Atelier 300 250

À force de valser à travers la pluie de collaborations entre les microbrasseries de San Diego et celles de Tijuana, on finit par vouloir se mouiller un peu plus. Certains vous diront d’éviter à tout prix cette escapade risquée, mais d’autres vous regarderont, le sourire en coin, avec l’intention à peine voilée de vouloir préserver leur secret bien gardé. En 2017, très difficile de garder un secret…

South Bay Uprising

Si vous partez de San Diego pour vous rendre à Tijuana, vous devez d’abord passer par les comtés de National City et Chula Vista, longtemps considérés comme un milieu aride pour la bière artisanale. En fait, tout ce qui se trouvait au sud du centre-ville ne contribuait que timidement à la réputation plus que défendable de San Diego comme capitale de la craft beer.

Ce n’est que tout récemment que cette scène locale s’est solidifiée à vive allure, avec l’addition de plusieurs piliers d’importance comme Machete Beer House qui fait office de gourou et d’habile promoteur du palpable South Bay Uprising. Un éveil qui pave la route, d’une certaine façon, à ce qui se passe maintenant au sud de cette fameuse frontière. Une frontière symbolique et usée qu’il vaut mieux traverser à pied. Ce n’est qu’une fois le Boulevard Independancia franchi qu’on se rend compte que leur désir d’atteindre la respectabilité est du même acabit. En ne se basant que sur ça, on a envie de se demander, mais quelle frontière?

Le filtre Tijuana

Après avoir marché jusqu’à la douane, brandi notre passeport sous l’œil distrait des Kalachnikov et, déposé nos effets personnels sur un convoyeur qu’aucun agent ne daigne faire semblant de superviser, Tijuana s’ouvre à nous sans grande conviction. Comme si des lunettes nous était remises à l’entrée et passait tout dans un filtre d’aridité et d’improbable. Le béton mâché par l’usure, les palmiers sans toupets ni ambition et les mendiants du regard, tous perçus dans le filtre Tijuana, resteront tout au long et transformeront l’expérience. Parce que c’en est une expérience. Une qui a du souffle, de la couleur et un rythme impossible quelques mètres seulement derrière nous. L’improbabilité prendra éventuellement le dessus et deviendra la norme.

Avenida Revolución et ses ramifications

Comme c’est souvent le cas avec les grandes et incontrôlables artères, c’est le jour et la nuit, littéralement, entre le jour et la nuit. Naturellement, plusieurs des incontournables y gravitent. Les bières qu’on y trouve sont plus souvent qu’autrement adaptées au climat de Baja California. Des concoctions à faible teneur en alcool qui sauront prendre soin de votre soif comme le ceviche sait si bien le faire avec votre faim.

Débutons par le Teorema/Lúdica Cotasting Room qui est situé la porte d’à côté de Container Coffee Roasters. Ce bar à bière constitue la parfaite transition. Il serait facile de se croire dans East L.A. avec sa murale esthétiquement, froidement géométrique et ses tuiles blanches imbriquées derrière un bar en bois sobre. Pourtant on est bel et bien à Tijuana. Teorema Mr.Pickles, une Gose franche entre le citron et le concombre ainsi que Lúdica Baja Kölsch avec ses lumineux minéraux devraient vous exciter pour la suite.

Moins facile à trouver – même si vous êtes à ses pieds et que vous demandez dans un spanglais impeccable où se trouve cette brasserie –, le Cerveceria Norte se cache, quant à lui, au cinquième étage d’un stationnement de béton craquelé et, à première vue, sans vie. À part peut-être dans le refuge du souper dansant au sixième, difficile d’avoir une meilleure vue. Cette nanobrasserie à saveur clandestine offre des brassins d’une qualité aussi surprenante que le croissant de lune fondant au-dessus de la ville. 4play Session IPA et Charlie Brown Ale risquent d’être les meilleures bières de votre périple. Le genre d’endroit qui a une heure de fermeture assez floue.

Le Mamut Brewery; endroit, qu’on peut presque voir de la Cerveceria Norte, a beaucoup à offrir. Son bar à Mezcal et sa large terrasse longeant, surplombant Carrillo Puerto y o Tercera devraient suffire à vous y accrocher les pieds. Cependant, il y a plus que ça. Une liste de bières étoffée, des performances live occasionnelles et une cuisine plutôt américaine… mais qui ferait ça!? Aussi bonnes peuvent être leurs pizzas, je ne pourrais tourner le dos aux environnants tortas à 35 pesos.

Autres notables destinations

Plaza Fiesta : Avant même que le cœur de la ville soit perceptible, vous croiserez sur votre chemin la Plaza Fiesta qui regroupe une panoplie de points de dégustation. Parmi eux, Paralelo 28, Insurgente, Border Psycho et plusieurs autres empilés les uns sur les autres. Un oasis à 30 minutes de marche seulement de la frontière.

Telefonica Gastro Park : Parce que la vraie raison d’aller à Tijuana c’est de pouvoir manger de façon mémorable pour une fraction du prix qu’exigerait une grande table de L.A. Ce regroupement culinaire est un nirvana où il faudra être persuasif pour vous y arracher. Un mignon bar à bières artisanales se trouve tout au fond prêt à fournir un partenaire liquide au Marlin Tostada qui changera votre vie.

BCB Tasting Room : Encore une fois, impossible de combler les attentes parce que le filtre Tijuana n’en a rien à faire des attentes. On est dans ce qui semble être un bâtiment industriel inachevé avec une large sélection de bières maison, dont leur épatante Pilsner Filibustera, et invitées.

Pour ce qui est du night life, pas besoin de vous éloigner de l’Avenida Revolución, c’est ici que ça se passe. La Mezcalera constitue un parfait tremplin pour une soirée complètement improvisée. La très active scène culinaire locale, elle, nécessiterait un article complet avec mises à jour ponctuelles. D’ailleurs, j’ai moi-même un urgent besoin de mise à jour. Con queso por favor.

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