Les liens qui unissent le patrimoine religieux et le vin sont nombreux. On a qu’à penser au vin liturgique (le vin de messe pour les intimes) et à tous ces ordres monastiques qui ont perfectionné la culture de la vigne au fil des siècles. Cette relation solennelle et millénaire m’a inspiré le sujet de cette chronique : sept faux pas à éviter à tout prix pour l’amateur de vin, sous peine de voir son appréciation du divin nectar être reléguée au purgatoire.

Je me suis abstenu d’inclure des vins en particulier dans la liste, tous les goûts étant dans la nature (bien que la tentation d’attribuer au Beaujolais Nouveau et au White Zinfandel le statut de fruit défendu fut grande, je m’en confesse). J’ai préféré m’en tenir à des aspects plus généraux, concernant le service et la dégustation. Les voici donc, ces péchés capitaux qui guettent l’amateur de vin :

1- Servir le vin rouge trop chaud

Je n’ai pas l’habitude de faire de caprice de sommelier quand je vais au resto, mais s’il y a un aspect sur lequel je peux être plutôt intransigeant, c’est la température de service. L’impair le plus commun à cet égard est de se faire servir un verre de vin rouge à température ambiante, voire plus chaude, carrément luciférienne. Il faut savoir que la majorité des vins rouges se servent idéalement entre 15°C et 18°C. Au-delà, les arômes les plus volatils s’envolent rapidement et les vapeurs d’alcool prennent le dessus. À la maison, il suffit d’une trentaine de minutes au frigo pour amener votre vin dans cet intervalle. Au restaurant, ne tolérez pas de payer un flacon le triple du prix de la SAQ sans pouvoir l’apprécier à sa juste valeur. Demandez poliment si on peut vous apporter un seau de glace; c’est un accommodement tout à fait raisonnable.

2- Servir le vin blanc trop froid

Si on vous a fait l’affront du péché précédent et que vous avez présenté la joue gauche, priez pour ne pas qu’on récidive en vous servant un verre de vin blanc à la température du frigo. Si froid, un vin voit ses arômes transis se crisper et se taire. La plupart des blancs s’apprécient davantage entre 7°C et 10°C, une température qui permet au vin de bien s’exprimer tout en gardant son acidité à un niveau harmonieux et rafraîchissant.

3- Cuisiner avec un vin bouchonné, ou qui a un autre défaut

Vous ouvrez une bouteille de votre rouge favori et malédiction, ça sent le carton mouillé, la cave humide. Le vin est bouchonné. Dommage, mais pas la fin du monde, vous dites-vous. Je vais le garder pour cuisiner… sacrilège ! Un vin qui n’est pas bon à boire n’est certes pas bon à utiliser en cuisine. Ses propriétés désagréables n’en seront qu’accentuées par la concentration des arômes et des saveurs qu’entraine généralement la cuisson. Que faire alors ? Retourner la dite bouteille en magasin et vous faire rembourser.

4- Verser trop de vin dans un verre

Vous le connaissez, ce beau frère qui remplit vo-tre verre aux 7/8, si plein qu’il faut presque le prendre à deux mains et siroter les premiers millilitres prudemment, comme on fait avec un chocolat chaud. Si vous êtes ce beau frère, repentez-vous et limiter à 1/3 du verre le volume du vin que vous versez. D’abord, ce n’est pas très élégant de servir une piscine à ses invités, mais surtout il faut permettre au vin un contact suffisant avec l’air afin qu’il s’oxygène et qu’il puisse ainsi pleinement libérer ses arômes.

5- Considérer le vin blanc comme le parent pauvre du vin rouge

Je l’entends régulièrement lorsqu’on m’embau-che pour animer une dégustation : « Seulement de bons vins, donc pas de vins blancs svp » ou bien « Peut-être un blanc, pour les dames ». Bien évidemment, cela appartient à chacun d’aimer ou pas un style de vin. Sachez toutefois qu’aux yeux de son Créateur (demandez à n’importe quel vigneron), le vin blanc est tout aussi digne d’admiration et pas forcément plus « féminin » que le rouge. Sans compter qu’il s’accorde mieux avec certains plats, notamment les fromages. Il est donc totalement faux de penser que la couleur d’un vin a quoi que ce soit à voir avec sa qualité ou sa complexité, et il faut savoir que certains vins blancs sont plus corsés que plusieurs rouges.

6- Attendre trop longtemps pour ouvrir une bouteille spéciale

C’est parfois un cadeau, parfois un souvenir de voyage. Parfois une petite folie qu’on s’est payée. Un joyau dans sa collection. On s’enquiert auprès des connaisseurs pour savoir si elle prête à boire, on se fait dire que oui, mais on attend l’occasion spéciale. Peut-être à Noël… non, pour célébrer mes 40 ans. Plutôt mes 45 ans. La graduation de mon fils. Le mariage de ma fille. À force d’attendre l’occasion parfaite, on tente le diable… le vin pourrait passer son apogée et s’engager sur son déclin, une transformation irréversible. Ne risquez pas cette déception.

7- Ouvrir une bonne bouteille à un moment inopportun

Nous avons tous été dans cette situation : un souper entre amis déjà bien arrosé, le rire et la bonne chère sont au rendez-vous, l’atmosphère est à la fête. C’est alors que vous avez une révélation. Vous vous dirigez d’un pas chancelant mais convaincu vers votre cellier et vous revenez avec une de vos meilleures fioles que vous présentez en offrande à vos invités. Quelques « oh ! » et « ah ! » s’élèvent du groupe et vous faites sauter le bouchon, bien heureux de faire plaisir à vos convives. Reconnaissants, ceux-ci remplissent leurs coupes (certains aux 7/8) et les portent à leurs lèvres. Curieux… le vin est bon, mais étrangement semblable au précédent. Leurs palais engourdis par l’alcool en seraient-ils pour quelque chose ? Morale de l’histoire : en fin de soirée, résistez à la tentation d’ouvrir vos meilleures bouteilles. Optez plutôt pour un vin bon marché. Amen.

Voilà mes chers fidèles. Allez en paix et buvez en tous. Santé !