L’achat d’une microbrasserie québécoise par une brasserie étrangère soulève souvent des inquiétudes parmi les amateurs. Or, rassurez-vous, car dans le cas de l’acquisition de la Microbrasserie de l’Île d’Orléans par la Brasserie Haacht, non seulement ses fondateurs ont admis d’eux-mêmes avoir fait le tour du jardin, mais le géant belge a déjà mis cartes sur table avec des intentions claires, et surtout bonnes.

Ce n’est pourtant pas un hasard si M. Van Der Kelen a décidé de reprendre les rênes de la Microbrasserie de l’Île d’Orléans, explique Luc Van Steene, le nouveau directeur du développement des affaires pour la microbrasserie, qui raconte qu’il a fait la rencontre de l’octogénaire accompagné du maître-brasseur de la brasserie belge de passage au Québec, alors qu’il était directeur des ventes pour la MicroBrasserie Charlevoix. Au départ, M. Van Der Kelen avait acheté un terrain sur l’Île d’Orléans dans le but d’y construire une microbrasserie, mais comme le changement de zonage agricole à industriel s’avérait compliqué, il a saisi une opportunité et a plutôt décidé d’acheter la Microbrasserie de l’Île d’Orléans, pour laquelle il a beaucoup de projets d’émancipation en tête. Il faut dire que le propriétaire de la première brasserie familiale en Belgique est bien attaché au Québec; en plus d’avoir fréquenté l’Université Concordia dans les années 1940, son fils habite ici.

M. Van Der Kelen a racheté la microbrasserie que l’on connaît pour ses étiquettes de bières à l’effigie de personnages illustres ayant laissé leurs traces dans la région au début octobre, au moment même où Luc Van Steene manifestait son intérêt pour le poste de directeur du développement des affaires après avoir été initié par le consulat belge. «On m’a embauché en principe pour mettre en place un réseau de distribution», explique-t-il, en avouant s’être déjà assis avec Labatt et Molson à titre de consultant indépendant vers 2015 dans le but d’importer des bières de Belgique. «Or, ce n’était pas dans leurs plans.»

Deux projets interdépendants

D’un côté, le plan de la nouvelle direction est d’agrandir et moderniser les installations actuelles de la Microbrasserie de l’Île d’Orléans et ainsi faire passer la production de 1 200 à 5 000 hectolitres par an, des investissements qui peuvent atteindre 3 M$. En parallèle, Luc Van Steene qui est imputable à 100 % pour le projet d’importation a bon espoir de régler ses dossiers rapidement pour ainsi importer trois bières belges de renom au Québec.

«Je travaille fort présentement pour pouvoir enfin commencer à distribuer la Tongerlo blonde et brune et la Pilsner Primus dans la région de la Capitale-Nationale dès l’été, soit respectivement les trois compétitrices directes de la Leffe blonde, la Leffe brune et de la Stella Artois», admet celui à qui on a confié la mission de faire le pont entre le Québec et la Belgique.

La philosophie de Luc Van Steene va de pair avec son nouvel employeur, Haacht : il ne s’agit pas ici de «cannibaliser» le marché en empiétant sur celui des microbrasseries, mais bien d’explorer un autre marché qui servira ensuite à financer l’expansion de la microbrasserie. Car, en effet, le marché des importations est très intéressant. «Bien entendu, il est beaucoup plus intéressant, autant pour le détaillant que pour le consommateur, de se retrouver avec un choix de produits aux styles gustatifs différents, qui ont une valeur ajoutée par rapport aux marques que l’on consomme depuis longtemps.» Il va sans dire que ces nouvelles entrées d’argent seront bienvenues dans le soutien des activités de la Microbrasserie de l’Île d’Orléans.

«Notre but est simple : nous voulons construire une entreprise, créer des emplois et importer de bonnes bières», précise ce dernier qui a déjà une trentaine de bières belges dans sa mire, sans pour autant affirmer qu’il les importera toutes un jour… Pour l’heure, Luc Van Steene assure le développement des affaires pour le Québec tout en pilotant le projet pour l’Amérique du Nord. Ultimement, le souhait de Haacht est d’avoir un siège social pour toute l’Amérique du Nord qui s’installe à Québec.