En contact avec divers styles de bière depuis son enfance, c’est sans trop de surprises que Gilbert Poulin se met à brasser ses bières dès l’adolescence. Ce qui surprend ses parents toutefois, c’est que les produits brassés par Gilbert sont plutôt bien réussis, assez pour envisager un changement de cap et mettre les créations de leur fils au coeur d’un projet qui implique la famille en entier. Gilbert a depuis pris du galon, tout comme ses produits qui s’attirent désormais les compliments de ses frères d’armes.

Alors qu’il était plus jeune, en revenant de la messe, Gilbert se rendait avec la famille chez son grand-père. Ce dernier aimait particulièrement les bières importées qu’il se plaisait à découvrir. Plus tard, durant ses voyages, Gilbert découvre à son tour les bières étrangères; en France lors d’un festival celtique, puis en Allemagne, dans les environs de Cologne, où il boit des bières locales qu’il trouve particulièrement savoureuses. À son retour de voyage, il se met à goûter toutes les bières sur lesquelles il réussit à mettre la main. Puis, un jour, il découvre la Leffe Brune, une bière presque noire qui diffère pourtant complètement de la Guinness avec laquelle il est plus familier. À partir de ce moment, il se met à lire sur le sujet, tant sur Internet que dans les livres, et découvre tranquillement le monde du brassage.

Comment avez-vous commencé à brasser de la bière?

À force de lire sur la bière et le brassage, j’ai décidé de m’y mettre et d’essayer. Je suis allé à La Maison de la Bière & du Vin à Saint-Georges de Beauce afin de me procurer les équipements de brassage. Par la suite, je devais m’arranger pour trouver les ingrédients, car j’ai commencé à brasser tout grain dès le départ. Mon père avait déjà brassé avec des kits et il m’avait dit que ça ne valait vraiment pas la peine.

La première bière que vous avez brassée?

La Nuit d’automne à partir d’une recette du livre de Charlie Papazian et d’autres trouvées sur Internet. J’aimais la Leffe Brune et je souhaitais vraiment créer une bière dans ce style avec initialement un petit côté torréfié. Tout a bien fonctionné dès le départ, heureusement, j’étais donc très content du résultat.

La bière dont vous êtes le plus fier?

Ce serait également la Nuit d’automne parce que c’est ma première bière et j’ai gagné deux médailles d’or avec elle. Il y a aussi la IIPA, on a gagné une médaille de bronze et j’ai beaucoup travaillé dessus pour en arriver là. On peut ajouter la Sieur de Léry, car c’est une bière de tous les jours, mais je l’apprécie beaucoup et j’en suis très satisfait.

Votre style de bière préféré? [À brasser et à boire]

À brasser, c’est probablement une Pilsner par décoction, car cela donne un arôme de grain réellement intéressant dans la salle de brassage. Comme c’est une blonde, tout se fait plutôt bien et il n’y a pas vraiment de complication ou de gâchis au final.

À boire, présentement, ce sont les Rouges des Flandres; je n’en bois pas trop souvent, mais j’aime bien cela de temps en temps, surtout quand c’est bien fait. J’aime le côté acide et vineux ainsi que la buvabilité, comme pour la Rodenbach Grand Cru par exemple. Elle doit être à la fois légère et ronde.

Votre ingrédient préféré?

Je dirais l’eau. On a une eau très douce ici donc c’est facile d’ajouter des minéraux pour aller chercher le profil désiré qui s’adapte le mieux à certains styles. L’eau de notre puits provient des montagnes et c’est une eau de vraiment bonne qualité, on est choyé pour ça. À l’école, lors de mon cours, on avait appris à ajuster l’eau afin de l’adapter à nos recettes, je n’ai donc aucun problème à le faire ici pour mes produits.

Une brasserie québécoise que vous appréciez particulièrement?

Dieu du Ciel! Le brouepub de Montréal est une des premières places qui m’a vraiment inspiré quand j’habitais Longueuil. Il y a également L’amère à boire que j’apprécie beaucoup.

Une bière québécoise que vous auriez aimé brasser?

La Rigor Mortis de Dieu du Ciel! Je vais toujours me rappeler quand j’y avais goûtée pour la première fois au pub avant qu’elle ne sorte en bouteille… J’aimais son côté rond avec un bon sucre résiduel, sa superbe couleur rubis et les esters fruités des levures.

Ce que vous aimez de la bière au Québec…

J’aime l’esprit fraternel qui est typique au milieu de la bière ici; tout le monde est passionné et partage cet amour ensemble en s’entraidant, que ce soit pour obtenir des ingrédients plus rares ou pour partager leur savoir et répondre aux questions des autres brasseurs. J’aime aussi beaucoup les brassins collaboratifs qui surviennent entre les brasseries.

Ce que vous aimez moins de la bière au Québec…

Il y a de plus en plus de brasseries donc ça va certainement se saturer un jour… On se doit de connaître ça en 2016 avant de se lancer dans la bière, car il y a beaucoup plus de brasseries et beaucoup moins de place à l’erreur. Il y a également les nouveautés qui ne cessent de s’ajouter, c’est un peu tannant, ça fait beaucoup de bières qui se battent pour une même place. De notre côté, on a 10 bières en cinq ans donc…

Qu’est-ce que nous réserve votre brasserie?

On a la Rouge des Appalaches qui s’en vient pour le cinquième anniversaire, elle sortira en bouteille sous peu. Je n’ai pas encore d’idées concrètes pour d’autres nouveautés, mais il y en aura éventuellement, c’est certain.

Justine et Virgine travaillent sur un projet d’élevage de boeufs Highland nourris avec notre drêche et aussi sur un projet de grill pour combiner le tout avec la bière. Tout sera fait sur place incluant la transformation. Idéalement, on pourra vendre nos viandes et même en servir sur place. Si tout fonctionne comme prévu, le tout devrait être opérationnel en 2018.