Jusqu’à tout récemment, les vignerons n’avaient que deux options pour vendre leurs vins : les offrir au vignoble ou à la SAQ. Avec les modifications apportées par la loi 88, ceux-ci peuvent depuis décembre dernier aussi offrir leurs produits aux dépanneurs et épiceries intéressés.

Par contre, pour ce faire, ils doivent eux-mêmes en assurer la distribution à ceux-ci. En effet, la Loi sur la Société des Alcools du Québec ne permet qu’au producteur lui-même de vendre et livrer le vin qu’il fabrique à un titulaire de permis d’épicerie (article 24.1). Les vignerons doivent donc faire face à de nouveaux défis.

« Le Québec étant un grand territoire, pour les plus gros vignobles, ça va, mais les plus petits exploitants doivent se limiter aux points de vente locaux » – Christophe Limoges, Domaine du Ridge

Une mutualisation pour aller plus loin

Andrée-Anne Magny et Alexandra Gagnon, étudiantes en agroéconomie à l’Université Laval, ont souligné dans un texte publié dans La Terre de chez nous qu’une mutualisation des ressources de distribution pourrait donc grandement aider à mieux répondre à la demande grandissante des consommateurs québécois pour le vin d’ici. À la SAQ seulement les ventes de vins du Québec ont plus que doublé depuis 2014, atteignant 379,5 milliers de litres l’an passé. Ce qui représente 34 % du volume total des vins vendus par nos vignerons selon l’Association des vignerons du Québec (AVQ).

Le parallèle avec le monde brassicole est donc facile à faire, pensons seulement à la coopérative Distribières ou encore à Transbroue. La première regroupe les activités de prise de commande, de distribution et de facturation de 5 microbrasseries. La seconde est une entreprise qui en représente 24 auprès des différents détenteurs de permis d’épicerie du Québec.

Selon les deux étudiantes, s’ils adoptaient un mode de distribution mutualisé, « les vignerons pourraient alors voir leurs parts de marché croître de 0,5 % à 4 % ». Ce qui donnerait un sérieux coup de pouce à l’industrie québécoise, les mettant au même niveau que les vins chiliens ou portugais. Ce qui est encore loin derrière les 53 % qu’occupent ensemble l’Italie et la France sur les tablettes de la société d’État.

Du côté de l’AVQ, qui regroupe aujourd’hui 66 vignobles, on croit que cette approche pourrait effectivement être en place par certains de leurs membres. « Il y aura au fil des ans des regroupements de vignerons qui vont s’organiser ensemble pour commercialiser et distribuer leurs vins » répond Yvan Quirion du Vignoble du Domaine St-Jacques, Président de l’AVQ.

Celui-ci nous rappelle d’ailleurs que nous ne sommes encore qu’au tout début de ce nouveau marché.

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