Les frères Laganière sont parmi cette nouvelle génération de jeunes brasseurs québécois à avoir démarré un projet qui a rapidement fait jaser dans la province. En quelques années seulement, ils ont fait leur place sur le marché en exploitant les houblons aromatiques, ainsi qu’en proposant des produits qui ciblaient sans compromis les amateurs de bières de dégustation. Sans perdre de temps, ils ont profité du savoir-faire de l’industrie pour faire leur apprentissage et révéler au grand jour leur talent pour le brassage.

Originaires de Saint-Jean-sur-Richelieu, les frères Laganière étaient des habitués du centre-ville où ils sortaient régulièrement. Principalement afin d’économiser sur la bière, comme plusieurs autres avant eux, ils ont décidé de brasser leurs propres recettes en se disant que les contributions volontaires de leur entourage leur permettraient de rentabiliser le tout. D’abord amateurs de Rickard’s White et autres bières d’introduction, ils ont rapidement adopté les mercredis du Bedondaine et les sorties occasionnelles à la brasserie Dunham une fois qu’ils se sont mis au brassage.

Divers voyages, ainsi qu’un projet à l’école secondaire les ont tranquillement poussés à développer leur propre projet de brasserie artisanale. Notre équipe les avait même rencontrés lors d’un Mondial de la bière où ils nous avaient avisés de la venue imminente de brasseries artisanales à Saint-Jean-sur-Richelieu, dont la leur.

Comment avez-vous commencé à brasser de la bière?

Vers 2008, on a fait le cours de brassage de Pascal Desbiens et on a commencé à découvrir les multitudes d’ingrédients disponibles dans les boutiques spécialisées de Montréal. C’est vraiment à ce moment que la passion pour la bière et le brassage a débuté. On a commencé avec un équipement de plastique qu’on a modifié et tranquillement on achetait de l’équipement, notamment avec Pascal Desbiens et d’autres gens du milieu.

[S.L.] J’ai par la suite commencé à travailler chez Au Maître-Brasseur un peu avant la transition à AMB et j’ai par la suite été serveur au Bedondaine et Bedons Ronds pendant près de deux ans avant de lancer notre projet.

[F.L.] J’ai aussi travaillé chez Au Maître-Brasseur, mais pas plus d’un mois et demi… Je me suis vite tanné de faire la route jusqu’à Laval pour faire des grosses journées. Notre équipement maison était devenu assez efficace, donc c’était plus intéressant de travailler sur nos propres choses.

La première bière que vous avez brassée?

Une blonde avec levure belge refermentée en bouteille de 1 litre. Elle était très pétillante. On avait invité plusieurs amis pour la déguster et on a tout passé dans la soirée. C’était assez simple et surtout pour expérimenter.

Au pub, la première que nous avons faite est la Black Eye, une Black IPA qu’on essayait pour la première fois. On ne l’a pas refaite par la suite, car c’était davantage pour tester notre équipement que pour l’amour du style.

La bière dont vous êtes le plus fier?

La Doudoune, une Saison Brett vieillie en fût de Cabernet Sauvignon, à 7 %, nommée après Dorothée, la petite fille de Sébastien. Pour une première fois, on était vraiment content du résultat. Brassée il y a près d’un an, elle est sortie le 19 février dernier. C’était une expérimentation et on a obtenu de bonnes réponses de la part des clients; c’est certain qu’on va réessayer des choses dans le même style. On est aussi assez fiers de notre Houblons & Boulons, une India Pale Lager à 6 % d’alcool.

Votre style de bière préféré? [À brasser et à boire]

À boire, probablement une IPA ou IPL car on aime les choses faciles à boire et rafraichissantes qui descendent bien. Pour ce qui est du brassage, ce serait probablement les bières fumées, notamment pour l’odeur durant le brassage.

[F.L] L’Algonquienne également, notre bière au sapin parce qu’on y met beaucoup de sapins et des amis viennent nous aider lors du weekend de brassage, c’est une tradition. L’odeur du sapin est incroyable, c’est très différent et ça change du brassage habituel.

Votre ingrédient préféré?

Le houblon, particulièrement le Citra. Il est unique et sa puissance aromatique présente un côté spécial et particulier qui sent et qui goûte très bon. Ça donne une grande impression de fraîcheur. C’est d’ailleurs particulièrement le côté aromatique des houblons qui nous plaît, ça rend la bière rafraichissante et facile à boire. En plus, il y a toujours des nouveautés donc c’est très plaisant de les découvrir et de voir les gammes d’arômes et de parfums accessibles.

Une brasserie québécoise que vous appréciez particulièrement?

Les Trois-Mousquetaires. Ce sont nos voisins, ils sont très sympathiques et leurs produits sont toujours réussis, c’est un gage de qualité. On apprécie beaucoup leurs produits spéciaux et souvent uniques. Ils aiment innover et les gens savent que leurs produits seront bons. On collabore et on se dépanne également à l’occasion.

Une bière québécoise que vous auriez aimé brasser?

La Rouge de Mékinac d’À la Fût. Elle fait selon nous partie des bonnes Rouges des Flandres qui existent dans le monde, même lorsqu’on compare avec celles faites en Belgique. C’est également un procédé assez magique de voir toute la transformation qui se produit. Des microorganismes donnent un goût comme ça… On va essayer quelque chose du genre prochainement.

Vos impressions sur la bière au Québec…

[F.L.] On a le moyen de boire les meilleurs styles de bières de partout dans le monde tout en profitant d’un côté innovateur bien présent qui part dans toutes les directions. On y retrouve des styles déterrés de partout et bien reproduits.

[S.L.] C’est plaisant de voir des brasseries un peu partout au Québec, dans toutes les régions, ça incite à se déplacer et à découvrir ce qui se brasse sur notre territoire.

[F.L.] On aime aussi la complicité et l’entraide dans le milieu, il y a beaucoup de collaboration et même avec le développement de l’industrie, ce côté demeure bien présent.

Qu’est-ce que nous réserve votre brasserie?

Des produits en bouteilles sont à venir, on a de la demande pour ça, ainsi que pour fournir certains bars et restaurants. On a déjà une bonne base, mais on veut tout de même commencer plus local pour la distribution au départ. Comme on tripe beaucoup sur le fût de chêne et la brett, on aura plus de place à consacrer à cela au pub. On poursuivra assurément dans les produits houblonnés également, ainsi que des bières spéciales pour le pub.