David Deschênes est propriétaire du Biérologue, une boutique de quartier sympathique qui valorise bières et bouffe du Québec, à Montréal. S’il gagne sa vie dans le bonheur depuis bientôt cinq ans en vendant des produits découlant du terroir québécois, sa passion pour le Québec, elle, remonte à l’enfance. Le Québec tatoué sur le cœur, il voue un culte spécial aux bières et aux produits d’ici. En tout, 200 produits exclusivement québécois se partagent les étalages et les tablettes des frigos de son QG, situé au 4301, rue Ontario Est.

Déjà petit, David Deschênes s’intéressait à l’histoire. Vers 12 ans, plutôt que d’entretenir des relations épistolaires avec des demoiselles de son âge, le jeune aventurier correspondait avec des brasseries en Europe pour acquérir capsules et étiquettes de bière et ainsi ravitailler sa collection. « J’écrivais avec des paroles d’enfants, avoue-t-il en riant, mais c’est quand même cette expérience qui m’a ouvert les yeux sur le monde, les langues et la géographie. »

Au passage de l’âge adulte, une fois le trip de collectionneur à l’international passé, David s’est laissé séduire comme plusieurs par l’image d’Unibroue qui réunissait deux de ses passions : l’histoire avec ses légendes et la bière. D’aventure en aventure, son amour profond pour le Québec l’aura mené à une carrière d’une quinzaine d’années comme guide-accompagnateur à escorter des groupes touristiques partout en province. Ambassadeur dans l’âme, c’est son flair pour les affaires, couplé à sa facilité à entrer en communication avec les gens qui auront eu raison de son énième carrière : ouvrir une boutique au cœur d’Hochelaga-Maisonneuve où le personnel, vêtu d’un t-shirt imprimé du logo du Biérologue, se rend disponible, l’air relaxe, pour répondre à vos envies gourmandes. Des gens passionnés et renseignés dans une boutique accueillante; voilà qui fait du Biérologue, un endroit convivial où faire le plein de terroir québécois!

Attaché aux racines

Passionné de la Belle Province sous toutes ses coutures, le résident d’HOMA a d’abord à cœur la vie de son propre quartier. « Beaucoup de gens que je croise ici me reconnaissent et me confient qu’ils aiment nous rendre visite. Ils sont fiers et moi ça me rend fier. Mais, ce qui me réjouit le plus, c’est de savoir que je fais une différence dans le coin, que la boutique joue un rôle dans leur sentiment d’appartenance au quartier. »

D’ailleurs, l’ardent patriote s’est engagé localement à commémorer le 75e anniversaire de la mort de La Bolduc – cette chanteuse québécoise emblématique qui a vécu les 15 dernières années de sa vie sur l’avenue Letourneux, laquelle forme l’intersection ouest de la boutique – en lançant une bière à son effigie en collaboration avec Archibald. « Depuis son lancement, La Turlute – la Blanche d’Hochelag est la meilleure vendeuse du Biérologue! En deux mois à peine, elle a battu les records de ventes des deux meilleurs vendeurs, La Yakima du Castor et La Moralité de Dieu du Ciel! », partage-t-il, content.

Au compte des petites fiertés aussi, David se réjouit aussi du succès que connait son fameux Passeport des bières, un carnet de dégustation monté exactement comme un passeport canadien. Disponible au Biérologue et à la microbrasserie Le Trou du diable, ce carnet de dégustation au format compact « le plus exhaustif dans la francophonie » permet de décrire une bière en 40 points!

Partager son réseau

Membre de l’association des Détaillants de Bières Spécialisés du Québec (DBSQ), David Deschênes est le premier à louanger les bienfaits du travail en réseau. « Tout fonctionne mieux quand on sait s’entourer des bonnes personnes », précise-t-il, en admettant que si Le Biérologue fait aussi bonne figure, c’est beaucoup grâce à son mentor Jean-Marie Boileau, ex-propriétaire du Dépanneur Le Grand Duc à Longueuil, qui est toujours prêt à conférer ses conseils judicieux.

Personnage influent et dévoué pour la cause, David a tendance à mettre le doigt sur les bobos. « Les microbrasseries doivent focaliser sur leurs spécialités respectives et revoir leur stratégie de distribution, sinon c’est toute une industrie qui se tire dans le pied », explique-t-il, déçu notamment de n’avoir pu mettre la main sur quelques caisses du dernier brassin de la Rabat-Joie, cette bière aux bleuets brassée par La Voix Maltée qui se serait retrouvée dans son ensemble en un rien de temps chez un épicier dont on taira l’identité. N’empêche que l’anecdote lui vaut bien son nom…

« Mieux manger et mieux boire, c’est bien ancré dans les mœurs aujourd’hui. Ajoutons à cela manger et boire local et la notion de traçabilité… Les microbrasseries doivent reconnecter avec les détaillants, car il faut plus que jamais protéger nos deux mondes, suggère le propriétaire d’une boutique spécialisée située à 500 mètres de deux épiceries Metro, persuadé qu’elles s’éloignent de leur profit en concentrant ainsi leurs ventes chez les supermarchés qui bénéficient d’une meilleure marge de manœuvre. La DBSQ veut envoyer un message clair et fort aux microbrasseries, car après tout, nous, les détaillants spécialisés, sommes leurs ambassadeurs. »

Sur une note plus légère, nous avons posé notre question classique au propriétaire du Biérologue à savoir quels étaient ses styles de bières préférés : « les Kölsch, les Saison traditionnelles belges et les IPA américaines. Et mon coup de cœur de l’été fut la Helle Lager blonde de Brasserie Vrooden », termine-t-il tout sourire, en partageant à quel point il ne se lasse juste pas de voir des étrangers s’arrêter devant la vitrine tandis qu’un couple de touristes s’immobilise pour prendre la pose.