Félipé St-Laurent
Photo Valerie R. Carbonneau
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Rencontrer Félipé St-Laurent en avant-midi, ça décoiffe! En fait, même à 17 h le soir ça doit décoiffer… Passionné? Le mot n’est décidément pas assez fort… Énergumène sympathique et généreux, c’est un véritable crinqué qui pourrait difficilement passer inaperçu! Et comme il bouge vite, il a mis trois ans seulement à bâtir un empire appelé « Le Temple de la saucisse  »; il distribue désormais ses saucisses fameuses sous sa marque de commerce Ils en Fument du Bon dans quatre points de vente : au 176, Jean-Talon Est et dans Saint-Henri à Montréal, à Limoilou et à Boucherville.

En fouillant sur le Web, on réalise que le pimp de la saucisse raconte sensiblement la même anecdote quand on le questionne sur son parcours dans le monde merveilleux de la saucisse : l’arrivée dans sa vie d’Ulysse, l’homme à qui il doit tout; sauf sa persévérance et sa fougue, deux qualités qui sont toutes à son honneur!

«La vie a mis Ulysse sur mon chemin, un charcutier suisse qui m’a tout montré dans son garage. Cretons, rillettes, tête fromagée… pendant deux ans et demi, il n’y a rien qu’on n’a pas fait, admet celui pour qui faire des charcuteries avec Ulysse le week-end était devenu un loisir comme d’autres pratiquent un sport, empreint de reconnaissance face au lègue que lui a laissé le charcutier qui avait 45 ans d’expérience derrière le tablier avant de rendre l’âme. J’ai été son dernier élève et il m’a fait le plus beau cadeau en me confiant ses recettes.» L’homme qu’il admirait tant vendait ses saucisses à son voisinage comme on vend des petits pains chauds. Il lui a confié un jour que son seul regret était de n’avoir pas su faire profiter son talent en se lançant en affaires. Il n’en fallut pas plus pour que son élève lâche tous ses autres projets et lui fasse la promesse posthume de lui rendre hommage.

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué?

Des culbutes, il en a fait avant d’en arriver là… «Les gens me pensaient fou, ma mère la première! Tout lâcher – lire ici : vendre ses parts à l’Auberge Saint-Gabriel, entre autres – pour vendre… des saucisses! J’ai commencé en pirate en vendant des saucisses dans mon char. Et comme un bon dealer de drogue, je vendais à des gens qui avaient entendu parler de moi par d’autres… Je publiais un message sur ma page Facebook et je partais faire ma tournée», indique celui pour qui les réseaux sociaux «c’est le bouche-à-oreille des années 2000». Concours drôles, photos cocasses, pubs maison douteuses, capsules vidéo divertissantes; il publie à profusion chaque jour et ça l’amuse.

Félipé ne se dit pas cuisinier. «Je suis rough. Truffe, fromage bleu, foie gras… je mets des gros morceaux dans mes saucisses et je ne cisèle pas délicatement mon persil.» Elles ont beau être grossièrement fabriquées, on les qualifie de «saucisses de luxe» quand même! Et ce sont celles au bacon et fromage en grains qui lui valent sa réputation…

Le personnage coloré raconte la fois où il est entré dans un resto, une glacière pleine de saucisses sur l’épaule, et a fait la rencontre de Seb, le grand boss de Zeste télé. «Il m’a approché et m’a dit : “si t’arrives à arrêter de sacrer aux deux mots et à parler moins vite, j’aurai un show pour toi”.» Le tournage de la saison trois est prévu ce printemps.

Saucisses et… bières !

Son parcours en hôtellerie l’aura amené derrière plusieurs bars, dont celui du réputé pub le Saint-Élizabeth, dans Ville-Marie, là où s’est véritablement révélé son amour pour la bière. «Nous étions les meilleurs vendeurs de Boréale au Québec», précise-t-il, en racontant que sa préférée était la Boréale Noire, qu’il déposait dans un banc de neige entre deux gorgées alors qu’il sortait pelleter et fendre du bois pour fournir le foyer du pub qui réchauffait les joyeux lurons. Jeune adulte, il fréquentait le Cheval Blanc, puis il lui arrivait de servir les «ouvriers» d’Unibroue à une autre époque, alors qu’ils venaient boire un coup au bar de Chambly où il travaillait…

Bon buveur et soucieux d’offrir un large éventail de bières de qualité pour accompagner sa saucisse haut de gamme, Félipé reprenait récemment La Pourvoirie, la bannière qui représentait les bières de micros dans son local du Marché Jean-Talon, qu’il a justement rebaptisée Les Bons Buveurs. S’il aime tant la bière artisanale, c’est aussi parce que les microbrasseries ont un modèle d’affaires semblable au sien, où le partage est capital. «Boire une excellente bière, c’est une chose. Mais, s’asseoir avec les gens qui la fabriquent, c’en est une autre. Et c’est ça qui me fait tripper!» Ça et le fait d’embaucher des jeunes connaisseurs passionnés pour venir travailler chez nous, précise-t-il en ajoutant qu’il a développé des amitiés solides avec des brasseurs, d’où sont d’ailleurs nés des échanges. Avec Vladimir Antonoff d’Hopera par exemple, qui est débarqué récemment en boutique pour partager ses connaissances sur les accords bières et bouffe.

Félipé St-Laurent sait s’entourer et travailler en partenariat, un élément qui n’est pas étranger à son success-story. Aujourd’hui propriétaire de quatre boutiques, l’homme d’affaires qui semble préférer la casquette à la cravate avoue qu’il aime toujours autant jaser avec le monde autour d’un BBQ et déambuler dans un quartier à la rencontre de purs étrangers, une bière dans un sac en papier sous la main.

Ses préférées du moment : la Saison du Pinacle (Brasserie Dunham), la Saison Bee-Bop (Sutton Brouërie) et les derniers crus de la Brasserie Harricana.

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