Si le comédien Jeff Boudreault est autant amateur des bières d’ici, c’est grâce à Richard Rassi, propriétaire du Fourquet Fourchette à Chambly, qui le présentait à la délégation de Bassin en fête dix ans plus tôt. Porte-parole du festival Bières et Saveurs depuis, le comédien enraciné à Richelieu depuis 20 ans – carrière oblige – voit les brasseurs comme des artistes, eux aussi.

« Je suis un gars du Lac, alors j’aime la bière à la base, admet-il en ouverture d’entrevue, attablé au Cheval Blanc, institution montréalaise à l’ambiance tout aussi relaxe que notre interlocuteur. Je me suis vraiment laissé prendre et je suis carrément tombé en amour avec l’évènement. »

Formé en éducation spécialisée, le comédien autodidacte assure détenir la fibre entrepreneuriale. D’ailleurs, le flash qui lui vient en tête quand il pense à ses débuts sur les planches est la fois où il s’était rendu à Alma pour assister à une pièce de théâtre. « Je suis rentré chez moi avec le goût de faire du théâtre : j’ai écrit une pièce, trouvé des commanditaires et une salle », raconte celui qui s’est éventuellement découvert une passion pour la bière et a désormais envie de marier les deux. Comment ? « On verra », s’exclame-t-il, nous laissant sur notre appétit.

Il raconte qu’un été, entre chums, ils ont monté un show de théâtre diffusé au Fourquet. « Évidemment, je connaissais déjà les bières d’Unibroue qui composaient le menu, même que j’ai eu l’occasion de devenir spécialiste [rires]. Puis, Richard m’est arrivé avec ça : “ ils cherchent un nouveau porte-parole pour le festival de bière, ça t’intéresse ? ” La première année, j’ai dit non parce que ça avait toujours été Ricardo et j’avais l’impression qu’ils cherchaient un chef… ils exigeaient que je donne un atelier de cuisine et ça ne m’intéressait pas. J’ai donc recommandé le comédien Martin Laroche, qui l’a fait pendant un an, mais, lui, à son tour, n’aimait pas la bière ! Alors, les organisateurs sont revenus à la charge et cette fois, j’ai accepté. » Neuf ans plus tard, il ne sait toujours pas où l’aventure le mènera, mais c’est un monde qu’il adore.

« Honnêtement, je ne pensais pas me rendre là. C’est une passion qui se développe. J’adore mon métier, mais j’aimerais beaucoup avoir un à-côté consacré à la bière. Ce n’est pas clair dans ma tête encore si je veux juste brasser ou être en affaires », précise-t-il, en avouant s’intéresser surtout à la bouteille et au brassage, sans pour autant être attiré par l’univers du pub.

Or, les offres affluent et ça risque de se placer assez vite. Gageons qu’il saura bien amalgamer ses deux carrières en combinant un brin de ludisme à son futur projet.

Brasseur Jeff

Jeff Boudreault a déjà fait ses débuts comme brasseur : pour confectionner les bières officielles du festival dont il est le porte-étendard avec son précieux copain, Nicolas Bourgault, de Bedondaine & Bedons Ronds, notamment, avec qui il s’amuse d’ailleurs à donner des noms douteux à ses produits dont nous tairons ici les exemples.

Sur les tendances brassicoles au Québec, Jeff remarque qu’on est passé d’un extrême à l’autre. « Soit de très houblonnée à très acide, ces dernières années. Je crois qu’on se cherche, on teste et c’est ça que je trouve magnifique; les Québécois sont audacieux, j’entends ça chez les Européens. Je pense qu’on finit souvent par revenir à quelque chose de simpliste, de plus subtil, un peu comme quand on commence à boire du vin : on commence avec quelque chose de gouteux, de boisé… je me souviens qu’au début, j’aimais le Yellow Label, aujourd’hui je déboucherais une toilette avec ça ! »

« Par exemple, Nicolas, quand il brasse, il cherche à ce que sa bière soit bien équilibrée, moins tranchante, fluide. Je pense que cela fait partie du parcours d’un brasseur aussi d’évoluer ainsi », partage celui qui dit aussi avoir bien connecté avec Hugo Poliquin, de Cryo, « qui fait les meilleurs cidres au Québec » et Louis Hébert de La Chouape, dont il est tombé sous le charme non seulement de la philosophie, mais des installations. Car, Jeff avoue avoir un gros penchant pour la boiserie et le fer forgé. « Le côté chalet en bois rond, c’est chaleureux et ça ne se démode pas ! »

Sa place, si place il y aura, Jeff l’imagine petite et avec beaucoup d’animation. C’est le comédien qui parle, aussi. « J’aimerais que les serveurs fassent de l’animation, spontanément. C’est-à-dire qu’à un moment donné, entre deux services, ils empoignent la guitare et fassent une toune. » Dans ses rêves les plus fous, il imagine même une troupe qui investirait les brasseries québécoises, « un peu comme dans la pièce Waiter! de Pierre Légaré, dans le temps… bref, quelque chose qui peut partir en tournée. »

Les loisirs de Jeff… autour de la bière

Comme tout bon amateur de bière, Jeff aime boire « la bière de la place ». Quand il se pousse, au Québec ou ailleurs, comme au Vermont cet été, il insère des visites de brasserie dans son itinéraire. Sans pour autant faire des beer trips – parce que c’est sa blonde qui trouverait ça plate –, lance-t-il, tout sourire.

À la maison, Jeff a envie de consacrer une section du garage pour brasser, une raison de plus « pour inviter des chums à la bonne franquette ». Parlant d’inviter des amis à la maison, il improvise déjà des soirées d’accords bières et bouffe, juste parce que. Autant il aime les charcuteries et saucissons avec une Stout (La Corriveau, notamment), la mimolette avec l’Ambrée Charles Henri de la Brasserie Les 2 Frères est également un mariage qu’il apprécie beaucoup en bouche. En cette saison de plats mijotés, il se confesse : « je mets de la bière dans tout ! »