Marie-Ève Myrand
Photo Valerie R. Carbonneau
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Issue du monde coopératif, l’univers de la bière n’est pourtant pas étranger à Marie-Ève Myrand. En effet, celle qui a porté le chapeau de directrice générale de la Fédération des coopératives de développement régional du Québec de 2009 à 2016 est aussi la conjointe d’un instigateur de microbrasserie; ainsi, elle a vécu le phénomène de start-up, les défis de production et autres enjeux que rencontrent les brasseurs qui s’aventurent jusqu’à pousser leur ambition à terme et lancent leur projet. C’est donc avec une immense fierté que la jeune professionnelle embrasse la mission de l’Association des Microbrasseries du Québec (AMBQ) au nom des quelques 70 microbrasseries du Québec et promet de promouvoir et défendre leurs intérêts communs à titre de directrice générale.

«Le monde des microbrasseries québécoises, c’est un univers convivial remplit de passionnés et où la fraternité est palpable», a-t-elle partagé dès le début de notre rencontre, après avoir pu en témoigner en novembre dernier tandis qu’elle assistait à son premier congrès de l’AMBQ à titre d’observatrice. Identifier les besoins différents des différents membres, porter devant le gouvernement les enjeux auxquels ils font face, selon qu’ils viennent d’un grand centre ou d’une région éloignée et selon qu’ils brassent en petit ou en grand volume… les défis qui l’attendent sont certainement nombreux… et complexes. Par contre, appuyée par tout un groupe de passionnés, elle se sent capable de les relever; d’autant plus qu’elle voit beaucoup de similitudes entre le monde coopératif et celui des microbrasseries.

De grandes chaussures à chausser

«En entrevue pour le poste, on m’a demandé ce qui pour moi était incontournable, ce à quoi j’ai répondu : le bien commun. Défendre l’intérêt du plus grand nombre, c’est ça pour moi travailler pour le collectif», a-t-elle ajouté, en admettant bien humblement qu’elle aimait être en contrôle de ses dossiers et ainsi être performante, mais qu’elle ne comprenait pas encore tout, en faisant référence à la rencontre qui précédait notre rendez-vous, où elle s’était déplacée pour parler de l’épineux dossier des consignes.

«Je me suis sentie un petit peu en dehors de mes souliers cet après-midi, avoue-t-elle. Mais, en même temps, l’industrie est jeune et elle a tout à développer et ça, c’est très stimulant! D’ailleurs, c’est très important pour l’AMBQ de bien faire connaître notre rôle auprès des membres, et ce, bien au-delà de leur envoyer une lettre par année pour solliciter leur cotisation.» Parlant de stimulation, Marie-Ève se dit aussi très inspirée par des gens qui s’investissent autant comme le président depuis quelques années, Frédérick Tremblay. «Toutes les heures qu’il met à faire avancer des dossiers pour l’AMBQ sont des heures qu’il ne met pas dans sa propre microbrasserie et ça, c’est un grand don de soi.»

Revendiquer des changements quant aux lois et pratiques; mettre l’épaule à la roue et se lancer dans une campagne de relations publiques au sujet du fameux programme qualité, pour lequel son prédécesseur, Jean-Pierre Tremblay, avait consacré d’innombrables heures; proposer une formule améliorée du projet de loi n° 88, qui est encore loin d’être parfait; travailler étroitement avec la Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ) dans le dossier de la modernisation des lois, se retrouvent notamment sur sa planche de travail. D’ailleurs, quelques minutes d’entretien avec elle suffisent pour se laisser convaincre qu’elle a les moyens de son ambition. D’autant plus que Jean-Pierre Tremblay, un homme pour qui elle a également beaucoup d’admiration, lui aura certainement tracé le sentier en investissant 12 ans de sa vie professionnelle afin de mettre en place des conditions gagnantes pour le développement d’une industrie dans laquelle il a cru dur comme fer tout au long de son parcours à l’AMBQ. Gageons d’ailleurs qu’il ne reste jamais loin du fil pour lui apporter son généreux soutien.

«Les défis collectifs constituent en soi un grand défi pour notre association, alors que chaque membre doit composer avec ses propres défis individuels […] Notre mandat de représentation gouvernementale, on va le faire pareil, qu’on ait cinq ou 80 membres. Mais, il faut rester attractif en continuant à développer notre offre de services destinée à nos membres : aller chercher plus de membres à participer, offrir davantage de formation continue et même proposer un groupe d’achats regroupés pour certaines matières premières», lance-t-elle.

La femme derrière la directrice générale

«Je m’intéresse profondément aux gens, je suis très sociable», précise la fière dame qui siège désormais au centre d’un milieu d’hommes. Ainsi, il est facile de croire que ses habiletés en écoute active et son talent de rassembleuse porteront sans doute leurs fruits pour l’ensemble de l’industrie brassicole.

D’un point de vue plus personnel, Marie-Ève aime beaucoup les bières belges, sans doute un peu en partie grâce à un voyage brassicole d’un mois et demi qu’elle a fait en Belgique il y a quelques années. «Puis quand je suis devant un tableau, je lorgne pas mal toujours pour le houblon», partage-t-elle en prenant une gorgée de la IPA américaine qu’elle s’était commandée quelques minutes plus tôt.

Par ailleurs, elle admet être la première surprise de s’être ouverte dernièrement au goût plus malté après avoir tenté le mariage d’une bière noire à une mousse au chocolat et cerise lors d’une soirée entre amis à la maison où régnaient des accords bières et mets. «Le goût était très balancé en bouche, c’était succulent», avoue celle pour qui la valorisation de la terre à la bière mérite d’être encore plus relevée. Comme quoi les valeurs coopératives lui collent toujours à la peau.

«J’ai envie que la bière soit propulsée comme une fierté nationale comme c’est le cas pour les autres pays producteurs. Je suis convaincue qu’au Québec on a tout ce qu’il nous faut pour y arriver… Et les accords bières et mets nous permettent assurément de prendre la place qui nous revient», termine-t-elle. Bienvenue parmi nous, Marie-Ève!

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