Atelier 300 250

Un de mes passetemps favoris consiste à faire de la dégustation chez les détaillants. Il n’y a pas de meilleure façon pour prendre le pouls des consommateurs et suivre les tendances. En sélectionnant plusieurs produits, au gré de mes envies, les réponses des consommateurs sont fort pertinentes, surtout dans un contexte de suivi du marché de la bière.

Dans ce genre de dégustations, je suis très souvent mis à épreuve avec des questions qui me semblent banales, car je baigne dans le milieu à longueur d’année, mais qui cachent un réel questionnement du consommateur. Et la principale, provenant souvent d’une clientèle plus âgée, est : « est-ce que la bière est forte »?

Qu’est-ce qu’une bière forte?

La réponse risque d’être différente en fonction du type de consommateur qui vous répond. Elle tourne autour de trois axes : le taux d’alcool; le goût; le taux d’alcool et le goût.

Pour plusieurs, une bière est forte si son taux d’alcool est élevé. Combien de fois j’ai dû expliquer (et je l’expliquerai encore) que le taux d’alcool n’a rien à voir avec la force de caractère d’une bière! Et que celle-ci est le résultat d’un choix d’ingrédients qui apportent des saveurs, des arômes et du goût. Il est d’ailleurs fort amusant de voir les consommateurs plus âgés prendre la bouteille dans leurs mains et chercher le taux d’alcool. Devant une bière à 9 %, ils ont l’impression de boire un whisky. Ce n’est qu’une impression. Et quand je leur rappelle qu’il est beaucoup plus rare de comparer les taux d’alcool sur des bouteilles de vin, on me répond qu’on ne boit pas du vin comme on le ferait avec la bière. Et bien justement, on ne boit pas de la bière comme on boirait de la bière… Bonsoir, elle est partie! Et nous voilà à parler de différents produits, de styles, de moments, de température de service et surtout… à déguster. Le plus gros du travail est fait.

Pour d’autres, la force de caractère d’une bière se détermine par ses ingrédients qui vont influencer le goût. C’est la meilleure définition. En effet, une bière très houblonnée offrira des notes franches de houblon et un goût amer. L’ajout d’ingrédients épicés dans la bière accentuera sa force de caractère. La liste est longue.

Et pour terminer, quelques-uns vont associer ingrédients et taux d’alcool. Supposer qu’une bière est très amère parce que son taux d’alcool est très élevé… Une bonne discussion pertinente et le consommateur repart avec de nouveaux outils.

Mais pourquoi donc?

Comment se fait-il que beaucoup de consommateurs associent encore la force de caractère d’une bière à son taux d’alcool? Tout d’abord, il est facile de prétendre que l’ivresse intimide, de ce fait, les consommateurs qui sont en face de produits fortement alcoolisés ET associés à une consommation quantitative font des amalgames.

Il ne faut pas oublier non plus que, selon la loi, le brasseur est obligé d’indiquer les termes « fort », « extra-fort », etc. Dans le document « Exigences en matière d’étiquetage des boissons alcoolisées » sous la responsabilité de l’Agence canadienne d’inspection des aliments, les noms usuels pour la bière sont réglementés :

Pourcentage d’alcool par volume Nom usuel ou Nom usuel qualificatif
1,1 à 2,5 bière extra-légère, ale extra-légère, stout extra-léger, porter extra-léger
2,6 à 4,0 bière légère, ale légère, stout léger, porter léger
4,1 à 5,5 bière, ale, stout, porter
5,6 à 8,5 bière forte, ale forte, stout fort, porter fort, liqueur de malt
8,6 et plus bière extra-forte, ale extra-forte, stout extra-fort, porter extra-fort, liqueur de malt forte

Vous l’aurez compris, une bière au-dessus de 5,5 % doit s’afficher comme étant une bière « forte ». Celle au-dessus de 8,5 % est considérée « extra-forte ». Le voilà le problème, il est logique que le consommateur saute à pieds joints dans l’amalgame, celui-ci est réglementé. D’ailleurs, une bière peut s’appeler bière, Ale, Stout ou Porter; vestige des années post-prohibitionnistes et des règlements qui n’ont jamais été revus depuis ce temps-là. Me semble que ça serait le moment…

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