Dans le dernier article, nous avons passé en revue les différentes caractéristiques à considérer, telles que la taille et le matériau de fabrication, lorsque l’on choisi sa cuve d’empâtage (ou cuve matière, mash tun). Il nous reste maintenant à couvrir un élément essentiel au travail de cette cuve, le dispositif qui permettra la séparation des drêches solides et du moût liquide.

D’abord, il peut être pertinent de noter que ce dispositif n’est pas un filtre à proprement parler. Celui-ci doit plutôt agir comme une crépine servant à retenir les particules grossières, principalement les écorces de l’orge, qui s’accumuleront à l’embouchure, formant ainsi le vrai filtre. Ce filtre formé d’écorces retiendra derrière lui les particules plus fines comme la farine et certaines protéines.

Le moût qui coule. Ou pas…

Pour le brasseur maison, le soutirage du moût se fait la plupart du temps par gravité; la cuve d’empâtage est simplement placée plus haute que le contenant qui reçoit le moût. Il est aussi possible de soutirer à l’aide d’une pompe, ce qui permet de transférer dans des cuves au même niveau. Ainsi, plus besoin de lever de lourds chaudrons remplis de liquides chauds.

Il est important que la crépine ne produise pas de restriction excessive. Sinon, viendra le tant redouté stuck mash. (Comme vous l’aurez remarqué, le jargon du métier, comme sa littérature, est dominé par l’anglais. J’utiliserai « soutirage bloqué » comme traduction libre de stuck mash). Le soutirage bloque lorsque la restriction devient trop importante. Le moût n’arrive donc plus à passer au travers du filtre et à sortir de la cuve. Ceci est d’autant plus vrai lorsque l’on utilise une pompe, puisqu’un débit mal réglé provoquera une succion excessive qui compressera le filtre de grain. Et voilà vous écriant « Stuck mash! » suivi de quelques blasphèmes. Si vous bloquez systématiquement à cette étape, une des premières solutions à essayer est de simplement réduire le débit ou la vitesse de transfert.

Le choix des armes

Parmi les différents modèles de crépines, le bazooka est probablement le plus accessible. Il s’agit simplement d’un tube de grillage en acier inoxydable dont un bout est replié sur lui-même alors que l’autre extrémité se fixe à la valve de sortie de votre cuve d’empâtage. Le grillage est juste assez grossier pour retenir les écorces tout en laissant passer facilement le moût. Efficace et polyvalent, les bazooka sont vendus dans les boutiques pour moins de 15 dollars. Ici, la taille fait la différence : le plus long sera le mieux. Cela augmentera la surface de soutirage, améliorant ainsi l’efficacité de rinçage et les chances de ne pas boucher. Bien que le bazooka s’installe dans n’importe quel type de cuve, il se prête particulièrement bien aux chaudrons et glacières cylindriques. Le bazooka est ma recommandation personnelle.

Un peu de bricolage

Pour les plus manuels d’entre nous, il est aussi possible de fabriquer soi-même une crépine efficace et peu coûteuse. Cette solution est aussi la plus appropriée pour ceux qui utilisent une glacière rectangulaire, puisque la surface couverte par le dispositif est maximisée comparativement au bazooka. Pour ce type de collecteur, il suffit d’assembler des tuyaux de cuivre ou de CPVC (Il faudrait éviter le PVC puisqu’il dégagerait des produits nocifs sous l’effet de la chaleur.) sous lesquels des trous seront percés ou des fentes sciées. La méthode la plus simple et la plus rapide est de scier des fentes à l’aide d’un outil de type Dremel, ou d’une simple scie à fer. Assemblez afin de couvrir le plus de surface possible (voir photo), disposez les fentes ou les trous vers le bas et le tour est joué. Pour faciliter le nettoyage, il est souvent conseillé de ne pas souder ni coller les pièces.

Le fameux faux-fond

Il existe cette alléchante troisième option. Sur papier, elle semble parfaite avec sa surface de couverture maximale. En pratique, c’est moins le cas. Pour bien fonctionner, la pièce d’équipement doit épouser parfaitement la circonférence (ou le fond de la cuve pour d’autres modèles) et cela devient souvent un problème fâchant vu les inévitables imperfections de fabrication. Puis, à mon avis, et puisque cette chronique s’adresse d’abord aux débutants, il n’est pas nécessaire de payer (parfois beaucoup) plus cher pour simplement aller chercher quelques dérisoires points de pourcentage en efficacité. Je conseille donc de laisser cette pièce d’équipement aux vétérans.