Concours
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C’est bien connu : un concours de bières dans lequel des bières de grands groupes industriels comme Heineberg ou Molbatt gagnent des médailles est forcément truqué. Ou corrompu.

Ouais mais non… c’est pas tout à fait aussi simple.

À chaque publication de résultats par les organisateurs de l’un des grands concours internationaux comme la World Beer Cup ou l’European Beer Star, le phénomène se répète presque mécaniquement : quelque trippeux de bière, confronté à une longue liste de bières qu’il ne connaît pour la plupart pas, se raccroche aux quelques-unes qu’il connaît pour se faire une opinion.

Et là, c’est le drame : les seules bières qu’il reconnaît sont des bières industrielles. Donc notre trippeux, scandalisé, va poster sur les réseaux sociaux un avis définitif sur l’air de « Quoiiii? La Molbatt Verte a une médaille d’or? C’est de la grosse m*rde ce concours! », ou encore : « Le jury a certainement été payé pour que cette p*sse d’Heineberg Jaune ait eu une médaille. ».

Biais de confirmation

Bref, confronté à cette masse d’informations, notre trippeux s’est raccroché à qu’il connaissait, et qui lui semble confirmer ses opinions sur la bière industrielle. C’est ce qu’on appelle un biais de confirmation : ne tenir compte que des éléments qui confirment ce que nous pensons.

Mais rappelons quelques faits élémentaires à propos des concours des bières :

  • L’inscription est faite par la brasserie, elle est payante, et seules les bières en concours courent le risque de gagner une médaille. Il peut y avoir de meilleures bières, mais si elles ne sont pas inscrites…
  • Les grands concours rangent les bières en catégories souvent assez étroites. Certaines catégories comme « Lager blonde américaine » sont plus ou moins taillées pour les produits industriels.
  • Les bières en concours ont souvent été expédiées plusieurs semaines avant la dégustation, et parfois sur de longues distance. La capacité d’une brasserie à embouteiller sa bière de façon stable pèse donc très lourd, terrain sur lequel les industriels ont souvent un avantage technologique sur les microbrasseries.
  • Le jury de dégustateurs travaille à l’aveugle. Il n’est donc pas du tout influencé par la marque, sa renommée ou les préjugés à son sujet. Seul le produit compte.

Difficile de généraliser

Mais ne nous cachons pas que dans le foisonnement de concours actuel, certains d’entre eux ont des processus pas très clairs, ou multiplient les médailles pour attirer les brasseries – parfois une sur trois produits en concours, ce qui dilue évidemment la valeur de ces médailles.

Il y a donc bel et bien des concours plus sérieux et a priori plus fiables que les autres.

Comment le savoir? Il suffit d’aller ratisser les sites web des divers concours pour se faire une idée, en cherchant certaines informations : transparence, définition claire des catégories, description du processus de dégustation, ou indication du nombre de bières jugées dans chaque catégorie… Autant de points qui permettent de se faire une idée assez rapidement, en se basant sur des faits et une vue d’ensemble.

Après, j’ai suffisamment d’expérience comme juré de concours pour savoir que des manipulations sont possibles. Soit en n’inscrivant volontairement pas les bières dans la bonne catégorie (une IPA dans la catégorie Pale Ale fera forte impression). Ou dans l’utilisation publicitaire des médailles, telle une certaine brasserie ayant gagné une médaille d’or avec une cuvée limitée, mais employant l’image de la version « normale » de la même bière dans sa promotion dans les jours suivant la publication des résultats.

Bref, oui, c’est nécessaire d’être vigilant par rapport à cette multiplication de prix et de médailles, mais il est toujours mieux de se baser sur les faits…

Bootlegger 350