André Chalifour était dans le mille en affirmant deux ans plus tôt que l’avenir était piquant. « Pour être franc, j’ai une liste d’attente de clients qui veulent avoir leur mur de sauces piquantes en boutique », explique-t-il, s’avouant carrément dépassé par le phénomène, en précisant qu’il peine à fournir à la demande même s’il travaille désormais avec une dizaine de représentants qui parcourent le Québec, catalogue de produits en main. On réalise à quel point l’intérêt s’est démocratisé quand il nous raconte avec humour qu’une épicerie grande surface de Rouyn-Noranda cognait à sa porte récemment et qu’il dût expédier le présentoir de sauces et leur dire de se débrouiller avec.

Saucespiquantes.ca distribue désormais 825 sauces différentes dans plus de 300 points de vente au Canada depuis l’entrepôt de Charlesbourg dans lequel on a déménagé l’inventaire devenu trop imposant. La prochaine étape est de mettre en ligne la version anglaise hotsauce.ca afin de fournir et mieux renseigner la clientèle anglophone.

Interviewés sur le buzz qui sévit au Québec, les amateurs de piquant producteurs de sauces ou simples friands réputés pour donner leur avis sur les différents produits, répondent d’une seule voix en comparant le phénomène des sauces piquantes à celui de la montée des microbrasseries au cours de la dernière décennie et des distilleries artisanales à l’intérieur des cinq dernières années.

Un marché qui explose

« Après une année d’existence seulement, nous comptons plus de 100 points de vente, de Toronto à Val-d’Or, jusqu’à Carleton, confie Julien Fréchette, « pimenteur » en chef pour La Pimenterie. Bien que l’Amérique du Nord ait vraisemblablement été prise tard d’une passion pour le piment fort, l’intérêt des Québécois pour le piquant est indéniable. J’ai l’impression que c’est venu graduellement avec la mondialisation et une curiosité pour les aliments plus exotiques et les goûts venus d’ailleurs », affirme-t-il en ajoutant qu’aux États-Unis, le mouvement est pourtant enclenché depuis longtemps.

Malgré que le phénomène d’engouement soit encore jeune, il existe clairement au Québec un vase communicant entre les amateurs de piquants et les amateurs de bières. « J’ai fondé La Pimenterie dans le même esprit qu’un microbrasseur québécois : soyons original, audacieux et sortons des sentiers battus pour offrir quelque chose de différent, soit de la saveur plein les papilles tout en étant piquant. Refaire du Tabasco ou de la Sriracha ne m’intéressait pas », termine-t-il en précisant qu’il avait d’ailleurs installé ses pénates dans les locaux de la coopérative brassicole MaBrasserie, à Montréal.

Réalisateur de documentaires à la base, Julien Fréchette planche présentement sur un long-métrage qui mettra en lumière la relation de l’être humain avec le piment fort. Le projet prend tranquillement forme tandis que le cinéaste s’envolera en septembre pour un premier voyage de recherche dans le sud des États-Unis, en Louisiane, en Caroline du Sud et au Nouveau-Mexique.

Derrière chaque producteur ou commentateur, un fanatique !

« Pour moi, l’aventure a commencé un peu naïvement ; j’étais déjà un gros fan de sauces piquantes et j’avais envie d’essayer un nouveau défi sans me douter de la réponse très positive qui allait suivre, partage Olivier Hugo de La Boîte à Sauce. Aujourd’hui, nous avons plus de 200 points de vente partout au Québec et nous allons commencer bientôt une phase d’agrandissement de notre production pour répondre à la demande », a-t-il souligné, en rappelant qu’il était à la barre d’une « très petite compagnie ».

De son côté, le fondateur de la page Facebook Habanero Montréal, Martin Lamoureux, compare l’engouement pour les sauces piquantes aux sports extrêmes ou à toute autre expérience de sensations fortes. « Que ce soit Peppermaster et leur magnifique magasin de Rigaud, David Croteau et les sauces Brittania Mills, qui font un vrai malheur en ce moment ou des détaillants passionnés comme La Boucherie Beau-Bien à Montréal, avec leur beau présentoir de plus de 400 sauces piquantes… Les producteurs québécois ont trouvé le moyen de fabriquer d’excellentes sauces qui sortent de l’ordinaire, précise-t-il en citant l’exemple de la surprenante sauce Damn! aux bleuets, qui combine du Carolina Reaper, classé piment le plus fort du monde depuis 2013 au Guinness World Record, et des bleuets du Lac Saint-Jean. Une sauce d’une couleur incroyable que l’ont peut déguster avec de la crème glacée à la vanille sans perdre aucune saveur! Et en plus de concocter beaucoup de types de sauces au Québec, plusieurs jardiniers improvisés se sont lancés dans l’aventure et produisent des piments d’une variété assez fascinante ».

C’est grâce à son amour des sauces fortes et à son désir de partager ses dégustations en français que Martin Lamoureux a lancé sa page Facebook. « J’ai découvert un blogueur américain du nom de Bill Moore dont j’aimais beaucoup les vidéos. Après quelques recherches, j’ai réalisé qu’il n’y avait presque rien sur le sujet en français. J’ai donc parti Habanero Montréal puis après quelques années, je me suis retrouvé avec un petit auditoire de plus de 1000 abonnés qui apprécient mes reviews. » Si le passionné a signé beaucoup de commentaires sur des sauces américaines, il entend maintenant valoriser les sauces piquantes du Québec qui sont, à son humble avis, plus savoureuses que celles de nos amis du Sud.

Martin Lamoureux salue d’ailleurs l’apport particulier d’André Chalifour, un passionné qui travaille fort à faire connaître les sauces piquantes qui mettent en valeur des ingrédients issus de notre terroir.