Lorsque j’anime des dégustations de vins, les gens m’accostent souvent pour me parler de leurs voyages dans des régions vinicoles. Parfois, il s’agit d’endroits que j’ai visités moi aussi et c’est toujours fort agréable de ressasser ces souvenirs, d’échanger sur nos coups de coeur respectifs.

On peut bien lire tout ce qui s’écrit sur le sujet du vin et suivre des cours, il reste que rien n’est aussi formateur que d’aller à la rencontre du vigneron dans son terroir pour l’écouter nous décrire ses produits pendant qu’on les déguste, et le voir nous pointer du doigt le coteau où il a récolté le fruit qui se trouve, au terme de la vinification, dans notre verre. Ce contact privilégié est souvent plus facile à retrouver chez les plus petits producteurs, c’est pourquoi je m’assure toujours de leur faire une place de choix dans mon itinéraire. J’estime toutefois qu’il ne faut pas bouder les domaines qui produisent à grande échelle pour autant, car ils peuvent aussi avoir de belles expériences à offrir aux visiteurs.

Quand on parle de routes des vins, plusieurs amateurs rêvent spontanément à Bordeaux, la Bourgone, Napa ou la Toscane. Il y en a toutefois de moins connues qui sont magnifiques et tout aussi fascinantes. Je vous en présente trois qui m’ont particulièrement marquées.

L’Alsace

J’ai visité l’Alsace pendant que je complétais ma formation de sommelier et c’est lors de ce voyage que j’ai pleinement saisi la notion de terroir. Je me souviens d’avoir eu une sorte de révélation en m’apercevant que j’arrivais à identifier des différences entre les rieslings de parcelles pourtant situées à seulement quelques dizaines de mètres l’une de l’autre. De Strasbourg à Mulhouse, la route des vins traversent de charmants villages fleuris qui nous séduisent avec leur architecture germanique, l’hospitalité de leurs habitants et la vue du massif des Vosges en arrière plan. Plusieurs grandes maisons comme Hugel et Dopff & Irion ont pied à terre dans les communes plus fréquentées de Riquewihr et de Ribeauvillé, mais vous découvrirez d’excellents producteurs et coopératives tout au long du parcours.

La vallée de l’Okanagan

Au terme de mes études en sommellerie, j’ai réa-lisé un stage dans cette région et j’avais été renversé par deux choses : la beauté des paysages et la qualité des vins, lesquels sont de plus tellement diversifiés. Du pinot noir à la syrah, en passant par les cépages bordelais et alsaciens, l’Okanagan offre des produits de calibre rivalisant avec les meilleures régions vinicoles du monde. Et c’est chez nous, au Canada! Tristement, nous avons très peu de vins britanno-colombiens dans le marché québécois. Partez de Kelowna et après avoir traversé du côté ouest du lac Okanagan, descendez vers le sud jusqu’à Osoyoos, sur la frontière américaine. Dans cette partie de la vallée, le climat est chaud et si aride que les vignes doivent être irriguées. Si vous disposez de suffisamment de temps, offrez–vous une incursion dans Naramata, sur l’autre rive du lac. Gray Monk, Quails’ Gate, Mission Hill, Sumac Ridge, Burrowing Owl, Nk’Mip, Wild Goose, Le Vieux Pin et Blue Mountain sont des arrêts recommandés.

La Corse

Voilà une autre région dont les produits sont malheureusement rares dans les rayons de la SAQ. Raison de plus pour vous y rendre! Je vous assure que vous ne serez pas déçus, la Corse est tout simplement spectaculaire. Ce n’est pas pour rien qu’on l’appelle l’Île de beauté. Le vignoble ceinture l’île au grand complet, mais si vous n’avez que quelques jours je vous suggère l’itinéraire suivant : au départ de Bastia, découvrez les muscats du Cap Corse au nord, puis descendez la côte ouest jusqu’à Ajaccio, en vous attardant d’abord dans l’appellation Patrimonio, la plus intéressante sur le plan qualitatif. Outre le muscat, le vermentino (appelé rolle ailleurs en France) en blanc et le niellucio et le sciaccarello en rouge sont les principaux cépages que proposent les vignerons corses comme Antoine Aréna, Yves Leccia et Jean-Paul Gentile.

Bon voyage!