Vous connaissez l’adage qui dit qu’on ne devrait pas porter de blanc après la Fête du travail ? Heureusement, il n’existe à ma connaissance aucune contre-indication concernant le fait de boire du vin blanc après le long weekend de septembre. Peu importe, je n’aime pas le vin blanc, répondez-vous ? Sachez que je respecte entièrement votre opinion, mais que je vous plains. Oh ! Comme je vous plains.

Personnellement, je m’imagine mal me priver du vaste éventail d’arômes, de saveurs et de sensations gustatives qu’offrent les nombreux cépages à la peau aux teintes jaunes et verdâtres. Il me suffit pour saliver de penser à la complexité du riesling, l’intensité aromatique du gewurztraminer, l’opulence du viognier, la force tranquille de l’assemblage roussanne et marsanne, la vigueur du sauvignon, l’exubérance du pinot gris, le caractère multidimensionnel du chenin blanc. Même la polyvalence du chardonnay mérite d’être louangée.

Exclure le vin blanc de sa table, c’est tourner le dos à tout un registre de possibilités d’accords mets et vins formidables. C’est aussi passer à côté de beaux produits québécois, car sans dénigrer les progrès considérables faits chez nous dans l’élaboration des vins rouges au cours des dernières années, à mon humble avis, nos vins les mieux réussis demeurent, de façon générale, des blancs.

Cela dit, il est évidemment tout à fait possible que vous n’ayez réellement aucune affinité pour ledit nectar et comme le stipule un autre adage, les goûts ne se discutent pas. Si toutefois vous reniez le vin blanc parce que vous avez l’impression qu’il s’agit d’un produit de moindre qualité, je vous invite à reconsidérer votre position. Lors du dernier numéro, dans mon billet intitulé « Les sept péchés capitaux du vin », j’avais d’ailleurs émis une mise en garde face à la tendance assez répandue à percevoir le vin blanc comme le parent pauvre du vin rouge.

Un préjugé qui colle

Les idées préconçues défavorables qui affligent la réputation du vin blanc s’expliquent parfois par une mauvaise expérience de dégustation vécue par le passé. Il est vrai que les vins de dépanneurs bon marché qui ont arrosé les partys de famille dans plusieurs chaumières québécoises pendant nombre d’années ont laissé des traces qui perdurent. Le vin blanc aura donc mis du temps à se défaire de l’emprise du Harfang des neiges ou de chasser les souvenirs des cuvées aigres-sucrées comme L’Oiseau bleu et Hochtaler, promues en grande pompe à la télé (si vous avez moins de 35 ans et que ces marques ne vous disent absolument rien, de grâce allez vous régaler sur YouTube de ces petits chefs-d’œuvre de marketing des années 80 et 90 en tapant « Harfang des neiges pub vin » dans Google).

Certes, il existe encore des vins blancs qui laissent à désirer sur le plan qualitatif, mais la proportion n’est ni plus ni moins importante qu’en rouge. Morale de l’histoire : avec le vin comme avec les gens, on ne devrait jamais généraliser par rapport à la couleur. Si c’est peu probable qu’on aimera ou qu’on n’aimera pas tous les vins rouges, objectivement ça devrait être la même chose avec les blancs.  Il s’agit de rester ouvert à l’exploration, de goûter avant de juger, et de trouver les vins qui plaisent à notre palais.

Suggestion

Voici un vin blanc qui plait au mien : la cuvée Joan Giné 2013 du producteur Buil & Giné que j’adore, de l’appellation espagnole DOCa Priorat (code SAQ 12298465). Issu principalement de grenache blanc, il présente une intensité aromatique invitante, une bouche généreuse et ample, ainsi qu’un beau fruité bien croquant, porté harmonieusement par une acidité structurante. Les currys de la mer relevés, les calmars frits, les fromages doux, les tajines de poulet et les poissons grillés sont quelques exemples de plats qui se marieront bien à ce produit.