Je serais vraiment malheureux si on me demandait de choisir entre vin et bière pour le restant de mes jours, tellement les deux me semblent être la continuité de la même passion. Une passion teintée de curiosité, de plaisirs des sens, de voyages, de découvertes, de rencontres et de partage.

Pourtant, les deux univers ont parfois de la difficulté à communiquer. Deux solitudes en quelques sortes… L’amateur de vin perçoit parfois le connaisseur de bière comme un Viking barbu pillant chope après chope en quête d’ébriété. Le passionné de bière, en contrepartie, peut s’imaginer l’oenophile comme un être condescendant portant foulard, béret et balai dans le fondement. Et si parfois ça se vérifie, c’est heureusement plutôt l’exception qui confirme la règle…

Si les deux mondes peuvent paraître intimidants aux yeux du profane, c’est par contre pour des raisons assez différentes. Le vin, avec sa multitude d’appellations, de millésimes et de cépages donne souvent l’impression qu’il est difficile de faire un choix avisé et les prix peuvent rapidement décourager l’amateur. Du côté de la bière, c’est souvent davantage l’accessibilité qui peut sembler complexe. Il faut se tenir au courant pour être à la bonne place au bon moment afin de se procurer la bière d’exception produite en petite quantité, et ainsi goûter au nec plus ultra. Et quand on s’y intéresse vraiment, la « bonne place au bon endroit » peut rapidement se trouver dans un autre pays, pendant les heures de travail…

Mais s’intéresser aux deux, c’est agrandir le champ des possibles. Se donner accès à un éventail de sensations encore plus large. C’est aussi une excellente raison de plus d’inviter des potes à la maison, l’instant d’une dégustation thématique. Finalement, cette double vie est aussi l’occasion de poser une croix définitive sur l’idée farfelue de se procurer des REER.

Ce que je vous propose…

Avec cette chronique, j’ai envie de vous donner le goût de boire du vin, et pour les bonnes raisons. Pas parce que c’est branché, pas parce que ça vient avec un quelconque statut social. Juste parce que c’est bon. Parce que c’est un monde vaste, complexe, mais pas nécessairement compliqué. Et qu’un peu comme la bière, on n’en fait jamais vraiment le tour.

À chaque édition, j’explorerai donc le vin, en ayant toujours en tête les deux passions et en tentant de tisser des liens. Pour débuter, je vous propose quelques pistes de dégustation en fonction de certains styles de bières…

Pilsner

Le caractère délicat, craquant et frais d’une bonne Pilsner aux accents herbacés apportés par les houblons nobles peut se retrouver dans certains vins blancs de climats frais au caractère minéral. On peut lorgner du côté de divers vins faits à partir de sauvignon blanc, de muscadet, de chenin blanc ou de riesling.

Imperial Stout

Plusieurs rouges du nouveau monde élevés en fûts de chêne neufs présentent un caractère racoleur, gourmand et opulent. Le bois contribuant également des notes torréfiées et vanillées, on peut facilement faire le pont entre les deux univers, surtout avec la mode des Stout plus forts en alcool et élevés en fûts de chêne de spiritueux.

Barley Wine anglais ou Old Ale

Ces bières au registre malté appuyé peuvent faire penser à des vins évolués de la Rioja présentant des parfums de fruits séchés, de tabac, d’épices douces et de vanille, le tout complété d’une touche oxydative qui contribue à leur charme un peu vieillot.

Vous aimez les Gueuzes?

Certains vins blancs de Bourgogne ou du Jura, deux régions situées à l’Est de la France, offrent des notes de sésame grillées qui peuvent faire penser à certaines bières à base de Lambic. Les pointes oxydatives de plusieurs vins du Jura renforcent encore plus cette analogie…