Exportation
Soirees_300_250

Espagne, France, Italie. De plus en plus de microbrasseries québécoises tâtent le terrain des marchés européens. Et la réponse est positive. Le Vieux Continent est-il le nouveau point de mire?

Notre Belle Province n’est pas passée inaperçue lors de sa deuxième participation au Barcelona Beer Festival d’Espagne, en mars dernier. L’impact était présent; pas moins de 32 000 consommateurs étaient au rendez-vous.

Depuis deux ans, l’événement permet aux brasseries québécoises, regroupées sous la bannière du festival Bières et Saveurs de Chambly, de prendre le pouls du marché sans dépenser une fortune. «On se sert du festival comme vecteur pour échanger et présenter des produits chez l’autre, explique Claude Demers, consultant pour Bières et Saveurs et instigateur du projet. On revient avec des rapports et un carnet de contacts, mais c’est à chaque brasserie d’entamer ses démarches.»

Des huit brasseries qui ont participé l’année passée, la moitié ont exporté quelques mois après l’événement. Cette collaboration entre le festival de Chambly et celui de Barcelone représente une des premières portes d’entrée dans un marché réceptif et curieux.

«La proportion de microbrasseries au Québec est grandissante, mais l’espace tablette demeure le même. Alors les producteurs lorgnent de plus en plus d’autres marchés», explique Marie-Eve Myrand, directrice de l’Association des microbrasseries du Québec (AMBQ), qui entame une réflexion afin de mieux outiller les producteurs.

On voit déjà une tendance chez les brasseries bien implantées au Québec, comme Dieu du Ciel! ou la MicroBrasserie Charlevoix, qui commencent à paver la voie de l’exportation.

C’est également le cas du Bilboquet, qui souffle cette année ses 27 ans d’opération. Après quatre ans en France et en Espagne, et sa deuxième participation au Barcelona Beer Festival, François Grisé, le propriétaire-président de la microbrasserie maskoutaine, remarque un engouement pour les bières artisanales, mais elles sont encore très peu popularisées.

«Plusieurs pays ont un certain retard gustatif, surtout l’Espagne. Ils offrent peu de produits de spécialités, le format de 500 ml n’est pas un succès et la canette est perçue comme du bas de gamme. Mais ils vont développer un marché local, tout comme nous l’avons fait», observe-t-il.

Si l’exportation n’est pas encore rentable pour l’entreprise, elle ne lui nuit pas non plus. Comme pour la majorité des brasseries québécoises qui exportent, le gain immédiat repose surtout sur la visibilité et la notoriété. «Quand un Italien ou un Français cote une de nos bières sur un site Internet international, ça flatte l’égo», ajoute-t-il.

Quels marchés choisir

Quand vient le temps d’exporter, il faut réfléchir au consommateur, explique Gilles Dubé, PDG fondateur des Brasseurs du Monde, à Saint-Hyacinthe. «Qu’est-il prêt à payer pour une bière d’exception, taxée et souvent plus chère que la sélection locale?»

C’est aussi explorer un marché ouvert aux produits de niche et où les revendeurs sauront bien conseiller les consommateurs, explique celui qui exporte depuis 2015 dans plus de 140 succursales françaises et depuis 2016 en Espagne, soit environ 5 % de son chiffre d’affaires.

Et, contrairement au Québec où l’importation est régie par la Société des alcools (SAQ), une fois le produit entré dans la plupart des pays européens, le marchand peut le revendre à sa guise.

«C’est beaucoup plus facile d’exporter que d’importer, affirme Claude Demers. Au Québec, on doit se procurer des permis spécialisés ou vendre sous la bannière de la SAQ. À l’inverse, les Européens démontrent beaucoup plus d’ouverture.»

Le marché américain reste quant à lui flou pour les brasseries québécoises, notamment depuis la nouvelle présidence et en raison du dollar élevé, deux sources d’une économie incertaine. «On hésite à faire des efforts», déplore François Grisé.

Les États-Unis sont plus protectionnistes, selon Claude Demers. «Les festivals américains veulent du local. Même celui de Burlington, qui expose déjà quelques brasseries québécoises, refuse d’aller plus loin.»

Chose certaine, insiste Marie-Ève Myrand, faire rayonner le Québec, autant les microbrasseries que les producteurs en amont, est une fierté.

Et mettre le Québec sur la carte serait «une belle façon de se faire valoir collectivement, s’exclame François Grisé. Au même titre qu’on reconnaît un vin de Bordeaux, peut-être qu’un jour l’Allemand dira en buvant sa bière “oh! c’est un Charlevoix”!»

Ateliers_300_250