Un marché au sommet? 

Du 20 au 22 novembre, se tenait le 8e congrès de l’Association des microbrasseries du Québec. Plus de 650 participants se sont réunis au Centre des congrès de Québec pour faire le point d’une industrie en développement, participer à des conférences, mais surtout réseauter et rencontrer de futurs partenaires. Une présentation, fort intéressante, de l’étude économique et fiscale portant sur l’industrie microbrassicole, présentée par Alexandre Larouche du Groupe DDM, a permis de répondre à beaucoup de questions. L’Association des microbrasseries du Québec représente aujourd’hui environ 120 membres sur 190 permis émis. Plus de la moitié des microbrasseries du Québec ont répondu à l’étude.

Production et développement

Saviez-vous que les 10 plus grandes microbrasseries du Québec représentent 74 % de la production annuelle de l’ensemble de l’industrie? Saviez-vous que 69 % des microbrasseries du Québec produisent moins de 1000 hectolitres (hl) par an? C’est l’équivalent de 550 pintes consommées chaque jour partout au Québec.

Dans l’ensemble, 63 % des brasseries se considèrent en croissance par rapport aux années précédentes. Seules 29,5 % des brasseries sont stable et seulement 5,5 % des brasseries s’identifient en décroissance. Lorsqu’on pose la question des objectifs à atteindre, 75 % des brasseries n’hésitent pas à vouloir prendre de l’expansion. Pour plus de la moitié des répondants, c’est la capacité de production qui limite la croissance.

Mais lorsqu’on écoute Alexandre Larouche nous parler du ratio production / capacité, on est étonné du chiffre médian de 58 %. En clair, pour la moitié des brasseries qui ont participé à l’étude, la capacité de production est un frein au développement. Pourtant, la capacité de production moyenne, encore disponible, est de 42 %. Un écart fort intéressant entre des brasseries à très faible capacité de production encore disponible et des brasseries ayant un potentiel de développement assuré. 47,5 % des répondants ont cependant déclarés que le scénario à court ou moyen terme sera l’augmentation de la capacité de production.

Distribution et concurrence

Autre frein au développement : le réseau de distribution. On en a beaucoup parlé ces derniers jours, car les grands brasseurs sont reconnus pour détenir des parts de marchés importantes en épicerie, mais également en restauration. Seules 19 % des brasseries ont identifiés cette problématique comme limitation au développement. C’est bien loin derrière la capacité de production. Par contre, 42,5 % des microbrasseries industrielles considèrent que la distribution est leur plus gros défi. Un paradoxe intéressant à analyser.

Un peu plus de la moitié des microbrasseries distribuent leurs produits partout au Québec. Par contre, il est fort intéressant de constater que 46 % des produits sont distribués dans la même région administrative que la brasserie. Une évolution non négligeable ces dernières années qui tend à donner raisons à nos prédictions ces dernières années. Le marché se régionalise de plus en plus.

Parlons-en de la concurrence. 70 % des microbrasseries ont vu plus de deux concurrents s’installer à proximité au cours des dernières années. La première barrière, selon les répondants, est la forte concurrence et saturation de marché (20,5 %). N’est ce pas justement un point de vue erroné si on se fie aux statistiques précédemment citées?

Investir en microbrasserie

Vous désirez ouvrir votre microbrasserie? Sachez qu’il vous faudra 335 000 $ en moyenne pour financer votre brouepub ou 2 000 000 $ pour une microbrasserie industrielle. L’investissement moyen est d’environ 500$ / hl. Vous désirez faire fortune dans le domaine de la bière? Armez-vous de patience. Plus de 53 % des microbrasseries interrogées ont un chiffre d’affaire de moins de 1 000 000 $ par an. Les marges bénéficiaires sont par contre en croissance pour plus de 57 % des répondants. Voilà de quoi intéresser quelques investisseurs.

La qualité, le mot d’ordre de plusieurs brasseries

L’étude portait également sur un questionnaire lié à la concurrence intersectorielle et les moyens que les microbrasseries prennent pour se démarquer. 46,5 % des répondants estiment que la qualité de la bière fait la différence. 24 % croient en la qualité de l’ambiance et du restaurant s’ils sont associés à la brasserie. La notoriété de la marque et le marketing arrivent en troisième position. Voilà un point fort intéressant qui démontre que la démarche « qualité microbrasserie », mise en place il y a quelques années, commence à porter fruit. De plus en plus de membres de l’industrie sont conscients que la qualité fait la différence.

Une industrie en pleine forme

À la lecture de ces chiffres, je ne peux m’empêcher de voir une industrie en pleine forme et soucieuse de développer son créneau dans un secteur de plus en plus en compétition. Certes, la distribution est un défi que plusieurs considèrent comme le plus important, mais la tendance à la régionalisation et le manque de capacité de production laissent croire que l’industrie à encore de l’espace pour le développement et l’augmentation des parts de marché.

Et pour conclure sur une note amusante, saviez-vous que 3,5 % des répondants à l’étude ont indiqué que le scénario le plus probable pour les perspectives de développement était le « rachat par une autre microbrasserie »?