RALLYE 300

Une professionnelle du monde de la bière et une professeure de yoga unissent leur force pour créer Savoure ton yoga, une jeune entreprise dédiée à la consommation responsable et l’équilibre de soi. Rencontre des deux femmes derrière le projet.

Huit participants, hommes et femmes, sur leur tapis de couleur différente, suivent les directives de la professeure de yoga, Sara Di Blasio. On arrondit le dos, comme un chat. On lève la tête et le haut du torse, comme un cobra. Et surtout, on respire. Inspire. Expire. «Si votre corps ne parvient pas à entrer dans une pose, ne le forcez pas. Allez-y à votre rythme», conseille la professeure d’une voix apaisante, en se promenant entre les participants dans les locaux de MaBrasserie, à Montréal.

Après la pratique de 50 minutes de hatha yoga, les apprentis se sont regroupés dehors, aux tables à pique-nique, pour la séance de dégustation. Il y avait un choix de deux bières parmi la sélection de la coopérative, qui regroupe les brasseries Isle de Garde, La Succursale, Noire et Blanche Microbrasserie et Broue Pub Brouhaha. Le soleil réchauffait. La texture veloutée de la bière Camilla, une Bitter blonde du Birra, bar à bières maison, glissait doucement dans ma gorge.

Sara Di Blasio s’émerveille de voir les participants rester après le cours, discuter, échanger. «C’est parfait, s’exclame-t-elle en sirotant une Kombucha. Je n’étais pas sûre la première fois, à la brasserie artisanale Lagabière. Mais quand j’ai vu les gens parler entre eux après le cours, au lieu de quitter chacun de leur côté comme après une séance régulière, j’étais convaincue. La dégustation les a amenés à se réunir, sans aller dans l’excès.»

Déguster avant tout

Savoure ton yoga n’est pas une histoire d’ivresse. C’est une pratique d’équilibre, dont l’objectif consiste à prendre conscience de notre consommation. Ce message, les partenaires le répandent depuis avril dans les brasseries et festivals brassicoles.

«On veut que les gens prennent conscience du moment présent et de leur corps, et ne se poussent pas à l’extrême», explique Lima Bourhis, l’instigatrice du projet rencontrée à l’événement IBU de Montréal.

Elle, c’est la partie «bière». Celle qui, une fois l’entrainement de yoga terminé, anime la dégustation. «On boit la bière de la même façon qu’on pratique le yoga : en prenant conscience de notre corps. On la regarde, la sent, la goûte, la commente. Et toutes les réponses sont bonnes», explique celle qui travaille dans les festivals brassicoles depuis treize ans, et a lancé il y a quelques années Muse Promo, une compagnie de promotion de bières artisanales.

L’idée de Savoure ton yoga lui est venue alors qu’une bagarre de bar avait couté le bras d’un des hommes, en novembre dernier. «Ça m’a troublé, raconte la femme de 30 ans et mère d’un petit de sept ans. Je me suis demandé comment je pouvais aider les gens à être plus responsables, à leur faire prendre conscience de leur corps, pour éviter des situations comme celle-là.»

Après plusieurs recherches, elle décide de créer sa version du beer yoga – dont l’américaine inclut la dégustation lors de la séance, et l’allemande utilise la bouteille de bière comme bloc de yoga – en séparant les deux éléments. «Je ne voulais pas que les gens se saoulent ou se tirent des muscles.»

C’est un concours de circonstances qui a placé les deux femmes sur le même chemin. Lima Bourhis avait mis le projet sur glace, faute de temps, lorsqu’elle a reçu le curriculum vitae d’une professeure de yoga, à la recherche de contrats dans l’événementiel. Sara Di Blasio revenait alors d’un séjour de six mois au Nicaragua, où elle a enseigné l’activité. «J’étais vraiment très septique. Ça semblait festif et soulon, et je ne voulais pas m’associer à ce monde. Mais après avoir discuté avec Lima, du gars qui a perdu son bras dans un bar fight, de sa carrière qu’elle remettait en question, le concept m’a parlé», dit l’Italienne d’origine de 28 ans.

Les balbutiements plutôt positifs du projet ont propulsé les jeunes femmes. Celles-ci envisagent de faire le tour des brasseries au Québec et de percer le monde corporatif.

«On veut rendre les gens zen et responsables», conclut Lima Bourhis.

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