Avec sa gang de chum, René Huard aime boire de la bière à volonté autour d’un feu de camp. C’est la réponse à sa quête du bonheur. Comme tous les vieux loups du milieu, il s’est mis à brasser pendant les études dans le but d’économiser des sous. Comme eux, il a continué pour l’amour du produit.

René a grandi à Weedon dans les Cantons-de-l’Est, presque en Beauce. Jeune, il aime jouer dehors et cueillir les fruits qui poussent sur les terres avoisinantes. Il fait son cégep à Sherbrooke, puis entre dans l’armée pour une période de cinq ans avant d’aller travailler dans la métropole.

Durant ses années au cégep, il fréquente une boutique pour apprendre à brasser sa propre bière question d’économiser. Canette de concentré, levure et sucre de « bonne » qualité, il ne lui reste plus qu’à ajouter de l’eau. Il apprend l’importance de nettoyer et stériliser son équipement… Il troque le sucre de qualité pour celui de l’épicerie, puis se met à expérimenter avec du miel, du sirop, des épices, du poivre, etc. Un jour, un ami lui apprend qu’il peut faire sa bière à partir de grain. Excité, il s’équipe d’un hachoir à viande pour moudre son grain et d’une poubelle verte qui lui sert de cuve.

Éventuellement, il se met à fouiller l’Internet et découvre du même coup le livre culte de Charlie Papazian. C’est à partir de ce moment qu’il comprend réellement ce qu’il fait et qu’il se met à observer plus sérieusement la magie qui s’opère lors du brassage.

La première bière que vous avez brassée?

Professionnellement, les premières bières que j’ai brassées sont la Blanche noire et la Noire crystal. Ce sont les deux premiers brassins de Bièropholie, réalisés à l’Alchimiste et vendus lors d’un Mondial de la Bière à Montréal. La première était une blanche au blé rôti et la seconde une noire filtrée au charbon pour enlever sa couleur noire… Ça n’a pas marché comme souhaité, mais la bière c’est tout de même avéré smooth et onctueuse.

La bière dont vous êtes le plus fier?

Celle que je le bois le plus souvent est la Golding, je la trouve pintable avec d’agréables saveurs et un houblonnage qui coupe la soif; elle n’est pas trop alcoolisée non plus. C’est ma bière préférée de tous les jours donc j’en suis assez fier. Je bois surtout au pub et c’est bien d’avoir une bière qu’on peut consommer plus longtemps. Cela dit, j’aime aussi ma Pils et la Doble Mango. Je suis aussi fier de quelques innovations que j’ai faites, par exemple la Calumet avec Bièropholie au début.

Votre style de bière préféré? [À brasser et à boire]

Tout dépend du moment. À boire, la Pilsner c’est parfait pour redescendre après de gros calibres, ça fait du bien. À brasser, je n’ai pas de style particulier. Quand j’arrive dans une salle de brassage, j’aime simplement essayer de faire mieux!

Votre ingrédient préféré?

Le malt, suivi du houblon. Quand tu veux faire quelque chose de bon, il faut que tu connaisses tes malts. Les températures et les combinaisons des uns avec les autres sont importantes dans l’élaboration d’une recette. Quand on réussit, les malts s’harmonisent et composent un tout. Il faut savoir en combiner plusieurs pour aller chercher le résultat escompté. Les malts sont souvent laissés pour compte avec la tendance actuelle à exagérer sur les houblons pour rien.

Une brasserie québécoise que vous appréciez particulièrement?

L’amère à boire, parce que Grégoire, quand on le connait, on réalise qu’il est un jovial compagnon et ses bières sont incroyables malgré son équipement qui date et qui lui impose des limites. Il y a aussi La Memphré à Magog avec David Plasse, j’adore sa personnalité.

Une bière québécoise que vous auriez aimé brasser?

Il n’y a pas une bière pour la bière elle-même, mais plutôt des succès ou des réussites que j’ai bien aimés. La Yakima par exemple, c’était un succès incroyable et vraiment un beau coup. Ça montre aussi qu’on ne peut plus miser sur une bière aujourd’hui, les gens veulent du nouveau. Il y a beaucoup de bonnes bières au Québec, moi, ce que j’aime, c’est les histoires à succès. Il y en a eu plusieurs, mais malheureusement, on les oublie avec le temps.

Ce que vous aimez de la bière au Québec…

J’aime la diversité qu’on a au Québec. J’aime aussi des choses que je déteste à la fois, notamment l’enthousiasme dans le milieu. J’aime que ça bouge et que tout le monde s’y mette, mais en même temps, on dirait que n’importe qui peut brasser et faire n’importe quoi sans que personne en fasse de cas.

Ce que vous aimez moins de la bière au Québec…

Des brasseries vont devoir vendre à perte à un certain moment parce que ça marche mal. Les micros du Québec font en moyenne 3 % de profit… Le monde travaille pour de la misère. Les détaillants spécialisés aussi; ils sont tannés parce qu’ils ne font pas beaucoup d’argent. Plein de jeunes se lancent là-dedans sans vérifier ce que ça prend pour vivre. Ils partent petits et grossissent parce que ça marche vraiment bien au début, mais par la suite… C’est un marché fragile qui n’est pas construit sur des bases solides. En plus, les banques prêtent à tout le monde! Les brasseries ne ferment pas pour l’instant, mais elles seront vendues à perte au prochain acheteur. L’image du monde de la bière est déformée et ça ne nous emmène pas à la bonne place.

Qu’est-ce que nous réserve votre brasserie?

Évidemment, il y a toute l’image de marque de la brasserie qui est revampée. On mise davantage sur Simple Malt pour l’identité sans par contre laisser tomber les autres marques comme Bièropholie. La capacité de production de la brasserie augmente de 5000 hl, c’est assez majeur ça aussi. Ça va nous permettre de développer les ventes davantage et de moins courir pour produire. On reste axé sur la création, mais on veut des produits durables donc on préfère prendre notre temps. Des versions réserves pourraient également apparaitre prochainement…