Malgré l’entrée en vigueur en décembre dernier des dispositions de la Loi sur le développement de l’industrie des boissons alcooliques artisanales, les distillateurs s’attendaient à plus.

Actuellement, seuls les producteurs utilisant leurs propres récoltes peuvent obtenir le permis de distillateur artisanal, et ainsi vendre des spiritueux sur le domaine. De plus, bien que la loi permette tout ce qui est fermentescible, la Régie des Alcools des Courses et des Jeux (RACJ) n’a pas encore mis sur pied les paramètres d’obtention pour autre chose que le vin, le cidre, le miel, l’eau d’érable ou les petits fruits.

LA RACJ affirme par contre qu’elle prépare le terrain pour accepter les demandes provenant de producteurs céréaliers, car l’industrie le réclame.

«Nous voulions cultiver nous-même notre orge et seigle, mais ce projet est remis», indique d’ailleurs Jonathan Roy, de la Distillerie Fils du Roy.

«Pour nous, c’est parfait», se réjouit Stephan Dussault de la Distillerie Côte des Saints, dont la construction va bon train. Cette ferme-distillerie des Laurentides produira son alcool à partir de ses propres récoltes céréalières. Lui, comme l’Association des MicroDistilleries du Québec (AMDQ), indique que le gouvernement semble véritablement vouloir faire avances les choses. «Les positions évoluent. Il y a actuellement des discussions ouvertes entre tous les intervenants du milieu, incluant le gouvernement», indique le président de l’association des MicroDistilleries du Québec (AMDQ), Stéphane Ruffo, des Distillateurs Subversifs. L’AMDQ et le ministère des Finances, responsable du dossier, préfèrent ne pas émettre d’autre commentaire pour ces raisons.

Une industrie jeune qui explose

«Je reçois plein d’appels de la part de toute sorte d’artisans qui veulent distiller», souligne M. Ruffo. «On parle d’un grand avancement pour la microdistillation au Québec!», ajoute-t-il.

«C’est intéressant à suivre : sept nouvelles depuis deux mois», précise M. Roy. Et la venue de nouveaux joueurs pourrait changer la donne. «Avec plus de producteurs, le message devient plus facile à faire passer auprès des clients et du législateur», dit Charles Crawford des Spiritueux Ungava.

Le gazon est toujours plus vert…

«La distillation artisanale n’est pas rentable présentement au Québec : le producteur ne peut pas toucher la plus-value de ses efforts», affirme par contre Jean-Philippe Roussy, de la Distillerie Mariana. «Il faudrait quelque chose pour contrebalancer les faibles marges octroyées par la société d’État», suggère-t-il. «Pourquoi le Québec n’a pas imité ce que fait la Nouvelle-Écosse?», se demande, pour sa part, M. Ruffo.

Là-bas, les producteurs peuvent vendre leurs propres spiritueux sur place ou via leur site web. Ils n’ont ensuite qu’à remettre une ristourne à la NSLC, l’équivalent local de la SAQ. «Auparavant c’était 10 %, mais il y a deux ans, le gouvernement l’a abaissée à 3,5 % des recettes. C’est le même taux que pour le vin ou la bière artisanale», indique Pierre Guevremont d’Ironworks Distillery, l’une des 10 de la province maritime.

De plus, la NSLC module ses marges (160 %) pour la vente en succursale selon le type de spiritueux issus de distilleries artisanales (max. 75000 L/an) :

  • 80 % pour les alcools assemblés
  • 60 % si distillé sur place
  • – 10 % si les matières premières proviennent d’agriculteurs de la N.-É.

«Nous avons les mêmes marges car les accords internationaux stipulent un traitement égal pour tous les produits, peu importe leur provenance», explique Linda Bouchard, agente d’information à la SAQ.

Tant de gins

Ceci  expliquerait pourquoi plusieurs distilleries se sont tournées vers le gin et la vodka faits à partir d’alcool de grain neutre acheté en vrac. «C’est malheureux, car tout le monde joue dans les mêmes talles », de déplorer, M. Roussy. Julien Niquet de la brasserie et distillerie Oshlag va plus loin : «les produits 100 % québécois ont une signature tandis que les autres se ressemblent tous un peu».

M. Jodoin est bien d’accord : «il faut oser dans la vie!», s’exclame-t-il. Et c’est ce qu’il fait depuis plus de 15 ans : «j’ai assurément le plus important et vieux stock de brandy de pomme d’Amérique». Son chai comporte, en effet, tout près de 160 barils, contenant des eaux-de-vie de 1 à 14 années d’âges. Mais puisque la notion de permis artisanal n’existait pas à l’époque et qu’il est impossible de posséder les deux types de permis, il ne peut pas les écouler au domaine.

« Il n’y a pas de raison qu’une distillerie industrielle ou artisanale ne puisse pas vendre sur place. On peut le faire avec un permis de brasserie… C’est quoi la différence? » – Julien Niquet

La SAQ, un partenaire incontournable

Plusieurs produits d’ici tirent leur épingle du jeu en succursale. «Pour la SAQ, c’est maintenant très intéressant et la collaboration est là», de dire M. Roussy. «Ils sont d’excellents partenaires pour nous et sont à l’écoute de nos nouveaux produits», ajoute M. Duvernois.

Bien que les données les plus récentes ne seront compilées qu’à la fin mars, la SAQ remarque déjà une hausse de 14,6 %. Une équipe est d’ailleurs dédiée aux produits Origine Québec.

«Et puisque la SAQ a comme objectif d’intensifier le rayonnement des produits québécois, c’est dans tous les secteurs de l’entreprise que les énergies sont déployées», ajoute Mme Bouchard.

Quelques produits à venir en 2017

La stratégie d’Oshlag pour cette année est de sortir quelques produits en importation privée pour ensuite évaluer la réaction du marché :

  • Oshlag Fleur d’IPA – 4 mois en barrique de Tequila
  • McAuslan Progression 1 Rye Spirit – 4 mois en barrique de Bourbon
  • McAuslan Holy Smoke Dry Gin
  • Oshlag Brandy – moût et marc de Vidal affiné en barrique de vin blanc

La SAQ devrait aussi très bientôt offrir le rhum épicé Morbleu de la Distillerie Mariana, et deux autres alcools attendent le bon moment pour être mis en marché. Les autres indiquent tous vouloir lancer au moins un ou deux, voir quatre produits cette année.

«2017 sera l’année des spiritueux artisanaux!», de conclure M. Dussault.