Sur papier, le chemin d’Yves Beaulieu est parmi les plus classiques pour aboutir aux cuves d’une brasserie artisanale. Toutefois, tout au long de sa route, il n’a jamais vraiment anticipé ce dénouement. Heureusement pour lui, il a fait ce qu’il aimait et cela l’a mené à exercer avec passion un métier qu’il adore. Mine de rien, il a en plus eu à relever plusieurs défis, ce qu’il a fait avec brio, et probablement le sourire aux lèvres.

Originaire de Saint-Jean-Baptiste-de-Rouville en Montérégie, Yves s’est inscrit à l’Université de Sherbrooke après un long passage obligé au cégep. Passionné par son domaine d’étude, il a d’abord complété un baccalauréat en biologie moléculaire avant de poursuivre avec une maîtrise dans le même domaine. S’il a rapidement accepté un emploi comme assistant de recherche à l’université, il n’a pas hésité à poser sa candidature pour devenir brasseur du Boq lorsque l’occasion s’est présentée.

Ses années au cégep n’auront pas été perdues pour autant puisque c’est à cette époque qu’il fait ses premiers pas dans le brassage maison. Les kits le laissent perplexe, mais un stage effectué dans le cadre de ses études chez Unibroue, où Marc Ducharme travaillait à l’époque – il est aujourd’hui aux cuves du Broadway Pub –, lui donne la piqure pour le brassage tout grain.

Comment avez-vous commencé à brasser de la bière ?

J’ai commencé dans ma jeunesse en buvant des bières commerciales et j’ai rapidement réalisé que j’aimais moins l’amertume. Lors de mon stage au cégep, on a passé beaucoup de temps à décortiquer le goût des bières et j’ai compris plusieurs choses qui m’ont réconcilié avec l’amertume qui me déplaisait. J’ai commencé à brasser mes propres recettes tout grain et à me monter un système de brassage. Lorsque j’ai appris que Michaël quittait Boquébière et que la brasserie ne cherchait pas forcément un brasseur avec de l’expérience professionnelle, j’ai tenté ma chance. Ça m’a permis de réellement faire ce que j’aime.

La première bière que vous avez brassée ?

Ma première tout grain était une Witbier. J’ai essayé de faire ça, mais j’ai eu des problèmes avec ma levure… Je suis par la suite allé vers les IPA où le houblon permet de camoufler bien des erreurs ! Au Boq, ma première bière a été une Double IPA, assez dense, et ça m’avait pris beaucoup de temps, 12 ou 13 heures, car je n’étais pas du tout habitué. J’étais seul et stressé, mais je l’ai tout de même bien réussie.

La bière dont vous êtes le plus fier ?

C’est une Citra Weizen que j’avais faite avec beaucoup de houblon en floral et en aromatique. J’en suis fier, car je n’en revenais pas de pouvoir passer autant de houblons à des gens qui sont moins habitués à cela. Ils l’adoraient, elle était très accessible malgré tout ce houblon et moins banane que ce que l’on retrouve dans les Weizen. Celle du Castor n’existait pas encore à l’époque.

Votre style de bière préféré ? [À brasser et à boire]

Depuis mon voyage en Belgique, j’aime particulièrement les Gueuzes; l’acidité, la brett, j’apprécie beaucoup cela. Il y a plusieurs Gueuzes et on perçoit bien les différences entre elles lorsqu’on commence à s’intéresser à ce style de bière. Pour ce qui est du brassage, je penche du côté américain comme la majorité de mes bières le suggère. J’ai souvent tendance à échapper du houblon dans la cuve, disons. C’est tout de même important pour moi de bien balancer le sucre, l’acidité, l’amertume, l’aromatique et le côté alcoolisé. J’adore faire des sour également, ça représente plus de défi en raison des techniques et du travail avec les souches sauvages.

Votre ingrédient préféré ?

Ces temps-ci, le houblon. Il y a de nouvelles variétés allemandes, notamment le Hallertau blanc et le Mandarina Bavaria que j’aime utiliser. Je joue avec les températures et les temps pour les exploiter différemment. C’est plaisant les houblons, car on peut les exploiter selon différentes déclinaisons et les possibilités sont pratiquement infinies.

Une brasserie québécoise que vous appréciez particulièrement ?

Ces temps-ci, c’est Castor. Ils sont partis en force avec leurs bières en fût de chêne; ils ont une IPA solide, la meilleure au Québec à mon avis; ils sont forts également pour travailler le côté acide dans les bières. Il y a aussi L’Hermite, une brasserie que j’ai découverte cette année. Leurs produits sont très bien balancés.

Une bière québécoise que vous auriez aimé brasser ?

La deuxième version de la Saison B de Pit Caribou. J’ai adoré son côté acidulé, lactique et ses houblons américains. Elle allait chercher un côté « drain de grange » de la brett ainsi que des arômes de cuir qui convenaient parfaitement. J’essaye tranquillement de travailler des bières sûres, mais on n’est pas trop équipé pour ça. J’aimerais développer en ce sens.

Vos impressions sur la bière au Québec…

On fait de bonnes bières, de niveau mondial même, on pousse les limites et ça paraît à l’international. On a des produits de haut calibre. Il y a beaucoup de nouvelles microbrasseries qui sortent ces temps-ci, c’est bien, et je pense que c’est la qualité qui va trancher à la fin. Je trouve aussi inquiétant de voir des groupes contrôler le tiers de ce qui se brasse dans le monde… On va voir ce que ça va donner. Mais ici, ça va bien.

Qu’est-ce que nous réserve votre brasserie ?

On va continuer à expérimenter beaucoup de choses, on compte sur du staff créatif qui me pousse beaucoup à essayer de nouvelles choses. On fait des tests constamment pour se démarquer et utiliser des ingrédients moins exploités.