Vrai passionné des brassins d’ici, Pierre Clermont a entièrement consacré le sous-sol de son bungalow de Laval à sa collection d’artéfacts de la bière québécoise; des bouteilles surtout, une collection frôlant les 2800 unités entassées autour du « salon de dégustation », des tire-bouchons, cabarets et pléiade d’objets choisis soigneusement qui apparaissent çà et là parmi les bouteilles. Et tandis que dans la pièce attenante, une dizaine d’autres bouteilles refroidissent au frigo en attendant d’être savourées et enfin exposées à leur tour, le collectionneur, lui, se casse la tête à leur dénicher un espace futur… « Il reste tout le portique », lui a suggéré son épouse.

M. Clermont est bien placé pour témoigner de l’engouement de la dernière décennie pour les produits brassicoles artisanaux à travers la province, car plusieurs des objets qu’il affectionne ont gagné beaucoup en valeur. Parfois, les prix se sont tellement enflammés qu’ils ont triplé ! C’est d’ailleurs le cas pour les simples cabarets qu’il payait maximum 30 $ il y a deux ou trois ans; aujourd’hui, il ne s’en sort pas en dessous de 100 $.

S’il a développé un intérêt pour la collection d’objets de la bière, c’est bien grâce à son fils qui cumulait les bouchons de bière pendant les années 1990 et qu’il s’est mis à aider, tout bonnement. « Puis, un moment donné, tu alignes des bouteilles et tu te dis que ça fait beau », partage celui qui s’est mis à conserver des bouteilles qu’il prenait de plus en plus plaisir à vider de leur contenu. Paradoxalement, même s’il est dessinateur de formation, M. Clermont n’accorde pas plus d’importance qu’il faut à l’esthétique des bouteilles et des étiquettes…

Le plus beau cadeau qu’on puisse lui faire, c’est de venir partager ce plaisir avec lui, dans son sous-sol ou alors dans son gazebo baptisé

Qui plus est, s’ajoute aujourd’hui à ces milliers de bouteilles, une collection parallèle qui, à un an de sa retraite chez Bombardier  Aéronautique, devient un « projet de retraite » d’autant plus concret avec lequel le passionné véritable entend entrer en hibernation chaque hiver que la nature emmènera : des archives de vieilles publicités de brasseries québécoises qui se comptent déjà par milliers et qu’il voudrait prendre le temps d’analyser, une par une. « J’ai hâte d’avoir le temps de fouiller et de pousser mes recherches en remettant les évènements et l’histoire en contexte… Les pubs du temps du krach boursier de 1929 ou de l’obtention du droit de vote pour les femmes en 1940, par exemple. »

L’été, les Clermont partent en tournée !

À plus court terme, Pierre et son épouse enfourcheront leurs vélos et s’arrêteront sur leur passage à quelques nouvelles adresses. Car, oui, Jocelyne le suit jusque-là dans sa lubie : elle aime « tout ce qui est bien fait et pas trop fort », dit-il en souriant. Dans le désordre, ils prévoient rendre visite à Ras L’Bock dans le Bas-Saint-Laurent, une région qu’ils apprécient particulièrement, L’Esprit de Clochers, Griendel, le Lion Bleu et Barbe Broue Pub, en plus d’aller faire un tour comme d’habitude aux festivals de Chambly et Gatineau.

Pierre et sa douce s’assoient toujours au bar. « On aime jaser avec le monde », lance-t-il. Ils adorent entre autres retourner à la Microbrasserie de Bellechasse et relaxer sur une chaise berçante sur le balcon chez Frampton Brasse, « jaser avec Popol », le père de Gilbert, maître-brasseur, avec une bonne bière à la main et voir arriver des gens à cheval… « Un phénomène qu’on n’a pas la chance de voir souvent, sauf peut-être chez Benelux, quand la police débarque avec la cavalerie », dit-il en riant.

Côté agrément gustatif, Pierre Clermont a un gros faible pour tout ce qui est signé Unibroue des années 1990. Et même si son coup de cœur à vie, la 8e Jour vieillie sept ans de la MicroBrasserie Charlevoix, reste indétrôné voire indétrônable, il fait quand même toujours d’agréables découvertes. Récemment, la « O », une India Pale Ale tridimensionnelle issue de la série alphabétique de Brasseurs Illimités, la Postcolonial IPA d’Hopfenstark et la Solstice d’Été, une Berliner Weiss aux framboises de Dieu du Ciel! ont notamment retenu son attention. Celui qui avoue consacrer 95 % de sa consommation à des produits d’ici savoure aussi particulièrement tout ce qui se fait au Québec présentement comme Hopfenweisse. Il se paie toutefois à l’occasion un petit plaisir : sa Kriek 100 % Lambic de Cantillon chérie.

Au sujet des accords bière et bouffe, M. Clermont n’est pas trop friand… « Une bière, tu bois ça tout seul. C’est trop bon ! » Le plus beau cadeau qu’on puisse lui faire, c’est de venir partager ce plaisir avec lui, dans son sous-sol ou alors dans son gazebo baptisé « Le salon de dégustation d’été ». Pour les intéressés, les soirées qui se tiennent environ une fois par mois sont annoncées sur la page Facebook de Capsules Bières.

Pour la suite des choses, « Je ne vivrai pas éternellement, alors oui, je voudrais bien que ma collection se ramasse dans une brasserie quelque part au Québec. Une sorte de musée… » Autre tuyau, tant qu’à être dans les annonces : le collectionneur n’a toujours pas d’essuie-main à l’effigie d’une bière québécoise parmi ses bijoux de collection… Il aimerait aussi mettre la main sur des écrits qui parlent d’anciennes brasseries. Des papiers très rares…

Le collectionneur Pierre Clermont et l’objet fétiche de sa collection personnelle d’artéfacts de la bière québécoise : une assiette en argent datant du début du siècle dernier.