En effet, ce n’est pas un mythe; plus une personne consomme piquant, plus elle deviendra tolérante. Le principe s’applique d’ailleurs pour toute substance; plus on en prend, plus on la tolère et moins on réagit. Par contre, l’effet est réversible; si l’on arrête de consommer des aliments piquants, il faudra recommencer l’exercice pour se réaccoutumer tranquillement, exprime d’entrée de jeu Normand Voyer, professeur de chimie à l’Université Laval. C’est simple : plus le piment est épicé, plus il renferme de capsaïcine, et les bienfaits et l’efficacité en sont augmentés. Bien qu’on lui attribue de nombreux bienfaits sur la santé, tout indique que la phase exploratoire n’a pas terminé de nous en faire découvrir!

Or, déjà on sait que la capsaïcine se lie à nos récepteurs sensoriels de la chaleur et qu’elle possède entre autres des propriétés antidouleur, anti-inflammatoires et qu’elle stimule beaucoup le système immunitaire. Maintenant, à savoir si ce composé végétal aux mille vertus nous protégerait du cancer a proprement dit, il nous reste des recherches à mener pour nous en convaincre, confie-t-il. Car, malgré que plusieurs études se penchent sur les propriétés anti-cancer issues de la capsaïcine, nous ne disposons pas d’assez de données scientifiques pour déterminer un lien causal précis entre la consommation de piments forts et la réduction des incidences de certaines maladies, dont le cancer.

Antidouleur, anti-inflammatoire et antioxydant

Les études scientifiques qui démontrent que les piments forts ont la propriété de renforcer notre système immunitaire sont nombreuses. « Lorsqu’on mange épicé, on stimule notre système immunitaire, ce qui a un impact sur des maladies associées à un dérèglement du système immunitaire comme l’arthrite et le psoriasis, relève-t-il. Dans le cas du psoriasis, on a démontré par des études qu’un analgésique composé d’une solution d’environ 8 % de capsaïcine a des effets positifs sur les démangeaisons. Le fait de se frotter délicatement avec une solution, attention, diluée de capsaïcine diminuerait les picotements.

Pour le traitement des douleurs arthritiques aussi, la capsaïcine a dévoilé des effets bénéfiques notables », explique le professeur Voyer, en partageant un tuyau en ligne intéressant et gratuit, PubMed (US National Library of Medecine) du National Institute of Health, qui publie chaque année des centaines d’articles traitant des bienfaits de la capsaïcine. Même que dans certaines unités de soins palliatifs, on a pu démontrer son efficacité contre la douleur en la combinant à d’autres analgésiques.

En plus d’apaiser les douleurs articulaires causées par l’arthrite ou l’arthrose, la molécule peut aider nos muscles à mieux récupérer après l’entraînement physique. Par ailleurs, les piments sont riches en vitamine C, cette vitamine essentielle à une bonne santé de la peau, des dents et des os par exemple, et qui joue un rôle primordial au sein du métabolisme. De plus, elle fait partie, avec les vitamines A et les flavonoïdes notamment, des valeurs antioxydantes contenues dans la capsaïcine. Celles-ci auraient des propriétés antivieillissement, anti-inflammatoires (bis) et iraient même jusqu’à calmer l’hypertension.

Capsaïcine, régime minceur et… bonheur !

Une autre qualité intéressante démontrée par plusieurs études, c’est celle de vaincre le surpoids. « Cela a été prouvé maintes fois : manger épicé est efficace pour diminuer nos portions », précise-t-il, en expliquant que la capsaïcine agit sur les mêmes récepteurs que ceux de la satiété. En plus de s’avérer une alliée pour le maintien du poids santé, la consommation de sauce piquante peut stimuler la bonne humeur. En effet, les endorphines, ces hormones du bonheur sécrétées par le cerveau afin de combattre la douleur associée au contact avec un aliment piquant pourraient corroborer l’hypothèse selon laquelle manger épicé contribuerait au bonheur… mais, bien entendu, cela ne suffit pas!

Niveler le piquant grâce à une échelle toute simple

Un piment fort dégoulinant de sauceInventée en 1912 par Wilbur Scoville, l’échelle baptisée en son nom sert à déterminer le degré de capsaïcine contenu dans un piment, cette molécule qui fait partie de la famille des capsaïcinoides et représente l’ingrédient actif principal contenu dans celui-ci, et qui lui confère finalement cette propriété piquante. Ainsi, l’échelle de Scoville simplifiée telle qu’on la retrouve sur Wikipédia classe de 0 à 10 la teneur en capsaïcine des piments forts, allant du plus bénin (poivron) à l’obus incendiaire (habanero). [V.R.C.]

Alors pharmacologue à l’emploi de la société Parke Davis dans la ville de Détroit, Scoville préparait une solution de piment frais entier qu’il mélangeait, une fois réduite en purée, avec de l’eau légèrement sucrée. Sa méthode qui lui permettait d’établir un classement des piments selon une échelle de leurs valeurs respectives consistait à tester cette solution sur cinq personnes ; tant et aussi longtemps que la sensation de brûlure du piment était présente, il en augmentait la dilution. Une fois la sensation disparue, la valeur de la dilution nécessaire à cette atteinte déterminait la mesure de la force du piment.

Un piment doux qui ne renferme pas de capsaïcine est classé sous le degré zéro de l’échelle Scoville, car aucune sensation de brûlure n’est décelable, même sans dilution. Tandis que pour des variétés plus robustes comme le Nagabon ou le piment habanero Red Savina, le taux de 500 000 et plus qu’on leur attribue signifie que leur extrait doit être dilué au moins 500 000 fois avant que la capsaïcine ne s’estompe enfin. D’ailleurs, il existe désormais des nouvelles variétés ou croisements de piments qui s’inscrivent fort loin après le dernier degré de l’échelle Scoville!