Autant la tendance est populaire aux États-Unis avec les growlers, le système de remplissage de cruchons est un phénomène plutôt rare au Québec. Malgré cela, certaines microbrasseries ont choisi d’imiter le concept et s’organisent désormais pour permettre à l’amateur de déguster dans le confort de sa maison des bières en fût qui, souvent, n’ont jamais été embouteillées. La Barberie à Québec et le Siboire à Sherbrooke, notamment.

Pionnière dans la démarche, La Barberie vend de la bière « en vrac » depuis au moins 18 ans. Chez son homologue de Sherbrooke, on offre ce service à la succursale Jacques-Cartier depuis l’automne 2014. Voici donc quelques questions adressées aux principaux intéressés, accompagnées de leurs réponses.

Qu’est-ce qui fait qu’une microbrasserie ou un brouepub peut et ne peut pas le faire ?

« Seul le permis de brasseur autorise le recours à ce système, explique le directeur du salon de dégustation de La Barberie, William Garant. En contrepartie, nous ne pouvons vendre de spiritueux ou toute autre boisson alcoolique fabriquée ailleurs que dans nos locaux. »

Effectivement, il faut être détenteur d’un permis de brasseur renchéri Jonathan Gaudreault, l’un des copropriétaires du Siboire, qui permet depuis peu à sa clientèle de repartir du « dépanneur » installé au sous-sol de la succursale Jacques-Cartier, avec des cruchons remplis de son produit préféré. « Donc, ceux qui possèdent un permis de fabrication artisanale, c’est-à-dire les brouepubs, ne peuvent pas. D’autre part, le remplissage doit se faire exclusivement dans l’aire de fabrication. Donc, pour les détenteurs d’un permis de brasseur qui bénéficient également d’une aire de service adjacente à la brasserie pour laquelle ils détiennent un permis de bar ou de restauration – comme c’est le cas pour plusieurs, par exemple le Siboire Jacques-Cartier, le Trou du Diable, le Saint-Pub, notamment–, il est impossible de remplir les cruchons dans le bar… Il faut le faire à l’intérieur de la brasserie », précise-t-il.

« D’ailleurs, L’Association des microbrasseries du Québec (AMBQ) travaille fort depuis des années pour inciter le gouvernement à modifier la législation à cet égard bien précis pour qu’enfin, les détenteurs de permis de fabrication artisanale puissent remplir les cruchons pour emporter à même le bar, voire l’aire de service », complète Jonathan Gaudreault.

Comment gérez-vous la consigne, le nettoyage, le remplissage, etc. ? Parlez-moi de votre propre expérience…

« Au Siboire, les cruchons ne sont pas consignés, mais plutôt vendus. Donc, tu achètes ton cruchon et tu es responsable de le nettoyer pour un remplissage éventuel. Nous remplissons uniquement les cruchons Siboire », ajoute Jonathan.

À La Barberie, le consommateur peut acheter les produits en trois formats différents. « Un 16 onces (consigne de 2,50 $), un 32 onces (consigne de 2,75 $) et un 64 onces (consigne de 3,75 $), que nous lui remboursons lors du retour. S’il désire en prendre un autre, nous le remplaçons sans frais par un cruchon lavé par nos soins. De plus, il peut choisir parmi tous nos produits disponibles en fût », explique William.

Vos produits se conservent pour combien de temps dans vos cruchons ? Quels sont vos conseils pour le consommateur afin qu’ils conservent le plus longtemps leur qualité gustative ?

« La bière doit être gardée au frais et bien que le plus tôt soit le mieux, elle peut être consommée jusqu’à une semaine plus tard. Personnellement, je suggère de la boire dans les trois premiers jours pour une effervescence optimale », répond William Garant. Un point de vue que partagent les patrons et employés chez Siboire : « nous recommandons de boire le cruchon dans un délai de cinq jours. Nous suggérons de conserver le cruchon au frigo et de le consommer idéalement en entier une fois qu’il est entamé. »

Toutefois, tout le monde n’est pas emballé par le système de cruchons… C’est le cas d’À La Fût, qui a d’ailleurs laissé tomber le projet il y a un certain temps. « Nous n’aimons pas particulièrement ce mode de consommation, partage l’un des instigateurs, Philippe Dumais, qui croit que la bière se dégazéifie rapidement et qu’il faille la boire le jour même, idéalement. Le simple fait de remplir le cruchon avec un fut lui enlève du gaz, alors la bière est assurément moins bonne en partant. Certains diront que non, mais c’est juste logique. Dans tous les cas, une fois qu’on ouvre un cruchon, on devrait le boire au complet », termine-t-il.