verticale
Soirees_300_250

Boire son breuvage de prédilection en position couchée est évidemment proscrit, vous vous en doutez bien. Par contre, afin d’ajouter un peu de piquant dans vos dégustations de bières entre amis(es), il est possible d’affiler plusieurs millésimes d’une même bière, une pratique nommée « dégustation verticale ».

Le concept est à priori assez simple, mais il vous permettra d’approfondir votre palais en vous forçant, sans trop vous tordre un bras, à vous concentrer sur les différentes textures, arômes et saveurs qui différencient chaque version d’une même bière. Un exercice parfait pour développer votre vocabulaire brassicole!

Par où commencer?

Si vous êtes des néophytes dans la dégustation de bière, il est tout à fait compréhensible que vous n’ayez pas facilement accès aux variantes d’un même produit. Mais, heureusement, il existe moult alternatives pour vous en procurer, notamment sur les groupes d’échange de bouteilles sur Facebook ou, encore mieux, vous pouvez vous joindre à vos amis connaisseurs lors d’une soirée où le partage de bouteilles est fortement encouragé. Certains points de vente spécialisés conservent quelques trésors vieillis dans leur cellier, n’hésitez pas à leur demander!

Entrons dans le vif du sujet

Vous êtes bien attablés et bien accompagnés? Parfait, c’est maintenant que le plaisir commence! Pour un processus tout en douceur et pour vous permettre de vous rendre à la fin de la verticale, je vous conseille d’utiliser des petits verres de dégustation, à raison d’un par personne et par bouteille. Par exemple, si vous êtes 5 personnes et que vous prévoyez déboucher 5 bouteilles, il vous faudra 25 verres. Prévoyez évidemment de l’eau et, accessoirement, quelques grignotines. Prenez votre temps, discutez et échangez sur vos impressions!

L’interrogation qui vous viendra assez rapidement à l’esprit avant d’entamer votre dégustation : Dois-je commencer par la bière la plus jeune ou la bière la plus vieille? Il n’y a pas de réponse coulée dans le béton, allez-y comme vous le voulez, mais personnellement, j’aime bien commencer par la plus jeune afin de déterminer un certain baromètre en goûtant ce que le produit est supposé goûter dans sa version la plus fraîche.

Afin de mieux illustrer ce que vous pouvez détecter lors de l’exercice, prenons un exemple d’une dégustation verticale réalisée avec des amis récemment, dont les grandes vedettes furent certains millésimes du réputé vin d’orge Bigfoot de la brasserie américaine Sierra Nevada.

Bigfoot 2013

Nous avons donc débuté l’expérience en décapsulant la version la plus récente que nous avions, datant de 2013. Un bouquet alléchant où les noisettes, le sucre d’orge et une pointe d’agrumes s’enchevêtrent dans un tourbillon olfactif complexe, mais pas très puissant. En bouche, l’amertume tranchante et à la fois résineuse attaque de plein fouet. Le sucre d’orge et le caramel brûlé atténue cette salve citronnée et la finale demeure résineuse et biscuitée. Le taux d’alcool élevé (9,6 %) ne paraît presque pas, sauf peut-être pour la chaleur qu’elle procure au palais.

Bigfoot 2012

En se délectant de la 2012, on remarque déjà quelques différences, subtiles certes, mais tout de même bien marquées. Les agrumes ont presque complètement disparu au nez, laissant ainsi toute la place aux noisettes et à la pâte d’amandes. Ces agrumes reviennent toutefois en force en y plongeant les lèvres, mais l’attaque et l’amertume sont moins percutantes. Un amalgame fort agréable de noisettes grillées et de caramel salé occupe une place de choix en bouche. L’équilibre entre les différentes composantes de la bière atteint presque son paroxysme. La finale est identique à la version 2013.

Bigfoot 2011

C’est en déglutissant la 2011 qu’on commence à déceler les différences les plus notoires. Le bouquet est devenu soudainement beaucoup plus floral et fruité. Des arômes puissants de  lavande, de lilas, de fruits confits et de mûres explosent au nez et nous transportent complètement ailleurs. Une certaine amertume est encore détectée en bouche, mais elle est très légère, tout comme la carbonatation. Les noisettes, les fruits confits et même la mélasse enveloppent le palais et s’affalent dans une finale résineuse et de caramel brûlé. Cette version est superbe et fut notre favorite.

Bigfoot 2010

Finalement, la 2010 est évidemment très loin de la bouteille la plus fraîche avec ses flaveurs sucrées très prononcées. Des fruits confits, dont des figues, se greffent à l’aspect floral préalablement détecté pour former un bouquet intriguant où des notes étrangement boisées sont également perçues. L’attaque en bouche est plus molle et ronde et la bière est généralement très peu effervescente. Un début très fin de madérisation apparaît, résultant en l’apparition de saveurs de fruits rouges sucrés, comme des cerises. Une certaine amertume est également de la partie, mais ce n’est plus à cause des houblons, mais est plutôt une gracieuseté du chocolat noir. La finale n’est plus du tout résineuse, mais plutôt sucrée.

À vous de jouer!

Comme vous pouvez le constater, l’évolution d’un produit dans le temps est facilement détectable avec une dégustation verticale. C’est maintenant votre tour de tenter le coup, en optant préférablement pour des produits avec un bon potentiel de vieillissement, notamment les bières plus liquoreuses. N’hésitez pas à nous partager vos expériences!

Ateliers_300_250