaquer en retour.»

Elle partage aussi un grand moment de bonheur survenu en 2001 et qui lui aura heureusement permis d’effacer un peu l’amertume laissée suite à cette divulgation de propos diffamatoires. «Cette même année, alors que le Mondial était organisé dans le Vieux-Port, je me suis surprise à verser quelques larmes de bonheur en prenant conscience que j’étais en partie responsable du plaisir de tous ces gens qui s’amusaient devant moi… Non, mais quelle belle sensation! À cet instant précis, je me suis sentie très riche et cela n’avait rien à voir avec l’argent!»

« Démarrer un événement, c’est mettre au monde un projet qui doit faire rêver, sinon c’est très tentant de l’abandonner lorsque les périodes de doutes et de critiques font surface » – Jeannine Marois, cofondatrice et présidente directrice générale, Mondial de la bière Amérique du Nord et présidente, Association Mondial de la bière Europe.

En terminant, il serait intéressant de connaître les types de bière fétiches de celle qui bénéficie d’occasions privilégiées pour déguster un peu de tout, un peu partout! «J’aime beaucoup les sures et les amères. Je ne suis pas fan des bières extrêmes, je ne trouve pas cela nécessairement intéressant quand c’est trop», précise-t-elle en avouant qu’elle a un faible pour les IPA brassées par Dieu du Ciel!. Sa bière de 17 h qu’elle surnomme sa «bière de travail», c’est la St-Ambroise Pale Ale, une bière qu’elle trouve bien équilibrée. Récemment, elle admet avoir été impressionnée par À la Fût, alors qu’elle assistait au lancement de leur resto-pub de Montréal. «Ils se sont développé une belle expertise au niveau des bières sures et vieillies.»

Bon 25e madame la présidente!