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Photo Pavel Losevsky | Dreamstime.com
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Les nombreuses nouveautés à poindre sur nos tablettes régulièrement sont-elles plutôt favorables ou défavorables au marché de la bière? Pendant que des microbrasseries recherchent constamment de nouvelles saveurs à faire découvrir à sa clientèle toujours en quête d’une nouvelle expérience gustative, d’autres persistent et rappliquent avec leurs « vieilles » recettes gagnantes. Après tout, existe-t-il vraiment une meilleure approche? Nous avons questionné quelques personnages issus de souches différentes du monde de la bière et voici ce qu’ils pensent.

Pour Rémy Du Berger, copropriétaire de Capsules Bière L’Axe du Malt, l’attrait de la nouveauté ne cesse de grandir. « Nous sommes confrontés à une clientèle de plus en plus curieuse, friande de nouveaux produits, de nouvelles expérimentations. Pour les brasseries, c’est une manière d’innover, de tester le marché et d’exprimer leur créativité, parfois au détriment du consommateur, car ce n’est pas parce que c’est nouveau que c’est bon. Certaines brasseries misent beaucoup sur ce segment et ne frappent pas souvent de coups sûrs », explique-t-il en exposant que du côté des détaillants spécialisés, comme c’est son cas, il est difficile de gérer tous ces nouveaux produits, tant au niveau de l’espace qu’au niveau des commandes.

« Comment savoir si le produit est bon et vendra? Généralement, on ne goûte à presque rien avant d’acheter, ce qui fait que nous ne pouvons pas toujours bien conseiller nos clients. La nouveauté, ça vend. Mais, pas à n’importe quel prix! Le marché est encore très jeune et il se cherche… »

Nouveau, mais pas nécessairement bon

En effet, Rémy Du Berger renchérit en ajoutant que les consommateurs sont de plus en plus exigeants et qu’il n’y a plus de place pour la médiocrité, moins de place pour l’ordinaire et enfin, que les deuxièmes chances se font rares. « En tant que consommateur, je pense que ce segment est là pour rester, c’est un peu le R & D des micros. D’un autre côté, les bières saisonnières sont beaucoup plus intéressantes! Une nouveauté qui a frappé fort aurait tout intérêt à revenir, une fois par an, afin de profiter de l’engouement et de créer une plus forte demande. Cependant, puisque ce sont plus les tripeux qui recherchent les nouveautés, les bières régulières visent un marché plus stable de clients qui revisitent plus souvent les classiques de la brasserie. »

Quand on lui demande quel type d’approche il choisirait s’il était propriétaire d’une microbrasserie, Rémy Du Berger répond que cela dépendrait du modèle d’affaires choisi. C’est-à-dire qu’une brasserie qui voudrait s’implanter sur le marché et viser large devrait offrir des produits bien faits sans tomber dans les bières extrêmes ou nichées.

« L’image est très importante, mais le contenu doit parler plus fort que le contenant… on est loin du marketing des grandes brasseries qui vendent du rêve dans des termes séduisants. »

« D’autre part, il y a les brouepubs, soit un segment intéressant puisque les bières sont vendues uniquement sur place. Ainsi, les expérimentations peuvent être plus fréquentes et plus osées et le processus pour sortir une nouvelle bière, moins long. Si j’avais une brasserie au plan d’affaires plus modeste et moins axé sur le volume, j’irais avec des produits plus ciblés. Les styles du moment seraient à l’honneur et j’essayerais de suivre les tendances en offrant aux tripeux ce dont ils raffolent. IPA, DIPA, NEIPA, bières sures et sauvages, bières barriquées, Saisons… Le houblon est plus populaire que jamais! Par exemple, la IPA américaine est sur le point de détrôner la fameuse Rousse! Les néophytes sont maintenant attirés par un style plus précis. Le monde de la bière évolue et les clients sont de plus en plus informés. Nos voisins américains influencent grandement nos brasseurs, amateurs et beer geek », termine celui qui se dit passionné par le sujet et qui en aurait encore beaucoup à dire.

Pour certaines micros, le nombre fait la force

Pour Philippe Dumais d’À La Fût, une coopérative de travail brassicole qui sort des nouveautés régulièrement, les motivations du départ étaient d’expérimenter et de survivre l’hiver. « Étant situés dans un petit milieu, nous ne pouvons pas écouler un lot de bières expérimentales à 100 % dans notre Pub… Cela nous a permis de nous trouver une identité. De plus, nous sommes conscients que plusieurs clients de détaillants spécialisés veulent avoir des nouveautés. » Maintenant, à savoir si À La Fût compte poursuivre sur cette lancée, on nous répond par la positive, mais pour les bières vieillies en fût de chêne seulement.

« Nos bières houblonnées vont commencer à se stabiliser et nous savons maintenant que notre spécialité réside dans les bières vieillies. Il n’y a donc aucun intérêt pour nous de brasser tous les styles inimaginables que nous n’apprécions même pas nous-mêmes. Par contre, les bières expérimentales vieillies en fût de chêne font partie d’un monde infini de possibilités qui nous permet de développer des produits uniques. »

Chez Brasseurs du Monde, Alain Thibault nous confirme qu’il ne fait pas de doute que le phénomène de la nouveauté leur soit profitable. « Cela représente qui nous sommes et ça répond aux demandes d’une partie de la clientèle qui cherche de la nouveauté. Comme les gens sont curieux, ils veulent goûter à de nouvelles choses même s’ils reviennent rapidement à leurs bières favorites. »

Maintenant, quelles sont les raisons qui ont motivé un tel modèle d’affaires? « Le nom de notre entreprise n’est pas juste un nom comme un autre : il reflète une partie de la philosophie depuis le jour 1. Un slogan non officiel chez nous est : Chez Brasseurs du Monde, on brasse le monde, c’est-à-dire que nous nous inspirons des traditions brassicoles de par le monde pour faire découvrir aux consommateurs des styles de bières auxquelles ils n’ont pas facilement accès ou pas du tout […] Le détaillant spécialisé se fait demander chaque semaine ce qu’il a de nouveau… Une partie de nos nouveautés sortent en petits brassins et sont distribuées en premier aux boutiques spécialisées de la province. » Et comme c’est dans leur ADN, Brasseurs du Monde entend poursuivre dans cette direction.

Et le consommateur?

Tandis  qu’un  premier consommateur  interrogé sur le sujet dans un dépanneur spécialisé de Montréal nous répondait dans ses mots que tant que les gens achètent des nouveautés qui tournent assez rapidement sur les tablettes des marchands spécialisés, il y a certainement un marché pour ça, une autre nous répondait ceci : « je me questionne sur le sens de “microbrasserie” quand je pense à des brasseurs qui ont la capacité de brasser énormément de types de bières, et ce, en bonne quantité. Pour ma part, lorsque j’ai envie de payer pour une bonne bière, je suis encore et depuis toujours attirée par des brasseurs qui s’en tiennent à un petit éventail de produits. D’ailleurs, à mon avis, les produits de ce genre de brasseries sont souvent plus aromatiques, plus goûteux, plus originaux et plus complets que ceux des autres et c’est ce que j’aime des brasseurs artisanaux. »

Enfin, il est difficile de tirer une conclusion, mais l’exercice nous aura permis de constater qu’il y a toujours deux côtés à une médaille!

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